Isabelle Adjani va réunir à nouveau la chanteuse et l’actrice relève-t-elle à Ramatuelle

"Marilyn renaissante" tuée dans l’œuf, nouvel album inespéré, film au féminin... À Ramatuelle, pas d’Été meurtrier. Tout est révélé!

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laurent amalric Publié le 11/08/2022 à 12:38, mis à jour le 11/08/2022 à 13:01
À Ramatuelle ce week-end, dans la quiétude d’un environnement apaisant. Photos Luc Boutria

Dans le cinéma contemporain, qui agglomère encore autant de thuriféraires? Un mot qui fleure bon l’Antiquité, la myrrhe et la colonne marbrée. Pourtant Mademoiselle Adjani n’a rien de "muséale".

Membre de ce club ultra-fermé des icônes du 7e art, que l’on décortique à chaque apparition publique, elle laisse dire et faire sur les ondoiements de sa légende, tout en continuant à creuser son sillon artistique, avec des choix qui peuvent parfois décontenancer sans jamais hypothéquer la passion qu’on lui voue.

Les derniers en date, elle nous les confie d’une voix qui veloute l’oreille, dans une chambre d’hôtel pacifiée, sans chrono ni envahissant(e) attaché(e) de presse.

Dans le sillage d’une représentation étoilée du Vertige Marilyn au Festival de Ramatuelle où elle se remettait tout juste de la Covid. Spectacle "double je", où les deux stars, Adjani/Monroe, s’offrent en version fragmentée à travers un dialogue imaginaire. L’évocation hypnotique d’un inspirant "corps-mort" qui l’ancre sur scène autant qu’il l’anime d’une majesté flottante, assénant: "Je ne me suis jamais prise pour mon reflet!" Non, en 2022, l’héroïne de La Reine Margot n’a toujours pas déserté le souffle du monde pour une geôle fastueuse que ne traverse aucun vent ni passion. Rencontre en marge d’un petit séjour dans la presqu’île qui succède au passage théâtral. Loin des mondanités.

 

Peut-on dire que ce Vertige, c’est 50/50, Marilyn et vous?

Ce n’est pas un vrai rôle. C’est un morphing de nos deux sensibilités. Olivier Steiner [auteur et concepteur du spectacle, ndlr] a saisi des extraits d’entretiens que j’ai donné au fil des années, les a retravaillés pour une mise en dialogues autour de nos ressemblances. Avec en filigrane son amour inconditionnel pour Marilyn depuis l’adolescence, figure protectrice qui a dû lui sauver la vie. Moi, jamais je n’aurais osé nous comparer... Et puis je me suis souvenue de ces réflexions d’Yves Montand sur le tournage de Tout feu, tout flamme (1982). Il lui arrivait de se figer et s’exclamer avec son accent du Midi: "Mais tu me rappelles Marilyn!" À l’époque, je pensais à une blague, car pour moi elle était la blondeur torride incarnée. Maintenant, je comprends qu’il parlait d’une sensibilité... J’ai eu une autre rencontre indirecte avec elle lors d’une séance avec le photographe Richard Avedon. Il m’a avoué faire poser pour la première fois une autre femme avec la peau lainée de Marilyn. J’ai d’autres exemples... Le spectacle arrive comme un acte psycho-magique de tous ces jalons passés!

Lorsque Brigitte Bardot dit qu’arrêter le cinéma lui a sauvé la vie, pensez-vous pareil pour Marilyn?

Non. Marilyn a sauvé la vie de Norma Jeane [le véritable prénom de Marilyn, ndlr]! En construisant ce personnage qui a pris un pouvoir extraordinaire sur le monde, la pauvre petite rouquine bègue a pu réparer, soigner, une enfance maltraitée. Une femme abusée, violée... Pour Boris Cyrulnik [neuropsychiatre et auteur, ndlr], cela constituerait le point d’acmé de la résilience.

Le cinéma était donc sa destinée à vie?

