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Entre réalité et illusion, le nouveau thriller de Valentin Musso déroutera ses lecteurs

Mis à jour le 07/11/2019 à 16:14 Publié le 16/11/2019 à 09:00
"Je crois que nous sommes moins conditionnés par notre propre passé que par le regard qu’on jette sur notre passé."

"Je crois que nous sommes moins conditionnés par notre propre passé que par le regard qu’on jette sur notre passé." Photo Astrid di Crollalanza

Entre réalité et illusion, le nouveau thriller de Valentin Musso déroutera ses lecteurs

Il est question de mémoire, de vengeance et de folie dans le huitième roman de l’auteur de quarante-deux ans, également toujours prof de français et de latin dans un collège antibois. Avant de le rencontrer à la Fête du livre du Var ce samedi 16 novembre, il est dans le magazine Week-end.

Un autre jour, le huitième roman de l’écrivain antibois, sorti la semaine dernière, débute comme un thriller tout ce qu’il y a de plus classique.

Adam Chapman, architecte de quarante et un ans, apprend, par un coup de téléphone de la police, le viol et l’assassinat de son épouse adorée, Claire. Son corps a été retrouvé, au petit matin, au bord d’un lac, non loin de la maison de ses parents, où elle passait le week-end…

Mais très vite, l’histoire s’emballe, nous emporte et nous perd, nous déroute… Et ce n’est que dans les toutes dernières pages que la lumière se fait. Impossible d’imaginer un tel final tellement c’est hors du commun. Et brillant.

"C’est très difficile de dévoiler l’intrigue, on a eu beaucoup de mal pour la quatrième de couverture, parce qu’on s’est demandé jusqu’où aller dans les révélations", nous a, d’ailleurs, avoué Valentin Musso avec lequel nous avons échangé à la veille de la sortie du livre en librairie.

Après avoir situé vos cinq premiers romans en France, vous nous emmenez pour la troisième fois consécutive aux États-Unis. Cette histoire nécessitait de s’y dérouler?
Pour mes premiers romans, j’avais vraiment envie de partir de lieux que je connaissais.

Et puis, je suis revenu à mes amours d’adolescent, le cinéma américain des années cinquante, avec La Femme à droite sur la photo. Pour ce dernier roman, comme pour le précédent, Dernier été pour Lisa, j’ai choisi les États-Unis pour leur système judiciaire et la lourdeur des peines prononcées.

Mes trois derniers romans, c’est une sorte de cycle américain. Mais pour le prochain, je vais revenir en France.

À Antibes, c’est envisageable?
Non… J’ai déjà écrit deux romans qui se déroulaient en partie à Nice. Mais, là, je n’ai rien sur Antibes. (rires)

J’aime bien partir de lieux que je connais, tout en ayant toujours un peu de distance, des lieux familiers mais pas trop non plus. Mon frère [Guillaume Musso, ndlr] a écrit un livre qui se passe entièrement à Antibes, alors que lui aussi avait longtemps dit qu’il n’écrirait jamais sur sa ville natale…

Mais, là, je n’ai pas d’idée… Il ne faut pas seulement choisir un lieu, il faut aussi que le cadre corresponde à une intrigue.

"Le style est assez différent de ce que j’ai fait jusqu’ici, c’est une écriture qui est plus nerveuse, plus percutante."

Dans Un autre jour, vous faites tout de même un clin d’œil à la Côte d’Azur lorsqu’Adam se remémore un voyage qu’il y a fait avec sa femme…
Oui. C’est un passage que j’avais en partie écrit pour un autre livre, un de mes premiers essais littéraires, qui n’a jamais été publié.

Finalement, le lieu du roman est plus le système judiciaire qu’un lieu géographique…
Oui, complètement. Il y a très peu d’indications géographiques. Pendant plusieurs chapitres, on pourrait même imaginer qu’on est ailleurs qu’aux États-Unis, on sait très tardivement dans quel état américain ça se passe.

J’avais envie de m’attacher essentiellement à un personnage, qu’on soit dans la tête d’Adam, qui voit sa vie complètement basculer. L’idée, c’était de ne pas le lâcher d’une semelle pendant tout le récit. C’est plus la psychologie qui m’intéressait que des effets de réel sur un lieu particulier.

C’est un roman presque en temps réél…
J’avais en tête une série américaine que j’aime bien, 24 heures, où on vit en même temps que le personnage, il n’y a quasiment pas d’ellipse.

