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"Petit, je n'aimais pas trop la trompette". Ibrahim Maalouf en concert (très) privé à Monaco se dévoile

Mis à jour le 18/07/2020 à 11:12 Publié le 18/07/2020 à 11:11
 Ibrahim Maalouf.

Ibrahim Maalouf. Photo Cyril Dodergny

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"Petit, je n'aimais pas trop la trompette". Ibrahim Maalouf en concert (très) privé à Monaco se dévoile

Ce vendredi soir à l’Opéra Garnier (et ce samedi soir encore), le trompettiste franco-libanais a proposé un concert intimiste à des clients sélects de la Société des Bains de Mer à Monaco. Une avant-première de son prochain album, 40 Mélodies, un répertoire en duo.

Une trompette, une guitare et des mélodies envoûtantes. Ni plus, ni moins. Dans l’écrin cossu de l’Opéra Garnier, Ibrahim Maalouf a remis le pied à l’étrier, après des mois de disette musicale. Fichu Covid-19.

Voilà cinq mois que le Franco-libanais – dont la tournée "S3NS" a été reportée – n’avait pas mis un pied sous les projecteurs. Une éternité pour cette bête de scène aux onze albums dans les bacs.

Devant une poignée de clients privilégiés de la Société des Bains de Mer, le trompettiste, accompagné du fidèle François Delporte à la gratte, a proposé un avant-goût léché de son douzième album, répondant au doux nom de 40 Mélodies. Lequel sortira le 6 novembre prochain, le lendemain de ses… 40 printemps.

"On jonglera alors entre la tournée avortée de S3NS et des dates ici et là pour 40 Mélodies, souffle-t-il. Avec cet album de duo, je vais directement à l’essentiel, ce qui me guide et m’inspire depuis si longtemps : la mélodie et la trompette (...) J’ai pourtant souvent été assez frileux de creuser dans ce sens, par peur peut-être de tomber dans une sorte de facilité."

Vous retournez sur scène à Monaco après des mois de disette musicale et une tournée "S3NS" reportée. Impatient?
C’est une première depuis cinq mois. Ce sera assez spécial car le public est sur scène et non pas dans la fosse. Je suis excité car j’ai très peu joué en concert 40 Mélodies, un répertoire en duo. Ce sera donc une avant-première de ce nouvel album. C’est une expérience pour tout le monde.

Ça raconte quoi 40 Mélodies?
C’est, peut-être, un retour aux sources. J’ai fait onze albums, des musiques de films, des projets hybrides. J’ai passé trois années à faire une introspection et je me suis posé une question : qu’est-ce qui est le plus essentiel dans mon métier? Le fait de faire des concerts? D’être connu? Je me suis rendu compte que ce sont les mélodies. C’est ce qui reste ou restera, et peut-être la voix de ma trompette.

J’ai réalisé beaucoup d’albums très orchestrés, des projets complexes et riches. Je me suis demandé ce que cachait ce besoin de vouloir remplir cet espace. Ma famille me dit que c’est l’album le plus mûr. Il n’y a rien d’autre que la trompette, la guitare et la mélodie. Ces 40 mélodies représentent les 40 bougies de mon futur anniversaire.

Se prépare-t-on différemment quand on joue devant quelques dizaines de personnes à peine?
C’est beaucoup plus dur que devant une fosse de plusieurs milliers de personnes. Le public est tout près, il entend tout, il voit tout : les défauts physiques, la manière dont on est habillé, les notes un peu moins en place, les erreurs. On est vraiment à nu. Devant une fosse, les gens voient l’ensemble, l’aspect scénique, les musiciens. Je dirais que la différence est comparable à celle entre le cinéma et le théâtre. C’est plus intimiste.

Vous avez passé le confinement avec votre grand-mère, loin de votre fille. Comment avez-vous vécu cette période?
C’était très dur. En même temps, cela a contribué à une remise en question. Le fait de me retrouver avec une personne qui a traversé des tsunamis et qui relativisent et positivent autant. Elle avait 18 ans au début de la Seconde Guerre mondiale, elle a connu la guerre en Égypte, 17 années de guerre civile au Liban, la grippe espagnole.

