"Je vous parle de moi, le reste on s’en fout": Daniel Prévost sort une autobiographie

À l’occasion de la sortie de son "Autobiographie de moi par moi", le comédien nous a accordé une interview digne de Prévost : fulgurante et truculente.

Raphaël Coiffier (rcoiffier@nicematin.fr) Publié le 16/05/2022 à 13:47, mis à jour le 16/05/2022 à 13:41
Daniel Prévost, un inclassable, qui n’a pas peur de se livrer dans une autobiographie drôle et sentimentale. Photo Tony Trichanh

Prévost. Daniel Prévost. Un cirque à lui tout seul. Tantôt clown. Burlesque. Sensible. Tantôt faux cul. Mesquin. Sur grand écran. Souvent génial. Toujours insaisissable. Prévost. Une forteresse de délicatesse, aussi. En témoigne son Autobiographie de moi par moi. Un pavé dans la mare de ce canard devenu cygne.

Une autobiographie moi par moi, c’est le meilleur moyen de ne pas se tromper?
C’est tout à fait juste. Parce qu’en général, si on fait faire des autobiographies par d’autres personnes, eh bien, peut-être que des détails seraient oubliés. Donc c’est mieux de le faire soi-même.

Et pourquoi le faire?
Comme ça. Parce que j’avais envie d’écrire. En plus, j’avais un autre axe: c’était le fait de raconter les gens qui n’ont pas été aimables avec moi. Si bienveillants, comme vous l’êtes. Mais si vous êtes désagréables, vous vous cassez!

Parler de soi, c’est osé!
Vous savez, j’écris depuis pas mal de temps. Là, c’est arrivé comme ça. Je me suis dit je vais parler de moi parce que je trouve que parler de soi c’est intéressant. On peut toujours gratter, gratter profondément et trouver des choses nouvelles. Les détails qui vous ont chagriné ou pas. Mon livre est un petit peu un état des lieux.

 

C’était le moment de tout déballer?
Pourquoi pas? Il n’y a pas de moment. Tiens, faites-le vous aussi. Écrivez vos mémoires. Vos moments plus ou moins gais, plus ou moins tristes. C’est ça, l’écriture.

Vos moments intimes aussi...
Monsieur, écoutez-moi: j’ai écrit dix-huit livres. Il faut remonter au premier. Ensuite descendez au deuxième, troisième, etc. Ce qui implique que j’ai beaucoup écrit sur moi. Et en même temps des choses drolatiques qui me venaient. Car, en dehors du fait que j’ai eu des vies un peu difficiles, ou en tout cas un sac de pierres dans mon dos, je suis quand même très rigolo. Ce n’est pas ça qui va m’empêcher de vivre, hélas.

Vous dévoilez des cicatrices...
C’est bien de se dévoiler, ça donne de l’air.

Aucune appréhension?
Mais pourquoi donc? Je suis totalement inoffensif. C’est tout. Je suis juste de cette cohorte de gens qui écrivent sur eux-mêmes. Avec plaisir.

Vous réglez quand même des comptes?
Vous avez raison. J’ai l’impression que vous avez lu le livre. Tout ce que je raconte ce sont les gens qui ont été bienveillants ou désagréables. Tout ça fait partie de la vie. Citez-moi un personnage qui a traversé l’existence comme ça, sans rien.

 

Vous revenez sur l’épisode de Montcuq, une étiquette qui vous colle à la peau...
C’est une réaction normale de la part du public. Si je veux être honnête dans ma réponse, ce que je suis, il faut s’habituer à ça. Ça fait partie du patrimoine.

Comme votre déconne perpétuelle?
La déconne est un état d’esprit. Moi, je ne savais rien faire d’autre. C’est venu très tôt. Je crois même qu’avant ma naissance, je déconnais déjà.

Vous avez donc eu des rôles comiques et souvent de faux cul. Frustrant, non?
Non, c’est très simple. Je démarre dans le cinéma avec Jean Yanne, qui fut mon grand copain et auquel je pense régulièrement, et j’étais très content de rentrer là-dedans. Si les gens du cinéma m’ont vu de cette manière et n’ont pas souhaité réfléchir un peu, eh bien j’ai continué avec des personnages hypocrites, fourbes. Tant pis. Il fallait bien que je gagne ma vie.

De toute façon, le public vous aime...
Le public, la société, me jugeait d’un œil inquiet. Puis, petit à petit, le public s’est habitué à moi. À cet électron libre qui ne fait de mal à personne. Jusqu’à preuve du contraire, je suis encore intéressant.

Et avec une pêche d’enfer à 82 ans!
C’est-à-dire que quand je m’aperçois que j’intéresse les personnes, j’en donne pour le prix. Vous voulez un numéro? Je vais vous le faire. Sinon, c’est grotesque. On s’emmerde. J’ai envie de rigoler. Enfin, je vous parle de moi. Le reste, on s’en fout.

Après Maison de retraite, d’autres projets cinéma?
Je n’en dirai pas plus pour la bonne raison que je ne souhaite pas en dire plus.

Vraiment?
Je ne souhaite pas en dire plus. Deux fois. La troisième, je raccroche. Après? Autre question, vite!

 

Qu’est-ce qui fait encore avancer le Prévost?
Je pense toujours à des trucs. Peut-être que je vais écrire un autre livre. Vous allez me dire à quel sujet. Non, non, laissez-moi tranquille maintenant. Même si vous m’êtes bien sympathique. Allez, je vous salue!

“Rhôooooooooo!”

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