 

Oui, et je doute de son "suicide" comme acte solitaire... J’ai découvert que quelques jours après sa mort, le 8 août, elle devait se remarier avec Joe DiMaggio. Elle avait aussi prévu une conférence de presse avec beaucoup de révélations qui allaient compromettre des gens très haut placés. à commencer par le clan Kennedy, les studios, la mafia, Sinatra... Elle avait décidé de changer de vie, être heureuse, monter sa maison de production, renvoyer sa gouvernante, "espionne" mise en place par son psychiatre et qui, à mon avis, n’a pas été "innocente" dans la nuit de sa mort... Elle était devenue une menace politique, voire sociétale et il restait peu de temps pour la "neutraliser". Avec son "aide" bien entendu, car elle était dans un état de très grande faiblesse et vulnérabilité...

Vous-même, comment avez-vous réussi à vous préserver?

Heureusement, ici on ne vit pas dans un monde de studios tyranniques (rire).

Ce samedi, vous clôturez le Festival De Lacoste créé par Pierre Cardin avant de retrouver Le Vertige Marilyn à Antibes en 2023. Votre notoriété autorise-t-elle des dates au pays de Marilyn?

Il y aura le théâtre Goldoni de Venise en octobre et nous sommes en pourparlers pour les pays anglo-saxons, mais toujours avec des étapes choisies pour se préserver de la routine. On ne peut faire que quelques dates, car cette pièce c’est comme être visitée par des fantômes. Et il ne faut pas réveiller les morts!

En octobre, vous serez Diane de Poitiers pour France 2. Conte fantastique ou série baroque?

Historiquement c’est irréprochable mais, oui, il y a des éléments d’heroic fantasy dans ce film en deux parties signé Josée Dayan. Sans dragons, mais avec l’esprit de Game of Thrones que j’apprécie beaucoup!

 

Gérard Depardieu, qui joue Nostradamus, a-t-il eu quelques visions sur votre avenir?

(rire) Pourquoi pas, Gérard a un fond mystique! Lors des scènes où Diane vient le consulter pour des prédictions, on se parlait à travers ce que l’on a de plus mystique l’un et l’autre. Pour le reste, nous avions peu de temps. Un tournage de Josée Dayan est intense. Tout se fait en une ou deux prises. Nous étions tous au rendez-vous sans fausse note! De JoeyStarr à Virginie Ledoyen, en passant par Jean-François Balmer qui est juste époustouflant!

Êtes-vous satisfaite de la carrière de Peter von Kant signé François Ozon, sorti cet été?

Je suis heureuse de l’avoir fait mais dans un temps où les films sont si fragilisés, je ne m’en suis absolument pas préoccupée. En revanche, j’ai un ami coiffeur qui ne peut pas s’empêcher d’utiliser son portable, j’ai donc alimenté mon compte Instagram avec pas mal de scènes en coulisse. Une spontanéité dont on s’amuse. Je suis moi-même très cliente de ça sur les comptes des autres.

Et des tatouages, dont on sait Pascal Obispo (lire par ailleurs) ou votre fils cadet très friands?

Ne m’en parlez pas... ça me donne envie de pleurer... J’accepte ceux de mon fils [Gabriel-Kane, fruit de son union avec l’acteur Daniel-Day Lewis, qui vit aux États-Unis, ndlr] comme une maman résignée, mais cet engouement générationnel qui touche aussi des gens qui n’ont plus vingt ans me désespère et me bouleverse... Est-ce lié à un fond transgénérationnel de rejet? Pourtant, à ma connaissance, je n’ai pas eu de famille déportée... Malheureusement, je l’associe à ça. Sans jugement moralisateur, la peau est pour moi un organe et cette encre que l’on loge sous la peau pollue l’organisme. La peau reflète aussi la lumière d’un être. L’obscurcir me déconcerte. L’autre fois, j’ai vu quelqu’un qui s’était fait tatouer le blanc des yeux. J’en ai pleuré!

Vivre au Portugal reste-il la panacée?

 

C’est surtout la possibilité de vivre tranquillement dans un endroit où les gens ont une douceur de vivre et se comportent comme si l’on était trente ans en arrière. Paris, c’est pour le travail. Ce qu’est devenue cette ville est un mystère... Elle n’est sincèrement plus vivable.

Comment va exister la suite de votre été?

Je vais repartir au Portugal, puis je serai au Festival télé de Biarritz, un peu l’équivalent du Mipcom de Cannes, début septembre pour Diane de Poitiers. Ce film mérite d’être soutenu et faire son tour du monde car il a toutes les qualités pour faire carrière sur le marché international.

