“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

INTERVIEW. Avant sa lecture à Valberg ce dimanche, Patrick Timsit évoque son intention d'arrêter le one man show: "Je veux vivre l’émotion des derniers saluts"

Mis à jour le 18/07/2019 à 17:37 Publié le 19/07/2019 à 09:00
Patrick Timsit sera à Valberg dimanche 21 juillet, dans le cadre du Festival des Mots.

Patrick Timsit sera à Valberg dimanche 21 juillet, dans le cadre du Festival des Mots. Photo Valérie Macon/AFP

INTERVIEW. Avant sa lecture à Valberg ce dimanche, Patrick Timsit évoque son intention d'arrêter le one man show: "Je veux vivre l’émotion des derniers saluts"

Dimanche 21 juillet, le comédien sera à Valberg pour une lecture du "Livre de ma mère", dans le cadre du Festival des Mots. Le tout frais sexagénaire fait corps avec ce texte fort, qu’il a mis du temps à "apprivoiser". Il nous parle de cela, de sa carrière et de ses problèmes d’ego enfin réglés. Il est à la une du magazine Week-End ce vendredi.

Longtemps, Patrick Timsit s’est coltiné une réputation de sale type. La faute à une comparaison entre les crevettes et les "mongoliens", dans un sketch de 1992. Naviguant entre le one-man-show, le théâtre et le cinéma, devant et parfois derrière la caméra, le petit bonhomme rondelet à la voix éraillée n’a jamais vraiment cherché à se refaire une virginité.
Mieux valait jouer les salauds que de se vautrer dans la bien-pensance.
Certains se sont fait une raison et l’ont définitivement rangé dans la case "pas gentil". Les autres l’ont vu évoluer. Plus sage, moins souvent en train de mordre aux mollets? Pas forcément.
En revanche, au fil du temps, l’artiste a su montrer un autre visage. Toujours celui d’un homme constamment angoissé, "par tout". Mais aussi celui d’un esprit plus profond et intéressant.
Au bout du fil, posé et inspiré, Patrick Timsit s’est livré, a réaffirmé sa volonté de dire adieu au one-man-show et de se consacrer à d’autres projets.

Le Livre de ma mère, d’Albert Cohen, vous poursuit depuis longtemps. Pourquoi ce récit vous touche-t-il autant?
Cette complicité totale avec sa mère me parle. Quand ils partent déjeuner pour regarder la mer, avec la nourriture qu’elle déballait discrètement, toutes ces odeurs. Quand ils respirent des grandes bouffées d’air pur, pour faire des provisions pour toute la semaine…
On a eu presque la même mère, Cohen et moi. Le début de notre existence se ressemble aussi.
Cohen, c’était un immigré qui débarquait de Grèce à l’âge de deux ans. Moi, j’avais deux ans, j’étais accroché à la jupe de ma mère en descendant du bateau qui arrivait à Marseille, depuis l’Algérie.
Au lieu de rester à Marseille, comme Albert Cohen, on est allés à Paris. On avait rejoint la famille de ma mère, déjà installée là-bas.

Plus jeune, auriez-vous été capable de lire ce texte en public?
Non. Pour retranscrire les sentiments de ce fils, ses regrets, ses remords, il fallait que le comédien que je suis ait réglé ses questions d’ego.
Il fallait accepter le non-jeu, accepter de vivre ce texte. Le poids de la vie, la maturité, m’ont permis de l’aborder. Je voulais le faire depuis trente ans. J’avais ce rendez-vous, sans échéance précise.
Je m’étais dit: "Toi et moi, on se retrouvera sur scène." J’ai encore ma maman. C’est peut-être ce qui m’a décidé à me lancer dans cette adaptation.
Pour la réussir, je voulais travailler avec quelqu’un que je ne connaissais pas, cela a été le metteur en scène Dominique Pitoiset.

"Je ne pleure pas sur scène"

Comment s’y prendre pour ne pas dénaturer une telle œuvre?
Il faut quand même oser, de temps en temps, adapter les conjugaisons pour transformer cette œuvre littéraire en œuvre dramatique scénique. On ne sait plus si c’est moi ou Albert Cohen qui parle.
On gomme pas mal de références au passé, que ce soit les tramways ou les nazis, même si c’est évoqué. C’est l’émotion pure qui compte, le style direct. On garde la fluidité, les sentiments. Pour faire comprendre la préciosité d’une mère aux fils des mères encore vivantes.
Je ne pleure pas sur scène.
L’émotion me gagne souvent, mais je la refrène. Pour ne pas qu’on pense que c’est un truc de comédien, vous voyez.

Il y a quelques mois, vous expliquiez que vous refusiez de laisser votre mère assister à cette lecture...
Vous savez, même quand vous dites "non" à votre mère, elle décide quand même à la fin.
Elle était venue en cachette plusieurs fois, notamment à la première parisienne. Elle avait peur que j’apprenne qu’elle était là. Mais elle est revenue plusieurs fois, elle m’a aussi accompagnée en tournée.
Là aussi, j’ai évolué, j’ai mûri.
J’avais moins de crainte qu’elle vive mal tous ces textes. Depuis, j’ai été extrêmement heureux de lui rendre hommage de son vivant.

Comment a-t-elle perçu tout ça?
J’ai ressenti énormément de pudeur. Avec ma mère, on a une complicité extrême.
Elle a fait peu de commentaires sur le spectacle. Elle m’a dit qu’elle le trouvait bon et qu’elle avait été heureuse d’y assister. Après, au-delà de la troisième phrase, elle cherchait déjà ses mots. Je n’allais pas la triturer pour en savoir plus. C’est mieux comme ça.