C’est une nouveauté pour moi, le style est assez différent de ce que j’ai fait jusqu’ici, c’est une écriture qui est plus nerveuse, plus percutante.

Le temps de la narration se confond complètement avec le temps de la fiction. 24 heures, ça aurait d’ailleurs pu être le titre du livre, puisqu’il se passe essentiellement sur une journée.

La fin est tellement surprenante… L’avez-vous trouvée avant même le début du livre?
Oui. Je sais toujours d’où je pars et où je vais. Entre les deux, je prends des chemins de traverse. Je ne fais pas partie de ces romanciers qui font des plans très précis, mais je connais toujours la fin et il m’arrive assez souvent de commencer par écrire les derniers chapitres, dès que j’ai trouvé la tonalité, l’atmosphère de mon histoire.

Mais pour ce qui se passe entre le début et la fin, je me laisse une grande liberté. Là, mon idée était de partir d’une trame banale, avec un crime, une enquête… et puis, que l’intrigue bascule assez précocement.

Je perds un peu le lecteur, beaucoup de thèmes sont abordés: la culpabilité, la vengeance, la mémoire, la folie. On ne sait pas véritablement sur quelle piste le roman va déboucher.

Dans ce livre, vous évoquez de nombreuses notions comme la paramnésie (sentiment de déjà-vu) ou encore l’optogénétique (modification des souvenirs ancrés)… Tout cela existe?
Toutes les notions scientifiques qui sont dans le livre sont vraies. Je m’intéresse depuis assez longtemps à la mémoire, à la manière dont se forment nos souvenirs.

Il y a environ deux ans, j’ai lu des articles scientifiques assez pointus qui montraient qu’on avait aujourd’hui la faculté, non pas simplement d’effacer les souvenirs, ce que l’on fait depuis longtemps avec des médicaments et l’hypnose, mais de modifier les souvenirs.

Aux États-Unis, il y a d’ailleurs eu un scandale retentissant sur des psychiatres accusés d’induire de faux souvenirs dans le cerveau de leurs patients.

Est-ce qu’on peut parler de roman d’anticipation?
Oui, un peu. On n’est pas véritablement dans de la science-fiction, mais on est un peu dans de la dystopie.

On est dans un univers assez troublant, on est en permanence entre la réalité et l’illusion.

Le but était que le lecteur ne sache pas s’il peut faire confiance au personnage. C’est mon premier livre qui ne soit pas complètement réaliste, à cause de sa fin.

Avec, comme vous vous appuyez sur des notions scientifiques, la possibilité que tout cela arrive un jour…
Oui complètement. Il y a des avancées scientifiques qui font que ce que je raconte dans le livre sera certainement possible un jour. Mais la question qui est posée c’est moins les avancées scientifiques que l’éthique.

"Ce livre interroge sur la manière dont on gère le crime dans nos sociétés…"

Jusqu’où peut-on aller dans les expériences sur l’être humain, dans la manipulation de la mémoire, même lorsqu’on a des patients qui sont volontaires?
Ce livre interroge sur la manière dont on gère le crime dans nos sociétés…
Je m’étais déjà intéressé, dans Le Murmure de l’ogre, au système judiciaire, et en particulier à la manière dont les criminels étaient traités, au début du XXe siècle.

On enfermait dans des asiles les gens qui n’étaient pas fous mais dont la société ne savait pas quoi faire. Là, j’avais envie de traiter de ces sujets sur la responsabilité pénale, moins sous l’angle historique, mais dans une intrigue plus contemporaine.

C’est un sujet toujours d’actualité. Il y a encore beaucoup de criminels pour lesquels on se demande si on doit les juger ou les considérer comme fous.

L’épilogue est introduit par une citation de Gabriel García Márquez: "La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient"…
Je partage assez cette idée. Je crois que nous sommes moins conditionnés par notre propre passé que par le regard qu’on jette sur notre passé.

J’avais déjà développé cette idée dans mon précédent livre, où un personnage cherche la vérité et se rend compte que la vérité c’est le regard qu’on a sur le monde et sur les gens qui sont autour de nous, que c’est illusoire de vouloir chercher une vérité absolue qu’on ne pourra jamais atteindre.


Valentin Musso à la Fête du livre du Var, à Toulon.
Samedi 16 novembre, au Carré des mots + rencontre avec le public, à 14h, intitulée "Mécaniques criminelles, réalités et fictions", avec Jacques Pradel, Vincent Ortis et animée par Elise Lépine.

Un autre jour. Valentin Musso. Éditions du Seuil. 320 pages. 19€.


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