> Le Vertige Marilyn, les 4 et 5 janvier 2023 au Théâtre Anthéa d’Antibes.

L’album avec Obispo & co qui veut égaler le « Gainsbourg »

En 1983, sortait le fameux 33 tours écrit par Serge Gainsbourg. Quarante ans après paraîtra son successeur. État proche de l’Ohio ou Beau oui comme Bowie ?
L’album annoncé pour 2023 est-il le fameux projet serpent de mer avec Pascal Obispo baptisé “B.O.” ?
Concernant le titre, je préfère que vous demandiez à Pascal... Mais sinon, oui, absolument ! De nouvelles chansons ont été mélangées à celles que l’on aimait le plus de l’époque. Le disque sortira au printemps 2023 chez Universal Music et devrait contenir entre treize et quinze titres, dont un écrit par moi.
Pascal Obispo nous parlait de multitude de duos. Avec qui ?
Il y a une chanson avec Gaëtan Roussel, Étienne Daho... Celle avec Benjamin Biolay est complètement assumée gainsbourienne ! (rire) D’autres fantômes planent malheureusement, comme Christophe... Si vous voulez je peux vous faire écouter la chanson... C’est bouleversant [elle saisit sa tablette et lance le titre Où tu ne m’attendais pas. Une luxuriance de sons à l’atmosphère poignante. Il est enchaîné avec Samuraï, titre plus “poppisant” aux allures de single où elle dialogue avec Daho qui débute : “Tu confonds duo avec duel”... Des réussites, qui rendent justice à l’univers de ces deux pygmalions, ndlr]
Ceux avec les plus underground Peter Murphy et David Sylvian ont-ils “survécu” ?
Bien sûr. Les écarter aurait été détruire le “temple” de Pascal Obispo ! Ils sont des totems pour lui. Il a traité les chansons comme jamais il ne l’avait fait. Tellement loin de ce que l’on attend de lui... Si j’écoutais cet album même sans ma voix, j’aimerais ce qui s’y passe. Ce n’est pas de la variété en tout cas. C’est un voyage à travers la vie intime d’une femme. Là encore, cet album est un objet à part...
Pourquoi avoir attendu plus d’une décennie ?
L’album aurait eu une identité beaucoup moins forte à l’époque. Pascal était à la recherche d’un son nouveau et je suis très attentive et patiente avec ça. Surtout ne pas forcer les choses. Il a trouvé une âme sœur avec Cécile Léogé [alias DeLaurentis, productrice-chanteuse toulousaine qui a fait The Voice 6 et dont le père était pianiste-arrangeur de Nougaro, ndlr] qui signe une réalisation artistique extraordinaire. Le son est très particulier. Il a pris une grosse importance. L’ambiance est hypnotique...
Selon Obispo, “Gainsbourg est un maître indépassable”. Œuvrer après lui n’était-il pas trop écrasant ?
Je crois qu’il était un peu statufié par l’enjeu. Voilà pourquoi il s’est dit que cela n’existera que lorsque le projet sera digne de celui qui est mon maître. Enfin, lui ne le dira jamais comme ça, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti.

Un film d’action au féminin

« Le projet de série annoncé au Festival de Cannes plane toujours quelque part, mais la vraie actualité, c’est le prochain long-métrage de Mélanie Laurent dont je débute le tournage en septembre. Un film choral au féminin entre Paris et la Corse, avec également Mélanie face caméra et Adèle Exarchopoulos. Nous attendons la réponse de la quatrième actrice. Il est basé sur une bande dessinée, La Grande Odalisque [l’histoire d’un trio de cambrioleuses de haut vol, signée Bastien Vivès, Jérôme Mulot et Florent Ruppert, parue chez Dupuis en 2012, ndlr]. De l’action avec un côté “Mission impossible de femmes” et beaucoup d’humour (rire). Ça, c’est la touche Mélanie Laurent qui a envie de faire quelque chose d’inattendu par rapport à ce que l’on voit d’ordinaire en France. Elle est tellement douée ! C’est à la fois une actrice que j’adore et un vrai metteur en scène. »

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