"Il n'y pas d'âge pour philosopher": les confidences de Charlotte Casiraghi, présidente des Rencontres philosophiques de Monaco

Présidente des Rencontres philosophiques de Monaco, la fille de la princesse Caroline évoque la reprise des ateliers ouverts au grand public, sur des thématiques diverses et d’actualité.

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CEDRIC VERANY Publié le 16/09/2022 à 16:46, mis à jour le 16/09/2022 à 14:44
Charlotte Casiraghi a évoqué le programme des Rencontres philosophiques à l’occasion de la présentation de la saison du théâtre Princesse Grace, où les ateliers se dérouleront. Photo Jean-François Ottonello

La guerre, la colère, l’amour, le genre, le rêve, la justice… sur tous les fronts de la pensée, les Rencontres philosophiques de Monaco feront leur rentrée le 13 octobre prochain avec une diversité de thématiques mais une unité de lieux.

L’idée d’un thème unique pour la saison a été éclipsée au profit d’une question centrale, chaque mois, débattue en public. Et les Rencontres se sédentarisent au théâtre Princesse Grace pour fidéliser davantage leur public.

Depuis sept ans, la formule a trouvé son audience. Un pari que la présidente et fondatrice des Rencontres philosophiques, Charlotte Casiraghi, est fière d’avoir accompli. Interview.

Les ateliers des Rencontres philosophiques avaient l’habitude d’investir divers lieux de la Principauté. Pourquoi se sédentariser désormais au théâtre Princesse Grace?
Il nous semblait important de créer un rendez-vous régulier, dans le même espace, pour fidéliser notre public. Plus on assiste à des ateliers, plus des liens peuvent se créer entre les différentes thématiques qui permettent de progresser dans la réflexion philosophique. Au fur et à mesure, on aiguise sa pensée.

Cette saison, il n’y a plus de fil rouge thématique pour l’ensemble des rendez-vous?
Nous choisissons des thèmes qui reflètent les grandes préoccupations intimes, politiques ou sociales mais nous avions besoin de cette liberté pour pouvoir proposer des sujets qui n’étaient pas forcément pris dans la même thématique mais incontournables en ce moment. C’est important d’être au plus près des préoccupations actuelles.

 

"Il y a quelque chose dans la rencontre, dans la présence de vraiment important"

L’actualité intense de ces derniers mois faisant qu’une thématique choisie en septembre pour la saison, risque de ne plus être au cœur de l’actualité le printemps suivant…
Un questionnement philosophique est toujours actuel mais c’est vrai que l’idée est de proposer une diversité dans les sujets qui permet de toucher plusieurs préoccupations. S’enfermer dans une thématique, c’était peut-être se couper d’une partie du public et entrer dans une démarche plus universitaire. Là, c’est plus éclectique.

Ce public justement, vous avez appris à le cerner. Qui sont vos fidèles?
C’est assez incroyable de voir à quel point il n’y a pas d’âge pour philosopher, pas de stéréotype particulier. Nous accueillons aussi bien des lycéens que des retraités. Il n’y a pas d’archétype et c’est qui est intéressant, de toucher des personnes différentes.

Le fait d’échanger, d’être ensemble dans un même lieu semble essentiel? Les ateliers ne se prêtent pas au format digital?
Même s’il existe des milliers de podcasts philo et que nous retransmettons sur notre site tous les ateliers, il y a quelque chose dans la rencontre, dans la présence de vraiment important. Être plusieurs dans une pièce à écouter quelqu’un parler et à réagir ensuite fait que l’on entre autrement dans la sensibilité. De même qu’un professeur de philosophie charismatique fera une énorme différence dans la vie d’un élève. Il y a la texture de la voix, les gestes, l’incarnation charnelle d’une pensée. Parfois c’est très mystérieux à quel point on peut être touché par la manière dont quelqu’un va s’exprimer. Il y a une transmission très importante dans la présence. Et puis au théâtre Princesse Grace, on se sent enveloppés, il y a quelque chose de très rassurant. De plus, le foyer chaleureux du théâtre se prête après l’atelier à la discussion. Ces petits moments d’échanges sont très précieux.

"À l’international, le nom de Monaco est associé à la philosophie"

Le confinement a-t-il amené un nouveau public à la réflexion philosophique?
La pandémie nous a obligés à se dire qu’il y avait une urgence à dialoguer autour de ce qui nous arrive. Nous avions alors improvisé un thème sur le confinement et nous avons eu beaucoup de gens, qui ne venaient pas avant aux Rencontres, mais qui avaient besoin de réfléchir sur l’urgence de la situation. On s’est rendu compte, aussi, qu’il nous fallait plus de liberté pour réagir sur la situation actuelle. Par exemple, en octobre nous ouvrirons avec le thème de la guerre. Il me semble absolument essentiel d’offrir ce temps de réflexion autour de cette grande question qui revient dans l’actualité et qui nous préoccupe.

 

En créant les Rencontres philosophiques il y a sept ans, vous vous êtes fixé un défi de taille. De voir que le public a répondu et répond présent, c’est une satisfaction?
Ça a pris du temps pour installer les Rencontres dans le paysage culturel. Au bout de sept ans, leur existence est ancrée dans la tête des gens. À l’international, le nom de Monaco est associé à la philosophie. Tous les penseurs ou philosophes importants en France savent que Monaco est un endroit où il y a des discussions importantes, un colloque, des publications, une promotion de la philosophie. C’était un pari difficile au départ. Associer Monaco à la philosophie ne semblait peut-être pas évident, finalement nous avons réussi à le faire. Progressivement, on touche un public de plus en plus large, parce que nous allons vers des préoccupations plus concrètes, des formats plus libres, des thématiques plus actuelles. C’est important de pouvoir répondre à cette demande.

À quand une ouverture plus internationale, en invitant des philosophes autres que francophones?
Nous avons vraiment envie de travailler à internationaliser davantage les Rencontres. Il y a eu ce premier temps où il fallait fidéliser un public local, créer quelque chose de solide pour ensuite être dans une expansion plus ambitieuse. Il fallait déjà réussir ce premier pari. Mais oui, avec le temps, nous songeons à ouvrir encore plus ces discussions à des penseurs plus internationaux.

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