Drôle de ballet, il y a quelques jours en fin d'après-midi, autour du Musée océanographique. On y a vu des oursins s'envoler par-dessus la façade pour aller se nicher sur les falaises en contrebas du bâtiment. L'anecdote n'est pas une hallucination écrite par Hunter Thompson, mais bien réelle.
Depuis le début du mois d'avril, les grandes manœuvres sont lancées au Musée océanographique pour loger la douzaine d'œuvres monumentales signées Philippe Pasqua pour l'exposition « Borderline » qu'il proposera dès le 5 mai.
Après avoir dû, ces dernières années, renforcer les planchers pour les bassins de requins dans le formol de Damien Hirst, accueillir un bébé massif signé Marc Quinn sur le parvis ou suspendre la pieuvre géante d'Huang Yong Ping au plafond du salon d'honneur, ce nouveau rendez-vous d'art contemporain est un challenge de conception pour les équipes du Musée.
Un challenge
Sur le pont notamment pour surveiller la grue de levage garée sur le parvis, qui a littéralement enjambé quelques heures le bâtiment pour treuiller trois oursins XXL harnachés sur la falaise à l'aplomb de la Méditerranée. Les bestioles d'acier ont fait le voyage en camion depuis la fonderie Bocquel en Normandie où Philippe Pasqua leur a donné vie. L'artiste a créé sept œuvres originales pour cette exposition.
Disséminées dans les grandes salles du musée et à l'extérieur. Un requin géant sera suspendu sur le toit terrasse notamment. Et les fameux oursins argentés devraient faire parler. « Cette installation est un challenge », commente Patrick Piguet, directeur du patrimoine, qui depuis début avril suit Philippe Pasqua dans les entrailles du musée. Du salon d'honneur, où trône un angoissant manège carbonisé de dentelle, de fer et de béton, jusqu'à l'étage où le rorqual chassé par le prince Albert Ier aura un compagnon de jeu avec un squelette de baleine, positionné en miroir. Les deux bêtes vont être réglées comme du papier à musique pour assurer le mimétisme aux futurs visiteurs.
Dans chaque installation, transparaissent les valeurs du Musée océanographique pour la protection et la défense des mers. « Ces œuvres sont très marquantes, impactantes. Belles et à la fois teintées d'une noirceur qui accompagne le message dénonçant la pollution, la surpèche, la course effrénée à la croissance », souligne Robert Calcagno, le directeur des lieux.
Le musée impose aux artistes qu'il expose de se fondre dans ce message. « Notre médiation passe par la science et l'art. Et je dois dire que Philippe Pasqua s'est très bien approprié cette mission. »
Le public pourra juger, à partir du 5 mai.
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