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L’érotisme dans l’art à l’heure de #MeToo

Mis à jour le 22/04/2021 à 19:50 Publié le 22/04/2021 à 22:00
Laurence Dionigi: "Le respect des femmes passe aussi par l’art et par la mobilisation des hommes". (Photo Jilam)

Laurence Dionigi: "Le respect des femmes passe aussi par l’art et par la mobilisation des hommes". (Photo Jilam) Jilam

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L’érotisme dans l’art à l’heure de #MeToo

Le corps féminin et sa réappropriation par les femmes, une question brûlante à l’heure de #MeToo et de la dernière vague féministe! Après son livre sur les grandes oubliées de l’art, la Niçoise Laurence Dionigi, déjà autrice d’une quinzaine d’ouvrages, s’attache cette fois à dévoiler les dessous de l’érotisme dans l’art. Sous un angle inédit: le regard d’une femme.

"C’est toute l’histoire de l’art qui doit être reconsidérée à partir des femmes comme sujets", estime l’historienne Eliane Viennot au dos du livre. Interview.

Pourquoi ce livre sur l’érotisme?
J’avais déjà écrit une nouvelle érotique lors d’un concours lancé par Edilivre dans le sillage des "Cinquante nuances de Grey". J’imaginais la statue de Psyché du sculpteur Canova reprenant vie grâce au baiser d’Eros. En écrivant cette nouvelle, puis en faisant une conférence sur ce thème demandée par le Musée d’art classique de Mougins, je me suis rendu compte que l’art reflétait uniquement le regard masculin porté sur le corps de la femme, et selon les canons de beauté imposés par l’homme. Je me suis dit: et les femmes? Je me suis intéressée à celles qui ont inspiré ces messieurs: modèles et muses. Qui étaient-elles? Quelle était leur condition? Et je me suis interrogée sur le regard des femmes sur le corps. Leur corps et celui des hommes.

Qui étaient les modèles?
Il y a un décalage terrible entre les tableaux et la réalité. C’étaient souvent des prostituées. On dit même que Le Caravage est allé jusqu’à en prendre une comme modèle pour peindre... la Vierge Marie. Beaucoup d’artistes ont aussi peint de très jeunes filles à peine pubères. Par exemple Fragonard, Watteau, Boucher, Gauguin, Balthus… Pendant longtemps il a été admis qu’un homme ait des rapports sexuels avec des filles de 12 ans. La société est toujours marquée par le patriarcat, le code Napoléon, la loi salique... Si les femmes ne faisaient pas d’enfants, ou ne donnaient pas de plaisir aux hommes, elles n’existeraient probablement plus depuis longtemps. C’est la domestication de la femme, comme un animal.

Qu’est-ce qui vous a le plus heurtée?
L’étendue de la prostitution, le poids de l’Église immiscée dans la vie personnelle des gens. A une époque, l’Église a même tiré des revenus des taxes sur la prostitution. C’est grâce à ces taxes que le pape Sixte IV a pu payer la construction de la chapelle Sixtine. Mais les peintures que Michel-Ange y a ensuite fait à la demande d’un de ses successeurs… ont ultérieurement été couvertes de cache-sexes sur ordre d’un autre pape!
J’ai aussi été très choquée par le roi Louis XV qui se faisait fournir en mineures vierges qu’il logeait dans sa garçonnière du Parc aux cerfs. Et ce genre de choses continue encore aujourd’hui. Dans l’affaire Weinstein, on parle de hautes personnalités et même de princes.

À quelle conclusion êtes-vous arrivée?
La femme a toujours fasciné l’homme, depuis les Vénus du néolithique jusqu’au "Gang du clito" du XXIe siècle, mais ce n’est pas pour autant qu’elle était respectée et considérée. Au contraire, l’homme a toujours eu la mainmise sur son corps. Dans l’art, le ménage à trois est vulgarisé, mais généralement deux femmes pour un homme; l’homosexualité est bannie, sauf entre femmes... On a l’impression que c’est toujours le fantasme de l’homme qui parle. Il faut attendre le XXe siècle pour que les femmes puissent enfin s’exprimer et se réapproprier leur corps.

Pourquoi les œuvres du XXe et du XXIe siècles sont-elles aussi trash?
Obama la tête entre les cuisses d’une femme, c’est trash? ["Thanks Obama", tableau peint en 2016 par l’artiste Alexandra Rubinstein faisant partie d’une série "Celebrity cunnilingus", et devenue célèbre lors d’une exposition "Hands off my cuntry" organisée par la peintresse juste avant l’intronisation de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.]

Cru, alors?
Le trash c’était surtout dans les années 1970, et ça dépend où on met le curseur. Par exemple le lustre de Joana Vasconcelos, composé de tampons hygiéniques, qui a fait scandale à la Biennale de Venise en 2005, ou le Vagin de la reine d’Anish Kapoor qui a fait scandale en 2015 au château de Versailles. En fait, dans ces œuvres, on ne voit rien. Pas de corps.
Si les femmes ont montré leur corps de façon parfois extrême, c’est à cause des violences qui leur sont faites et du manque de liberté. Le nu était un passage obligé à l’Académie, mais il était réservé aux artistes hommes, les femmes ne pouvaient pas travailler d’après modèle vivant. C’est sans doute d’ailleurs une des raisons pour lesquelles elles se sont souvent peintes elles-mêmes, y compris nues. Au XXIe siècle presque tout est permis, désirs, fantasmes, dégoût…. La pornographie s’est généralisée avec Internet. Elle perpétue -voire exacerbe- la mainmise masculine sur le corps de la femme. Beaucoup d’actrices porno ont été agressées sexuellement durant leur enfance. Quelque part, c’est profiter de la faiblesse psychologique. C’est une forme de prostitution.
Mais aujourd’hui, malgré la pornographie à l’état libre, l’art érotique continue de faire recette, comme on le voit dans les ventes aux enchères.

En quoi les œuvres érotiques d’artistes femmes sont-elles différentes de celles produites par des hommes?
Les femmes sont sans doute davantage actrices. Et dénonciatrices du sort qui leur est fait.

Beaucoup d’artistes femmes se montrent elles-mêmes dans leurs œuvres.
Elles montrent qu’elles ont le contrôle de leur corps et de leur désir: c’est mon corps que je choisis de montrer ou pas. C’est aussi une tendance générale de la société: on vit dans un monde d’images où il faut être vu.e et remarqué.e.

Êtes-vous féministe?
Non, je suis simplement une femme. Qu’est-ce qu’être féministe? Si c’est décider d’être soi-même en tant que femme, et être pour l’égalité et pour la parité, je suis féministe. Mais alors qui ne l’est pas?

En voulez-vous aux hommes?
Non. Ils devraient se sentir concernés. Et ne pas se croire menacés, ou prendre ces choses à la légère.


L’érotisme dans l’art, par Laurence Dionigi, éditions Ovadia, 340 pages, 28 euros. En librairie ou sur ce site Internet.

Laurence Dionigi a déjà écrit une quinzaine d'ouvrages: des essais mais aussi des romans, des romans historiques, des petites pièces de théâtre, des livres illustrés pour enfants. Elle donne également des conférences.

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