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Face à face avec Java, la tigresse du cirque de Venise

Jusqu'à dimanche, le cirque de Venise a planté chapiteau à Garavan. Avec ses acrobates, ses clowns, sa ménagerie et ses fauves. Nous sommes allés voir de plus près. Directement dans la cage aux tigres

Julie BAUDIN Publié le 15/03/2016 à 05:13, mis à jour le 15/03/2016 à 05:13
Java fait son numréo au cirque de Venise. Photo Jean-François Ottonello

Ce qui différencie Tigrou de Java ? Deux cents kilos de chair armés de crocs assassins et de griffes en lames de rasoir… Un tigre. Un vrai. Superbe. Énorme. Royal. Un panthera tigris de chair et d'os qui nous fait face, tranquillement assis sur son tabouret au centre de la cage aux fauves du cirque de Venise.

Les barreaux derrière nous. Nous dedans…

Une jolie peluche qui pourrait pourtant ne faire qu'une bouchée du curieux (ou du journaliste) qui l'observerait d'un peu trop près…

D'ailleurs, Even Landri, son dresseur, n'a de cesse de nous dire de l'écouter lui. Pas notre peur. De nous demander avec fermeté de faire tel geste. Et pas un autre. De rester dans le cercle qu'il a dessiné par terre sur la piste. Et par ailleurs. De ne pas fixer Java dans les yeux. Ils sont pourtant hypnotiques. Tout en nous rappelant aussi que faire entrer quelqu'un dans la cage c'est toujours risqué.

 

« Java est adorable. J'ai confiance en elle. Mais elle est fainéante. Et elle ronchonne souvent. »

Par ces quelques adjectifs, Even décline l'identité de la bête. N'y voir aucun jugement de valeur mais de vraies qualités. En dresseur chevronné, l'homme fait preuve à la fois d'attention et d'intuition, d'autorité, de force physique et de résistance nerveuse, de prudence et de courage. L'adversité et la difficulté sont source d'adrénaline qui le font avancer dans la cage. Pas nous… Et pourtant, nous voilà aujourd'hui à ses côtés, enfermés avec Java.

Les barreaux derrière nous. Nous dedans…

Dans la peau d'un dresseur de cirque. Une idée de reportage qui nous a pris comme ça en conférence de rédaction. « Le cirque de Venise plante son chapiteau pendant dix jours à Garavan. Avec ses numéros acrobatiques et sa ménagerie. Si on tentait une immersion dans la cage aux fauves ? »

« Aucun problème nous répondra quelques heures plus tard la famille Landri. C'est possible. On vous organise cela. »

Et voilà comment deux jours plus tard on se retrouve face à Java. Sans avoir vraiment préparé cette rencontre. Car règle numéro 1 du journalisme : jamais d'a priori. Là, pour le coup, on aurait peut-être dû y réfléchir à deux fois…

 

Nous y sommes donc, sous le chapiteau. Au centre, la cage éclairée. Vide encore pour quelques minutes. « On va d'abord répéter avant de faire rentrer Java explique très professionnel Even Landri. Ensuite Java va rentrer et vous ferez exactement ce qu'on aura fait auparavant. N'ayez pas peur, ça se passera bien si vous faites ce que je dis. »

En deux petites phrases le dresseur du cirque de Venise a refroidi mes ardeurs et failli paralyser l'ensemble de mes muscles quand il a ordonné à quelqu'un derrière le rideau : « C'est bon tu peux faire rentrer Java ! »

La voilà.

En quelques arrogants déhanchés, elle se hisse sur le tabouret. Et je cesse presque de respirer…

Even Landri lui donne un morceau de viande puis se recule de deux pas. Et me laisse seule face à Java.

 

Les barreaux derrière nous. Nous dedans…

Je ne sais plus qui je dois regarder. Je sens bien que son regard me fixe, mais quelque chose me dit qu'il ne faut pas… Et « il ne faut pas » me confirme Even.

