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INTERVIEW. Macha Méril: "L'avantage à nos âges, c'est qu'on sait que c'est pour la vie"

Mis à jour le 24/11/2017 à 14:13 Publié le 24/11/2017 à 14:13
Macha Méril et Michel Legrand vivent le grand amour à 77 et 85 ans.

Macha Méril et Michel Legrand vivent le grand amour à 77 et 85 ans. Photo Philippe Dobrowolska

INTERVIEW. Macha Méril: "L'avantage à nos âges, c'est qu'on sait que c'est pour la vie"

Macha Méril croque la vie. Aujourd'hui, elle l’écrit. Dans "Michel et moi", la comédienne raconte par le menu et sans tabou son histoire d’amour avec le compositeur aux trois Oscars, Michel Legrand. Elle sera au théâtre Princesse-Grace à Monaco, le 3 décembre, dans la pièce "La Légende d’une vie", de Stefan Zweig. Tandis que Michel Legrand se produira début décembre au théâtre Anthéa, à Antibes.

Ils s’étaient rencontrés au Brésil en 1964. Un coup de foudre sans suite, chacun d’entre eux étant déjà engagé. Un demi-siècle plus tard, Macha Méril et Michel Legrand se sont mariés civilement à Monaco. La comédienne, depuis longtemps passée par l’écriture, signe un témoignage touchant où nul aspect de cet amour n’est éludé.
Rencontre à Paris, entre deux répétitions de La Légende d’une vie, une pièce de Stefan Zweig mise en scène par Christophe Lidon dont Macha partagera l’affiche avec Natalie Dessay, le 3 décembre au théâtre Princesse-Grace, à Monaco. Tandis que Michel Legrand se produira début décembre au théâtre Anthéa, à Antibes.

Pourquoi ce témoignage intime?
Notre histoire est assez romantique. Mais quand nous avons fait cette grande cérémonie, tous nos amis sont venus pour voir ce que c’était, au juste, ces deux-là qui se mariaient à 74 et 82 ans –nous en avons maintenant 77 et 85.
Il y avait quelque chose de l’ordre de la curiosité, et pas toujours bienveillante. Certains se demandaient ce qu’il pouvait bien y avoir derrière tout ça: elle qui se casait, lui qui se refaisait une jeunesse, des choses de ce genre.
Finalement, nous avons vaincu les préjugés et c’est cela qui m’a saisie. Plusieurs éditeurs m’ont proposé de raconter cette histoire, je n’en avais pas envie.
Je n’allais pas la vendre comme un vulgaire produit, tout de même!

Et pourtant, ce livre…
Les années passant, la réaction des gens m’a frappée. On m'a souvent arrêtée dans la rue. Des femmes seules, surtout, qui me disaient que c'était formidable, que je leur donnais beaucoup d’espoir.
Et ça continue. Je réponds: "Attention, Michel, ce n’est pas n’importe qui! C’est un homme qui aime l’amour, et moi kif-kif!" Ce que je veux dire, c’est qu’il faut quelques dispositions pour vivre une grande histoire. Peut-être un don.
Mais j’ai réfléchi. Puisque nous sommes des personnes publiques, et dans la mesure où les gens connaissent notre parcours, je me suis dit que nous avions le devoir de l'expliquer. Ce qui est aussi une façon d'essayer de le comprendre.
Comme Michel ne veut jamais me quitter, je lui ai dit que j’avais besoin de quinze jours toute seule pour écrire à toute heure, sans savoir ce qu’il avait mangé ou s’il avait bien dormi.
Étant extrêmement attentif et généreux pour tout ce qui touche à la création, il m'a laissé trois semaines. J'en ai rapporté des pages qui sont à peu près ce livre.

"J’ai l'impression que la culture est allée se faire voir"

Comment a-t-il réagi à la lecture?
Il a été très ému. Puis m'a demandé que rien ne soit publié avant notre mort. J'ai dit d’accord. Après tout, quand on écrit, c'est d’abord pour soi... Quelque temps après, j'en ai parlé à un ami chez Albin Michel qui a évidemment voulu tout lire.
Il nous a dit: "Ce livre est nécessaire. Quand on vit des choses importantes, il faut les partager." Son enthousiasme nous a convaincus. Ce qui se passe aujourd'hui est extraordinaire.
Nous sommes entrés dans une sorte de mythologie. Les grandes histoires d’amour, c'est un peu comme le pain: une denrée dont tout le monde a besoin.

Vous y allez franco. Michel Legrand, "musicien aimé du public mais snobé par ses pairs, du moins en France"?
Ça change un peu ces temps-ci, mais doucement. Beaucoup sont fans de ses musiques de films et de variétés. En revanche, dès qu'il fait de la musique classique, un club extrêmement fermé le méprise et le maltraite.
Depuis que Pierre Boullez avait pris les rênes, toute musique tonale, c'est-à-dire non contemporaine, était exclue des conservatoires. Michel s’est expatrié aux États-Unis à cause de cela, voyant très bien qu'il ne ferait pas son chemin en France.
En tout cas, ce petit cercle se serre les coudes en crevant la dalle alors que lui a du succès, des Oscars et de l’argent. Ce n’est vraiment pas possible!

