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INTERVIEW. Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dionysos, est- formel: "Moi, des sirènes, j'en ai rencontrées"

Mis à jour le 28/06/2019 à 13:39 Publié le 28/06/2019 à 13:30
Mathias Malzieu présente son huitième livre, "Une sirène à Paris".

Mathias Malzieu présente son huitième livre, "Une sirène à Paris". Photo Frantz Bouton

INTERVIEW. Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dionysos, est- formel: "Moi, des sirènes, j'en ai rencontrées"

Le chanteur du groupe Dionysos, avec lequel il sera en concert au festival Nuits Carrées, à Antibes, le 29 juin, nous parle de son nouveau roman, "Une sirène à Paris", de l’album qui va sortir à la rentrée et du film qu’il va tourner cet été.

On a connu Mathias Malzieu il y a vingt-six ans comme leader et chanteur du groupe de rock Dionysos, avec lequel il a sorti huit albums. Depuis, on a aussi découvert ses talents d’écrivain et de réalisateur (avec le film d’animation Jack et la mécanique du cœur, en 2014).

En 2013, il est atteint d’une aplasie médullaire, sa moelle osseuse ne fonctionne plus. Il passe de longues semaines en chambre stérile et bénéficie d’un don de sang de cordon (venu d’Allemagne) qui lui sauve la vie. De ses semaines d’hospitalisation, il livre un nouveau roman, Journal d’un vampire en pyjama.

2019 est l’année de la sirène pour Mathias Malzieu. Le roman Une sirène à Paris est sorti en février. L’histoire de Gaspard, qui ne croit plus en l’amour et qui recueille une sirène blessée, Lula, un soir de crue de la Seine.

Sur ce même thème, un nouvel album avec Dionysos est prévu à la rentrée et cet été, Mathias Malzieu tournera le film. Il nous raconte tout de cette nouvelle aventure.

Le point de départ de votre travail c’est toujours l’écriture?
Oui, toujours. C’est le premier étage de la fusée. C’est toujours l’envie de raconter une histoire, qu’elle soit inventée, partiellement inventée ou totalement vécue. La vérité de tout cela et le désir s’effectuent sur le fait d’être traversé émotionnellement.

Je n’arriverais pas à fabriquer un livre, une chanson parce qu’une situation m’aura amusée ou déplue. Ou, en tout cas, il aurait fallu que cette situation ait un impact émotionnel sur moi. Ensuite, je peux transposer, mettre des chats, des sirènes, des géants… Mais l’imaginaire n’est jamais coupé de la réalité.

Et là, quel est le point de départ?
La question du deuil amoureux. Et de cette personne qui, après une rupture, se croit immunisée face au sentiment amoureux, à la fois par protection, par orgueil blessé et aussi par une forme de déni. Je trouvais intéressant de lui mettre entre les mains ce qui peut lui arriver de pire, à savoir une sirène. Moi, des sirènes, j’en ai rencontrées.

Je n’en ai pêché aucune, ni à Nice ni sur les bords de la Seine, mais des femmes ultra-féminines, extrêmement désirables, qui vous semblent dangereuses parce que vous les rencontrez trop tôt et que vous n’êtes pas réarmés pour encaisser de la joie et encore moins son revers, la possible souffrance que peut occasionner une aventure amoureuse.

En plus, et ça c’est amusant pour la dynamique d’intrigue, cette sirène fait tomber amoureux les hommes au point de les tuer, avec sa voix. Et lui est chanteur. Donc j’arrive à les lier sur des choses qui sont à la fois incompatibles et qui les rapprochent complètement.

Est-ce que vous avez mis beaucoup de vous dans Gaspard?
Oui. Quasiment tout. Ce n’est pas forcément moi, mais c’est vraiment des émotions que j’ai traversé. Et je ne me mets pas que dans le personnage principal, mais un peu dans tous les personnages.

Mais le protagoniste principal, il faut vraiment qu’il me tienne complètement à cœur pour que, moi-même, je fasse le chemin et que je le porte.

L’émerveillement, la gentillesse, très présents dans vos livres, ne sont pas très à la mode…
Il y avait un désir, sur ce livre-là particulièrement, de défendre l’idée d’une forme d’écologie émotionnelle. On parle beaucoup d’écologie et on a bien raison de réagir là-dessus. Mais je pense qu’il y a une autre écologie dont on parle moins, c’est l’écologie émotionnelle.

On vit dans une période un peu sombre et la solidarité, la gentillesse sont des choses qui peuvent vite passer pour du “bon sentiment”, on peut s’en moquer un peu. On préfère le cynisme, on a l’impression que c’est plus cool. Je peux aimer la noirceur, mais elle n’a d’intérêt pour moi que s’il y a de la lumière contre. J’avais envie que le personnage de Gaspard porte ce message avec cette idée de capacité d’émerveillement.

Il y a un mot qui revient très souvent dans le livre, c’est “cœur”…
C’est la source de tout. C’est la base de la vie, un être est vivant quand son cœur bat et mort quand il s’arrête. Le cœur c’est aussi la question de l’amour. On peut aller loin dans l’aspect poétique avec l’idée du cœur et on va aussi sur le côté purement physiologique, mécanique.

Y mettre du cœur, tenir à cœur, prendre à cœur… Tout comme gagner ou perdre du temps, ne pas avoir le temps… C’est presque les thématiques les plus importantes pour moi. Le temps et le cœur. Ce sont les deux nerfs de la guerre entrecroisés de la vie.