Elle me racontait comment ils se soignaient à l’époque, qu’ils utilisaient déjà l’hydroxychloroquine. Ce fut passionnant comme expérience. L’éloignement avec ma fille a renforcé les liens avec elle.

Comment avez-vous mis à profit ce confinement?
Au début, je n’ai pas composé. J’étais complètement asphyxié. Au fur et à mesure, j’ai repris le travail, j’ai beaucoup produit et composé. Pendant le confinement, on a commencé et fini l’album 40 mélodies. En parallèle, j’ai aussi vécu une histoire pas très drôle qui, enfin, s’est terminée [lire plus loin, ndlr]. Et je me suis aussi mis à la guitare (rires).

Chaque dimanche, vous diffusez le live d’un ancien concert, suivi d’un échange avec vos fans. Les réseaux sociaux ont, provisoirement, remplacé un monde sans concert?
Je n’irai pas jusqu’à parler de remplacement. C’est une sorte d’effet placebo. Ça fait du bien mais ça ne change pas grand-chose. On essaye de revivre un concert, de retrouver ces belles sensations du live. Après chaque diffusion, il y a une sorte de bad trip (rires). Rien ne remplace la scène.

Votre album "S3NS" se nourrit d’influences caribéennes et cubaines. Un style auquel vous n’aviez pas habitué vos fans. Pourquoi cette voie?
Dans ma famille, il y a beaucoup d’Amérique Latine, ma petite sœur est chilienne. Un livre de mon oncle raconte comment une partie de ma famille est partie vivre à Cuba en 1899. J’ai souvent hésité à en parler. Mon parcours fait que c’est déjà assez compliqué comme cela: je viens de la musique classique mais, en même temps, j’ai étudié la musique arabe.

Je fais du jazz mais je joue avec des chanteurs. Je fais des musiques de films. Je suis classé jazz mais, il y a quelque temps, j’étais encore classé "Musiques du monde".

Je ne sais pas trop comment vendre ce que je fais. Je laisse les gens se faire leur propre idée.

Mais pourquoi cacher tout cela ? Je me suis dit que c’était le bon moment pour en parler, c’est venu naturellement.

Cela vous plaît-il de ne pas rentrer dans les cases?
D’un point de vue esthétique, je suis très content de ne pas être étiqueté. D’un point de vue commercial, c’est très compliqué. Cela fait vingt ans que je rame pour expliquer quelle est ma musique. Il faudrait trouver une dénomination mais je ne sais pas laquelle (rires).

L’Afrique reste toujours le centre névralgique de votre musique?
Oui, car c’est le berceau de la musique. Rares sont les musiques qui m’intéressent qui ne soient pas nées en Afrique.

On dit de la trompette que c’est un instrument martyrisant…
(Il montre ses lèvres) Je ne sais pas si vous voyez les cicatrices et l’énorme bleu. Physiquement, c’est un instrument éprouvant. Le cœur souffre un peu, le métal tape contre les lèvres. Après de très gros concerts, mon régisseur arrive avec des glaçons comme pour un match de boxe. Je ne le montre pas car il ne faut pas gâcher la magie.

Avant, petit, je n’aimais pas trop la trompette. J’ai commencé à aimer il y a seulement quinze ans.

Je disais à mon père que je ne voulais pas mais c’était une manière d’avoir un passe-temps avec lui. Je préférais le piano car c’est plus doux. Cela me ressemble plus, moi qui suis timide.

Si j’avais écouté mon cœur, je n’aurais certainement pas choisi la trompette.

En 2017, vous disiez "Dans quatre ans, j’arrête la trompette". C’est pour bientôt alors?
En 2017, j’ai eu cette affaire qui m’a freiné, en plein vol, pendant trois années. C’était triste. J’ai dû mettre sur pause alors que j’avais plein de projets, plein d’envies. En ce moment, j’ai envie de vivre sereinement ces trois années, rattraper le temps perdu et, ensuite, m’arrêter sur ça.

Début 2020 à Strasbourg, vous avez expérimenté l’improvisation théâtrale. Une façon de sortir de sa zone de confort?
Complètement. Ce fut très difficile mais très drôle. S’il y a un truc que je ne sais pas faire, c’est jouer la comédie. Je ne suis pas très à l’aise avec les mots, c’est pour ça que je joue des notes. Elles, je peux les improviser car je les maîtrise.


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