Dans quelques jours (entretien réalisé le 9 juillet, il est né le 15), vous aurez soixante ans, ça vous angoisse?
Je ne peux pas vous dire que ça m’angoisse spécifiquement, puisque tout m’angoisse. Mais on y pense.
Forcément, il y a des choses qui se passent en moi. Je me demande comment ça va se passer. Est-ce que c’est le meilleur moment de la descente qui arrive?
Est-ce que ça va être une dégringolade? Une sinusoïde très douce? Des vagues?
En même temps, c’est une période très heureuse pour moi. Je suis bien dans ma vie privée et dans ma carrière.

 

Patrick Timsit sur la scène d'Anthea, à Antibes.
Patrick Timsit sur la scène d'Anthea, à Antibes. Photo Sébastien Botella

Cette carrière, elle prend une autre tournure?
C’est vrai qu’elle évolue avec le temps. Avoir accès à d’autres types de rôle, ça me permet d’aborder la suite avec beaucoup plus de sérénité, de douceur.
Je suis autorisé à jouer des personnages pleins de tendresse. C’est un aspect que je n’avais pas encore exploité.
J’ai tourné dans le film de Géraldine Nakache, qui sort le 2 octobre. Il s’appelle J’irai où tu iras. Elle joue aussi dedans, avec Leïla Bekhti. Moi, j’incarne leur père.
Souvent, les réalisatrices sont venues chercher ces choses qui n’avaient pas été réclamées ou dévoilées. Je pense à Valérie Lemercier, pour Marie-Francine, en 2016. Ou à Coline Serreau qui, au tout début, était intéressée par la naïveté, la tendresse qu’on pouvait trouver chez moi. Elle avait mis cela au service de Michou, dans La Crise, en 1992.

Y a-t-il un moment précis où vous avez senti que le public était prêt à vous voir autrement?
Sans doute quand j’ai commencé le spectacle On ne peut pas rire de tout, en 2016. D’un coup, j’avais une sorte de légitimité.
C’est-à-dire que je pouvais interpréter un macho, un goujat, un sexiste sans souci, sans qu’on me soupçonne de l’être vraiment. Il n’y avait aucune confusion, mais il a fallu le temps de se présenter.
Chacun son timing, mais pour moi, ça a duré des années.
Certains ont pu être choqués par une phrase dans un sketch. On peut passer à côté d’un sentiment humain, je peux le comprendre. Ce n’est pas toujours facile de voir qui se cache derrière un personnage.

"Ce n’est pas toujours facile de voir qui se cache derrière un personnage"

Vous savourez depuis?
C’est formidable, vous savez. Je préfère que ça se passe dans ce sens-là. Si vous trouvez un gars super sympa et que vous finissez par apprendre que ce n’est pas celui que vous aimiez, c’est rude… C’est aussi très agréable d’arriver à ça, sans avoir à le réclamer.
Je n’ai jamais dit: "Mais arrêtez de penser que je suis méchant et féroce, j’ai bon fond!"

Pourquoi avoir annoncé votre intention d’arrêter le one-man-show, après un dernier tour de piste baptisé Adieu... Peut-être. Merci... C’est sûr?
On peut expliquer ça par la peur du spectacle de trop. Si j’ai mis Adieu... Peut-être sur l’affiche, c’est pour faire un pied de nez à ceux qui n’y croient pas. Moi, je suis persuadé que je vais arrêter.
Je veux vivre l’émotion des derniers saluts.
Je veux dire au public qu’on ne se reverra plus dans ce contexte.
Le thème des adieux est fabuleux, inspirant. J’ai commencé à écrire de nouveaux sketches, que je jouerai en plus de ceux que le public apprécie.
J’ai toujours trouvé ça dingue d’être suivi par le public. J’appelle ça un vrai miracle.
Il y a tellement d’éléments qui doivent concorder pour que ça fonctionne. Ce n’est pas seulement une question de talent.

Ces adieux se passeront donc uniquement à l’Olympia entre le 26 décembre 2020 et le 3 janvier 2021?
Si ça se passe bien et que c’est complet, complet... ça pourrait amener un retour sur scène, que j’appellerais Oups. Mais ce n’est pas le but. En revanche, les adieux pourraient durer plus longtemps.
J’ai déjà ma petite idée pour clôturer vraiment. C’est bouleversant d’apprendre que des gens ont déjà réservé leurs billets.

Avant cela, vos fans vous retrouveront dans Poly, un film de Nicolas Vanier que vous tournez actuellement...
Ca parle de Poly, un poney qui est forcé de faire un numéro de cirque avec un clou sous la selle. Le poney se révolte et une petite fille va l’aider à s’évader avant qu’il soit envoyé à l’abattoir. Je joue le directeur du cirque.
Le film aura une sacrée gueule!
Il y a une volonté esthétique à la Tim Burton, on pense aux frères Coen aussi. François Cluzet et Julie Gayet sont également à l’affiche.
L’histoire a été écrite par Cécile Aubry, qui a aussi créé Belle et Sébastien [au début des années 1960, son récit avait été adapté à la télévision, avec le feuilleton Poly et le mystère du château, ndlr].


Festival des mots à Valberg. Patrick Timsit lit Le Livre de ma mère.
Dimanche 21 juillet, à 18 h. Les Jardins du Mercantour. Entrée libre.
Rens. soirees-estivales.departement06.fr


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.