Est-ce que vous aviez déjà cette manière de voir les choses, avant votre maladie en 2013…
C’est peut-être parce que j’ai failli ne plus avoir de vie du tout que, comme un survivant, la nécessité du "waouh" est devenue plus urgente et plus évidente.

Depuis petit, j’étais déjà hypersensible et hyperactif. Je prends les choses trop à cœur, ce qui est à la fois un pouvoir et un fardeau. Cela permet d’avoir un radar à émotions qui fait qu’on capte beaucoup de choses. C’est stimulant et inspirant.

En même temps, il y a le revers de la médaille parce qu’on est traversé de mauvaises choses aussi. Et c’est vrai que la maladie, enfin c’est plus la renaissance, a augmenté cet écart. Je pensais que j’allais revenir ultra-fort et, en fait, ça a augmenté encore ma sensibilité et ma pulsion de vie s’est démultipliée. J’ai tellement dû muscler ma pulsion de vie lorsque j’ai passé onze semaines dans une chambre stérile.

Pour ne pas devenir juste un malade, j’ai beaucoup travaillé avec ma créativité, et je me suis rendu addict à cet effort-là. Maintenant, j’en ai toujours besoin. D’ailleurs, c’est pour cela que je viens de faire ce voyage de huit jours de Paris à Dusseldorf en vélo électrique pour aller rencontrer ma donneuse de sang de cordon. C’était très émouvant et très simple à la fois. J’ai besoin d’être moi-même, mon propre "surprisier".

"Le temps et le cœur. Ce sont les deux nerfs de la guerre entrecroisés
de la vie."

Vous allez tourner le film adapté de ce roman cet été. On parle de Reda Kateb, Clémence Poésy, Virginie Ledoyen, Rossy de Palma, Eric Cantona, Arthur H au casting…
Il y a encore quelques doutes, ils ont donné des “oui” de principe, ils ont envie de faire le film, mais il y a aussi des contraintes de planning, la promo, un autre film… ça peut encore bouger mais, en gros, on sera sur l’esprit de ce casting. Le début de tournage est prévu pour le 19 août, à Paris, pour les extérieurs, les dix premiers jours, puis en Macédoine.

C’est une coproduction française, belge et macédonienne. On a eu des difficultés à trouver des financements français et on a vraiment réussi à faire le film grâce à l’international. Et pourtant, c’est quatre fois moins cher que La Mécanique du cœur, qui était un film d’animation, et qui a mobilisé deux cents personnes pendant quatre ans, quatre personnes uniquement pour les yeux des personnages. Le film que je vais faire cet été, ce sera à la fois un gros truc, parce que c’est un long métrage et qu’il y a de l’argent investi, mais c’est aussi un film qui va se faire de manière artisanale.

Ce n’est pas péjoratif pour moi. Personnellement, je me sens plus artisan qu’artiste. J’aime l’idée de façonner, de fabriquer et de travailler à mes rêves tous les jours. Je me considère plus comme un ouvrier qu’un intellectuel. Peut-être qu’après le tournage, je vous dirais que c’était une usine à gaz…

Mais là, tous les gens que je rencontre, équipe technique, chef déco, maquilleuse, costumier… ce sont tous des artisans. Ils ont tous leur expérience, mais on n’est pas dans un truc industriel. Et puis, on est quand même en train de faire un film avec une sirène, c’est assez joyeux!

Le nouvel album de Dionysos va sortir à la rentrée…
Oui. Après le titre Une sirène à Paris qu’on a dévoilé il y a quelques semaines, on va sortir un deuxième single avec son clip le 25 juin. L’album rassemblera les chansons de Gaspard, le personnage principal du livre. Je me suis mis à sa place et j’ai écrit ses chansons, à la fois celles que lui inspirent Lula mais aussi les chansons sur son passé, son enfance.

Vous serez en concert avec Dionysos le 29 juin à Antibes, au festival Nuits Carrées. Qu’est-ce que vous allez proposer sur scène?
On va étrenner des nouvelles chansons. Il y aura entre un quart et un tiers de nouvelles chansons. Cet été, on va faire une dizaine de dates en festival, où on a tendance à livrer un set plus énergique, assez rock’n’roll.

On est excités de retrouver cela parce qu’on n’a pas tourné depuis 2012. On espère retrouver une partie de notre public, mais on va aussi jouer devant des gens qui ne viennent pas que pour nous, voire même des gens qui ont l’âge du groupe, qui aura vingt-six ans en septembre, et qui n’en ont jamais entendu parler. Je trouve ça plutôt vivifiant, on se retrouve comme un jeune groupe qui doit convaincre, c’est une aventure.

Avant, on faisait de la scène pour défendre un disque. Aujourd’hui, on fait un disque pour avoir le droit d’aller sur scène. Dans l’intention et dans l’état d’esprit, on a envie que ça chauffe. On veut des sensations fortes.

 


Dionysos en concert.
Festival Nuits Carrées. Samedi 29 juin, à partir de 19 h. Fort Carré, à Antibes + à l’affiche le même soir : Fred Nevché, Cléa Vincent, Anne Calvi, Jeanne Added. Tarifs : 25 euros, gratuit pour les moins de 12 ans. Rens. nuitscarrées.com


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