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Jacques Weber à Ramatuelle: "On va bientôt vivre en scaphandre par notre faute"

Mis à jour le 10/08/2020 à 10:18 Publié le 10/08/2020 à 10:17
Jacques Weber à Ramatuelle.

Jacques Weber à Ramatuelle. Photo Luc Boutria

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Jacques Weber à Ramatuelle: "On va bientôt vivre en scaphandre par notre faute"

À Ramatuelle, le comédien Jacques Weber revient affamé de scène et avec un livre au cœur d’un Beyrouth encore et encore martyrisé, mais sans lien avec la tragédie actuelle vécue au Liban, qui lui fait relativiser notre crise sanitaire.

Du haut de son mètre 83, le comédien prend place sur la terrasse du Baou. L’hôtel l’accueille le temps de sa représentation au Festival de Ramatuelle qui s’achève ce lundi soir.

Les consignes de la direction sont claires, arrêté préfectoral oblige, ici tout le monde doit avancer masqué! Stature de Cyrano et aura du vedettariat, Jacques Weber s’attable pour l’entretien en l’oubliant, sans la moindre remarque.

Il est vrai que l’on imagine mal celui qui doit jouer Hugo au Bistrot le soir-même, son "premier engagement contractuel depuis le déconfinement", bâillonné. Et il s’en explique d’ailleurs bien volontiers.

En mai dernier dans Le Point, vous disiez que la distanciation physique sur scène et dans la salle était impossible au théâtre. Pourtant ce soir nous y sommes...
Je ne le redirai pas comme cela... Je pense que notre métier a toujours été confronté à des difficultés aux différentes époques qu’il traversait. Quand on ne peut pas faire autrement, il vaut mieux faire avec, que ne rien faire du tout.

Même le port du masque?
Oh m... c’est vrai j’ai oublié le mien... Aucun problème à jouer dans une salle masquée. J’en ai déjà fait l’expérience et cela s’est merveilleusement bien passé. On s’habitue à tout... Le fait est qu’il y a des problèmes dont on ne parle pas, que cette chose camoufle et qui sont autrement plus urgents. L’écologie, la misère, les gens que l’on ne voit plus, les guerres... Il faudrait relativiser tout ça. Le nombre de morts est certes absolument énorme, mais en même temps relatifs par rapport à d’autres pandémies. On en est pas à la grippe asiatique, à la famine qui tue deux-tiers de la planète... Et pourtant, Dieu sait si je fais partie des gens à risque! J’ai 71 ans, je ne suis pas l’homme le plus maigre de la Terre et en plus j’ai une immunité déficiente du fait de certains antécédents médicaux... Donc je suis le prototype du cas exposé! On voit bien que 80% des victimes sont de cette catégorie. On ne peut pas demander à des mômes, ou même la population, de vivre éternellement en "faisant attention"... Maintenant il y a la capote, le masque, bientôt les gants, pourquoi pas le bonnet! On va vivre en scaphandre par notre faute. Trouver les bonnes mesures c’est très très compliqué. On le voit bien avec nos politiques ces temps-ci.

Roselyne Bachelot à la Culture changera-t-elle la donne?
Rien à lui reprocher. Il ne faut juste pas personnaliser à outrance les ministres. Tout dépend de la volonté d’un gouvernement. Jack Lang était brillant mais avait derrière lui une volonté de l’État.

Vous êtes pris dans un faisceau de pièces. Comment s’agence tout cela?
C’est compliqué mais aussi chamboulé étant donné le contexte... Le Roi Lear sera LE grand rendez-vous de janvier 2021. Un rêve pour tout acteur de parachever sa carrière avec ce rôle. Je crois avoir le bon âge pour l’incarner. Sinon dans l’immédiat est prévue la création de Crise de nerfs que l’on devait jouer en mars. Une représentation de trois pièces en un acte de Tchekhov, Les Méfaits du tabac, Le Chant du cygne et La Demande en mariage mis en scène par le grand Peter Stein. Ensuite il y aura des dates un peu partout d’Hugo au Bistrot et de ce que j’appelle Éclats de vie ou mes 50 ans de théâtre. Je pense qu’il est grand temps de réfléchir à comment présenter autrement le théâtre tel qu’on le connaît et qui est sur le déclin... Il faut profiter des difficultés que l’on traverse pour convertir ça en une réflexion. Je multiplie par exemple de mon côté les initiatives d’aller jouer dans des lieux qui ne sont pas faits pour ça...

Mais toujours pas prêt d’aller "jouer dans les écoles" comme le conseillait le président?
Nous ne l’avons pas attendu pour le faire. Mais ça veut dire quoi concrètement? C’est une parole de bistrot.

Pourquoi Hugo à Ramatuelle plutôt qu’une des autres pièces précitées?
Les organisateurs m’ont demandé ce spectacle-là. De mon côté, j’en avais assez qu’on piédestalise Victor Hugo. Certes c’est le monstre de la littérature du XIXe siècle, mais j’avais envie de le mettre à hauteur d’homme. Et faire partager tout ce qu’il pouvait avoir de rebelle, contradictoire, de grand-père comme de jeune homme fou amoureux...

Votre livre, "Paris-Beyrouth", à paraître le 20 août, entre en résonance avec l’actualité...
C’est horrible... Depuis 1974 ce pays n’en finit pas de souffrir. Il y a un acharnement de la destinée sur eux considérable... Mais ça n’a rien à voir, puisque dans ce livre je parle d’un Beyrouth de 1983. Un moment où je pars tourner un film (Une Vie suspendue, Ndlr) et où l’on me dit que cela se fera en toute tranquillité car c’est la fin du conflit... En réalité cette fin n’en finissait pas de finir et donc j’ai tourné pour la première fois de ma vie dans un climat de guerre. J’ai découvert ce que pouvait être la peur physique, l’effroi, la mort en direct... Dès le soir même de mon arrivée nous avons été menacés avec ma femme par des enfants armés jusqu’aux dents avec des pistolets sur la tempe... J’aurais pu repartir. Bizarrement je ne l’ai pas fait...

En 2009, vous parliez d’un film avec JoeyStarr. Pas fait non plus?
Je voulais le faire tourner avec l’actrice palestinienne Hiam Abbass. Tout était prêt. J’ai changé - peut-être trop violemment - le scénario relatant un fait divers d’après la nouvelle de Marguerite Duras Le Coupeur d’eau, et cela ne lui convenait plus. Voilà la vérité. Ce projet est abandonné.

Quelle suite à cet été spécial?
Je vais rallier Annecy pour des vacances familiales dans notre chalet. Puis me partager entre la marche à haute dose et l'apprentissage de mon texte du Roi Lear, ce qui n’est pas rien!


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