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Pour sauver les fresques des façades, elle se bat depuis 40 ans

Mis à jour le 04/10/2019 à 19:58 Publié le 05/10/2019 à 11:00
Les Narcisses, une maison ornée de fresques, attire le regard.

Les Narcisses, une maison ornée de fresques, attire le regard. Photo S.C

Pour sauver les fresques des façades, elle se bat depuis 40 ans

Le combat de Denise Santi, vigie du patrimoine des frises, décors et sgraffito, commence à porter ses fruits. Après des décennies marquées par de nombreuses destructions, les façades refleurissent au gré de rénovations et de nouvelles créations. Elle en témoigne dans un livre co-signé avec Paul Castela.

"Vous allez voir, c'est un chef-d'oeuvre!" Denise Santi, véritable vigie du patrimoine des fresques nous conduit jusqu'à son coup de coeur. Dans une paisible avenue de Cimiez, bordée de belles maisons, les Narcisses ont fleuri.

C'est le nom de cette maison niçoise, que ses propriétaires ont rénové, dans l'esprit de la tradition: peinture à la chaux, trompe l'oeil, et, sous le toit, ils ont demandé à un fresquiste de créer un décor floral.
Une "oeuvre d'art" qu'elle met à l'honneur dans son dernier livre cosigné avec Paul Castela: "Les façades peintes de la Ligurie au Comté de Nice." (1)

Pour Denise Santi, professeur d'histoire à la retraite cette maison est l'illustration d'un renouveau. D'un regain d'intérêt pour les décors de façade. Ces chefs-d'oeuvre en péril pour lesquels elle se bat sans relâche.

Le déclic

Décor oriental sur la façade d'une maison modeste quartier de la Madeleine.
Décor oriental sur la façade d'une maison modeste quartier de la Madeleine. Photo DR

En 1975, l'Auvergnate s'installe à Nice, boulevard de la Madeleine. Dans ce quartier populaire, l'enseignante d'histoire-géographie découvre au fond d'une impasse, un décor surprenant. Sur une façade, une japonaise protégée par une ombrelle évolue devant un lac bordé de roseaux.

"J'ai été fascinée par cette fresque, par ce que son auteur avait voulu raconter sur sa modeste maison."

C'est le déclic.
Le début d'un combat au long cours. Plus de 40 ans consacrés à alerter pour sauver ces chefs-d'oeuvre qu'on assassine à coups de ravalement ou de démolitions.

Denise Santi sillonne les rues de Nice, repère des échafaudages souvent annonciateurs de disparitions. Elle n'hésite pas à sonner au portail, à engager la conversation avec les propriétaires pour les convaincre de préserver ces fresques aux motifs délicats.
Elle photographie glycines, roses, iris noués par des rubans ou retombant en grappe sous les toits, afin de garder une trace de ce patrimoine unique.

Des livres, des conférences pour éveiller le regard

Denise Santi: "Les Italiens ont toujours eu un amour du décor, il suffit de traverser la frontière, et on découvre que les façades sont refaites."
Denise Santi: "Les Italiens ont toujours eu un amour du décor, il suffit de traverser la frontière, et on découvre que les façades sont refaites." Photo S.C

Elle croise le chemin de Paul Castela, professeur d'Université, véritable encyclopédie vivante du patrimoine niçois, et tous deux, recensent ces joyaux. Sur un millier, ils déplorent plus de 300 destructions.
Pour sensibiliser les Azuréens, ils publient en 1993 un premier livre sur les façades peintes. Un ouvrage comme un cri d'alarme lancé par ces vigies du patrimoine.

"On finissait sur une note assez pessimiste: la destruction de ces frises, qui conduisait à l'uniformisation du paysage niçois", rembobine Denise Santi.
Elle assiste, impuissante, à de nombreuses disparitions. Comme les poissons et moineaux de la villa Annette colline du Parc Impérial recouverts d'un bandeau de peinture marron.

"J'ai photographié la frise," dit-elle. Avec le secret espoir qu'elle refera surface à la faveur d'un changement de propriétaire.
Puis, peu à peu, le regard change.

En 2003, dix ans plus tard, à la faveur de la réédition des "Façades Peintes à Nice", les auteurs constatent une prise de conscience. Des rénovations dans les règles de l'art se multiplient. "On concluait déjà sur une note plus positive."

Des villages aux rivages, elle poursuit son combat

Mais pas question pour Denise Santi de baisser la garde. Elle poursuit sa route, élargit sa croisade aux vallées du moyen et du haut pays.
"Cette tradition de la Ligurie au comté de Nice est unique, ajoute-t-elle. Et certains villages ont fait des efforts pour mettre en valeur ce patrimoine." Elle cite Drap, Falicon, Sospel, Beausoleil...

Les collectivités, Ville, Département, Région apportent progressivement leur soutien.
Au fil de ses conférences dans les quartiers, à Nice-Nord, Saint-Roch elle "éveille le regard, titille les esprits."

Puis découvre de nouvelles frises, qui racontent des histoires, celle de ces maçons italiens venus à Nice, pour construire les immeubles bourgeois qui ont poussé avec le développement du tourisme.

"Sur des maisons modestes, ces fresques, véritable art décoratif du pauvre, ont été peintes.
Les Italiens ont toujours eu un amour du décor, il suffit de traverser la frontière, et on découvre que les façades sont refaites, il y a un vrai savoir-faire, des artisans, à Santa Margherita Ligure, une place ressemble à un décor de théâtre."

A côté d'elle, Jacques et Carole Destombe, amoureux du patrimoine, suggèrent: "il faudrait recenser les fresques, faire un inventaire et aider les gens pour qu'ils rénovent. Parce que ce n'est pas toujours facile de trouver les bons artisans, et puis, ça a un coût."

Photo DR

Jacques rend hommage à celui qui n'a pas compté ses heures pour faire de sa demeure un chef-d'oeuvre. Aujourd'hui disparu, Patrice Giuge a passé près d'un an à donner à la villa Les Narcisses, un éclat unique.

Amoureux du patrimoine, Jacques a aussi sauvé de la disparition des balcons en fonte. "J'ai récupéré ces ferronneries quand ils ont démoli l'hôtel du Louvres, bd Victor Hugo pour y construire l'actuel Holiday Inn. Ils allaient partir à la casse, je les ai pris."

Carole et Jacques Destombe, ont récupéré des ferronneries vouées à la démolition.
Carole et Jacques Destombe, ont récupéré des ferronneries vouées à la démolition. Photo S.C

Il nous montre le résultat: le garde corps de sa terrasse. Puis nous invite à regarder la façade de la maison, où Patrice Giuge a peint un Narcisse qui se reflète dans l'eau, doré à la feuille d'or.

"Il m'avait dit, vous verrez ça vieillira bien, ça prendra de la patine avec le temps", se souvient Jacques. Vingt ans plus tard ses narcisses attirent le regard.

"Ne changez rien, c'est très beau comme ça!", lance une passante à l'adresse des propriétaires en les voyant détailler leur façade.
Denise sourit.

Son combat au nom du patrimoine a porté ses fruits. Et il n'est pas fini.
"Je vais aller prêcher la bonne parole dans les villages." 

(1) Denise Santi et Paul Castela dédicaceront  "Les façades peintes de la Ligurie au Comté de Nice", le samedi 12 octobre à 16 heures à la librairie Jean Jaurès.

Un art intimement lié au patrimoine du comté de Nice.
Un art intimement lié au patrimoine du comté de Nice. Photo J.D

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