 

Macha Méril vient de sortir un livre sur son histoire avec Michel Legrand.
Macha Méril vient de sortir un livre sur son histoire avec Michel Legrand. Photo Philippe Dobrowolska

Vous-même seriez boudée par le cinéma et les scènes parisiennes, quoique toujours populaire…
C’est vrai. Je suis une "figure", plus qu'une actrice. Je ne suis pas très heureuse de ce qu'il se passe dans le cinéma et le théâtre français. J’ai l'impression que la culture est allée se faire voir.
Pour moi, le grand théâtre, c'est la pièce que je suis en train de répéter. Je croyais que Christophe Lidon parviendrait à monter La Légende d’une vie très facilement. Penses-tu!
Il y a quand même des directeurs de théâtre qui ont demandé qui c'était, Zweig…

Quand vous épinglez Michel sur sa goujaterie ou sur sa voix, comment le prend-il?
Il faut dire les choses comme elles sont: Michel est un homme âgé qui a les défauts des gens âgés. Sa voix est en train de f… un peu le camp et il a un caractère de cochon.
Sur le fond, il a presque toujours raison. Mais la forme est souvent exécrable.

Plus sérieusement, vous abordez tous les thèmes. Y compris la sexualité?
On ne peut pas ne pas en parler. Le sexe, c'est très, très important. Cette relation au corps, à la chair, est partout. J'ai eu cette divine surprise qu'à nos âges, on peut parfaitement avoir une sexualité enthousiasmante.

"j'étais convaincue que j’étais trop chiante pour la vie à deux"

Vous observez à raison qu'enfants et petits-enfants jugent le sujet indécent.
Quand il y a des histoires d'amour dans les maisons de retraite, ce sont très souvent les enfants ou les petits-enfants qui demandent que les personnes soient séparées, voire éloignées d'un étage à l'autre.
C’est épouvantable, chez eux, cette sorte de pudeur. Ils ne peuvent pas imaginer deux vieux qui font l'amour. Comme si c’était une chose obscène. C'est un tabou et il faudra beaucoup de temps pour le lever.

"Nous avons pour devoir de vivre notre amour en champions." Un défi?
Nous avons eu l'un et l'autre beaucoup de ratages. Pour ma part, j'étais absolument convaincue que j’étais trop chiante pour la vie à deux. Que je ne trouverais pas. Que je n’y arriverais jamais.
Quant au mariage, n'en parlons même pas. Je me disais que c'était ma faute, que j'avais mal choisi mes partenaires. J'ai quand même un peu gambadé, hein!
C'est d'ailleurs l'une des grandes avancées dans l'émancipation des femmes. Elles peuvent faire des tentatives, ce n'est pas considéré comme scandaleux. Énorme progrès!
J’entends même des féministes qui me taquinent en s'étonnant de me voir me donner corps et âme à cet amour. Eh bien, oui. C'est mon choix. C’est ma liberté.

Quel conseil? Y croire et chercher le trésor, comme un orpailleur?
Le grand amour est rare et il faut y être prêt. Se mettre dans de bonnes dispositions et faire le choix, décider. C'est très dur pour les jeunes qui ont peur de se tromper, peur du ridicule, peur que l'autre ne finisse par flancher.
C’est l'avantage de nos âges: nous, on sait que c'est pour la vie. On sait ce qu'on fait!

"Vieux, la société vous fout la paix"

Raison pour laquelle vous pensez qu’il faut être vieux pour aimer?
Il faut être libre, en tout cas. Quand vous êtes jeune, la société mise sur vous. Vieux, elle vous fout la paix. On n'a plus ses parents, les enfants sont grands, on ne se consacre plus qu'à l'amour.
C'est une chance que l'on n'a pas à vingt ans ni à trente. Mais il y a d’autres éléments universels et, je crois, indispensables pour qu'un couple fonctionne. L'admiration mutuelle. L'égalité. Chacun doit être fier de ce qu'il fait, quel que soit son métier, aucun ne devant vivre dans la lumière de l'autre.
Et puis, il faut faire la roue. Avoir envie de se séduire. Être curieux de l'autre. Il y a tant de facettes dans un être humain qu'on ne les connaît jamais toutes. En braquant ses yeux, on en découvre toujours de nouvelles et c'est beau.
Il est même bon de s'attendre de temps en temps à être un peu surpris ou même choqué. Par exemple, Michel m'a dit un jour que nous devrions nous armer. J’ai répondu: "Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes? On a des disputes homériques!"
Autre exemple, la politique, qui le barbe. Je me suis inscrite à La République en marche un an avant l'élection. Quand Michel a vu à quel point Macron avait raison, il a porté ce choix à mon crédit.

Ce livre est joyeux. À aucun moment vous ne regrettez le temps perdu?
À quoi ça sert? Bon, je pense qu'on aurait pu gagner dix ans. En même temps, il faut faire confiance au destin. C'était comme ça, pas la peine de lutter. De ce qu'il y a, sachons tirer le meilleur.
Nous ne voulons pas louper une miette de ce que nous vivons ensemble. Nous voyons des amis partir, Michel a été particulièrement affecté par la mort de son grand ami Jerry Lewis.
Il y a des moments où toutes ces disparitions autour de nous accentuent le goût du présent.

La Légende d’une vie. Dimanche 3 décembre, à 17 heures.
Théâtre Princesse-Grace, à Monaco. Tarifs: de 22 à 33€.
Rens. 00.377.93.25.32.27.

Comme un géant. Michel Legrand. Vendredi 1er et samedi 2 décembre, à 20h30.
Théâtre Anthéa, à Antibes. Tarifs: de 19 à 37€.
Rens. 04.83.76.13.00.

Livre Michel et moi. De Macha Méril. Editions Albin Michel.
208 pages. 15€.


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