La seule chose que je parviens alors à bredouiller en regardant à côté c'est : « Bonjour Java. Enchantée… » Complètement ridicule je vous l'accorde face à un félin de plus de 200 kilos !

Even Landri me tend ce qui ressemble à un fouet, ainsi qu'une perche au bout de laquelle on a planté un bout de viande.

Je zieute vite fait Java. Et son regard avec cet air snob qui donne à penser qu'elle s'ennuie prodigieusement. Mon œil !

 

Elle s'agite. Descend du tabouret. Et en un éclair, sans soulever la moindre poussière de la piste, me voilà à nouveau collée derrière Even.

Autoritaire, le dresseur ordonne au tigre de remonter sur le tabouret. Et moi, de me replacer là où j'étais !

On refait le numéro. Mais cette fois-ci on décompose. « D'abord tu vas lui donner à manger. Si elle ne mange pas elle ne comprend pas qu'elle doit faire un numéro. C'est donnant-donnant. Tu prendras ensuite le fouet pour la photo. »

Je m'exécute. Java est de nouveau assise, son regard fixé sur la perche et le morceau de viande. Je tente alors de l'approcher de sa gueule. Mes bras tremblent et les babines de Java, elles, salivent à chaque tentative d'approche. Cruelle bien malgré moi, je n'arrive tout simplement pas à fixer sa mâchoire ! En deux trois mouvements Even empoigne alors mon bras et guide la perche et le morceau de viande directement dans la gueule du tigre !

Place au fouet du dresseur maintenant. Je ne me sens pourtant pas le courage d'affronter Java sur ce terrain-là. Mais de l'autre côté des barreaux, le photographe insiste… Pour la photo. Et le dresseur l'y encourage. Mieux. Il veut que je change de position et que je me place à la droite de Java. Juste à côté. Et avec le fouet on demandera à Java de se mettre sur ses pâtes arrières. Mais bien sûr !

 

Pour la gloire, et pour tenir mon rang de lionne, je m'exécute. Mais à un peu plus d'un mètre de Java je réalise encore une fois que je ne suis pas grand-chose. Et mes guili-guili via le fouet lui remuent tout juste les moustaches. En face, Eden, le dresseur, en un éclat de voix, fait dresser Java sur ses pattes arrières et lui arrache un rugissement de tigresse !

Le spectacle est terminé.

Les barreaux derrière nous. Nous dedans…

Mais Java, elle, a déjà filé en coulisses…

 « Mes félins me semblent loin d’être malheureux »

Vous les avez peut-être vues… Ou du moins entendues... Ces voix qui à chaque passage de cirque ou de numéros animaliers grondent au nom de la maltraitance des animaux. Dernier événement en date, il y a quelques jours, le maire de La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône, qui s'apprête à prendre un arrêté pour interdire sur sa commune le passage des cirques avec animaux sauvages. Des attaques qui, quoi qu'on en pense, peuvent peser sur le spectacle du cirque.

 

Even Landri est dresseur de fauves. « Pas sauvages, dit-il mais des fauves en captivité. Des animaux nés pour le cirque, le spectacle ». Ce qui ne l'empêche pas d'adhérer à une association de protection animale qui œuvre contre le braconnage pour la sauvegarde du tigre du Bengale. Là est son combat pour la cause animale.

« Bien sûr mes félins sont des animaux en captivité. Que cela puisse gêner certaines personnes, je le comprends. Mais de dire que les animaux de cirque sont malheureux, c'est une erreur. La nature est cruelle. Et pour survivre à l'état sauvage c'est une lutte incessante. En captivité, les animaux n'ont pas à se battre pour se nourrir, quand ils sont malades ils sont soignés. Ils passent leur temps à jouer. Faire du spectacle, ils sont nés pour ça. Depuis leur premier jour, j'établis un lien de proximité et de confiance avec eux. Je les éduque, ils ne manquent de rien. Ils me semblent loin d'être malheureux. C'est juste une autre vie... »

Offre numérique MM+

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