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Pierre Assouline au Monaco Press Club: "Les Ukrainiens utilisent la communication comme arme"

Pierre Assouline a évoqué, ce mercredi, pour le Monaco Press Club, la vie du grand reporter du début du XXe siècle Albert Londres, "Saint Patron des journalistes" et sa vision du métier.

Joelle Deviras Publié le 24/03/2022 à 13:00, mis à jour le 24/03/2022 à 11:02
Pierre Assouline, biographe d’Albert Londres et auteur d’un roman historique dans lequel le grand reporter vit ses dernières heures, était ce mercredi l’invité du Monaco Press Club. Photo Jean-François Ottonello

Alors qu’il vient de publier son dernier roman historique Le Paquebot (Publié le 3 mars aux Éditions Gallimard. Prix 21 euros., ndlr), Pierre Assouline de l’Académie Goncourt était ce mercredi l’invité du Monaco Press Club pour évoquer Albert Londres.

Dans le salon Excelsior de l’Hôtel Hermitage, l’écrivain et journaliste a évoqué la vie du grand reporter devenu "Saint Patron des journalistes" depuis la création du prix qui porte son nom.

Ce prix, avec son jury prestigieux, créé par la fille d’Albert Londres après la mort accidentelle de son père dans l’incendie du bateau de croisière le Georges Philippar en 1932, est décerné chaque année, à la date d’anniversaire de la mort d’Albert Londres, aux meilleurs grands reporters francophones. "C’est le Goncourt du journalisme, explique Pierre Assouline. Et on peut dire qu’Albert Londres est le héros du journalisme."

Dans son livre, Pierre Assouline, raconte "la vie sur un paquebot de luxe. Je m’intéresse beaucoup aux huis clos. J’ai voulu traiter de l’âge d’or des grands paquebots."

L’écrivain, auteur d’une biographie d’Albert Londres qui fait référence, a conservé le rapport de l’accident. "Il y a eu une cinquantaine de morts dont Albert Londres sur les sept cents passagers du Georges Philippar".

 

"Il avait un talent
que d’autres n’avaient pas"

Mort à l’âge de 47 ans, Albert Londres était quelque peu usé après quinze ans de grands reportages qui l’ont conduit à rédiger sur le bagne de Cayenne, la traite des blanches ou encore les asiles d’aliénés.

"Le tirage des journaux triplait quand il y avait un reportage d’Albert Londres", souligne Pierre Assouline.

Il faut dire que le journaliste fait montre d’une implication totale. "Albert Londres a inventé son métier de grand reporter, explique Pierre Assouline. Il l’a réinventé au moment où la presse s’est elle-même réinventée. Il a exercé entre 1914 et 1932; ce qui est relativement bref. Il avait un talent que d’autres n’avaient pas. Il n’était pas pressé."

Véritable star du journalisme avec un "côté théâtral", au style nourrit de littérature et de poésie, Londres aimait rester sur les lieux de ses reportages après l’événement. "C’est celui qui ne part pas une fois que c’est fini, raconte Pierre Assouline. Comme aujourd’hui celui qui reste après une conférence de presse… J’ai retrouvé cet esprit chez Henri Cartier-Bresson. Le photographe disait: "Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’événement en lui-même mais la façon dont les gens regardent l’événement. C’était la démarche d’Albert Londres. Rester en faisant un pas de côté.""

 

"Très admiratifs de nos confrères et consœurs en Ukraine"

Comment Albert Londres aurait traité l’actualité aujourd’hui? "Il serait en Ukraine, est convaincu Pierre Assouline. Ça va de soi. Il serait arrivé avant les autres. Mais il repartirait bien après. Il ferait des portraits... Je suis très admiratif de nos confrères et consœurs qui sont très nombreuses à couvrir la guerre en Ukraine en ce moment."

Et quand les chaînes de télévision et tous les médias diffusent sans relâche des images sur le conflit, le journaliste n’y voit absolument pas un trop-plein d’informations.

"À chaque guerre, depuis une vingtaine d’années, il y a des jeunes inexpérimentés qui voient là l’occasion de se faire connaître. Ils ne savent pas trop comment faire. C’est dangereux pour eux; surtout pour les photographes. La guerre en Ukraine est un événement très couvert. Je m’en réjouis. Je suis surinformé mais ça ne me dérange pas. Les journalistes sont dans toute l’Ukraine. Ils sont là, à leur risque et péril. J’ai de l’admiration pour ceux qui font cela. Aujourd’hui, tout le monde est photographe ou vidéaste. C’est extraordinaire ce que l’on voit."

"Je pense que l’on en est
qu’au début de la guerre"

Et Pierre Assouline d’analyser: "Avec le président Volodymyr Zelensky, c’est la conférence de presse permanente. Il y a tout le storytelling tous les jours avec, entre autres, des vidéos de caméras surveillance. Les Ukrainiens sont champions de la communication qu’ils utilisent comme une arme."

Et face à eux, Vladimir Poutine fait un discours de plus de deux heures mis en ligne sur tous les réseaux. "J’ai été stupéfait par ce discours. C’est un discours à la Douma. Poutine dit qu’il faut purifier la Russie. Je ne veux pas comparer Hitler et Poutine mais je parle d’analogie de fonctionnement."

 

Dans le contexte de l’actualité et des outils de communication actuels, Pierre Assouline considère qu’ "il se passe des choses passionnantes pour les journalistes. En ce moment, le boycott est mondial. C’est énorme. C’est passionnant à observer. Celui qui a lancé cette guerre va aller très loin. Je pense que l’on en est qu’au début."

De quoi nourrir la curiosité insatiable des professionnels de l’information qui ne feront jamais preuve de neutralité ou d’objectivité - "ça n’existe pas" - mais qui doivent avoir d’une qualité essentielle: l’honnêteté.

Offre numérique MM+

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