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Elle a conquis le public du Nice Jazz Festival, rencontre avec la chanteuse Ayo

Lumineuse, sincère et généreuse, Ayo a conquis le public du Nice Jazz Festival avec sa musique chatoyante venue du cœur. Royale, comme son dernier opus!

Laurence Lucchesi llucchesi@nicematin.fr Publié le 18/07/2021 à 14:00, mis à jour le 18/07/2021 à 14:35
La chanteuse allemande Joy Olasunmibo Ogunmakin, alias Ayo. (Photo Cyril Dodergny) Cyril Dodergny / Nice MatinCyril Dodergny / Nice MatinCyril Dodergny / Nice Matin

Accompagnée de Billie-Eve, sa fille de onze ans et copie miniature dont le prénom est un jeu de mots sur "believe", "croire" en anglais, et a inspiré à Ayo son troisième album éponyme, elle débarque en backstage parmi les plantes tropicales.

Longue liane déliée au visage incroyablement fin, sous l’élégant chapeau qu’elle arbore. Manifestement ravie de revenir à Nice: "Depuis mes débuts, mon premier disque, je viens ici, et c’est toujours magnifique d’être là!"

Confinée à Tahiti

À nouveau en tournée depuis un mois, celle qui avait séduit dès 2006 avec l’entêtant Down On My Knees exulte: "Cela fait tellement de bien de retrouver le public, de voir tous ces visages qui m’ont tellement manqué, confie-t-elle dans un français à peine marqué par un léger accent. J’ai fait mon dernier concert avant la crise sanitaire à Tahiti. J’étais venue pour deux dates et les frontières ayant été fermées à ce moment-là, j’y suis restée cinq mois. J’ai eu de la chance, il y a pire comme lieu de confinement!"

D’autant que la chanteuse d’origine allemande et nigériane est passionnée de surf... "C’est pour cette raison-là que j’habite au Portugal, explique-t-elle. Mais à Tahiti c’est encore mieux: l’eau est chaude. Et on y était libres, il n’y avait pas de confinement car les cas de Covid étaient rares. Mes enfants ont été à l’école là-bas, ils ont eu la possibilité d’y vivre une vie normale."

À la croisée du blues, de la soul, du folk, du jazz et de la musique minimaliste, son nouvel album Royal, concocté en Jamaïque, est arrivé de manière inattendue: "Au départ je devais faire un album de reprises de mes propres chansons et, quatre jours avant l’enregistrement, je me suis sentie très mal. Je n’avais pas envie de quitter New York pour enregistrer des chansons que je chantais déjà depuis des années. J’étais habitée par un étrange sentiment: celui de n’avoir plus rien à dire en me commettant dans ce projet. C’était absurde d’en arriver là, à l’âge que j’ai! J’ai expliqué que je renonçais à cet enregistrement, et il a été convenu qu’il ne fallait pas le faire." Ayo, "joie" en yoruba, sort alors de ses tiroirs des chansons inédites. Tout se fait très rapidement, quatre jours plus tard la chanteuse se retrouve à Paris avec ses musiciens, pour enregistrer Royal. Sans avoir eu le temps de répéter.

Outre ce point de départ assez étonnant, cet opus se démarque aussi par le fait qu’Ayo n’y joue pas de la guitare, cette fois, mais utilise sa voix comme un instrument à part entière. "Cela m’a donné à la fois une liberté incroyable et, en même temps, je me suis sentie presque nue sur la scène au départ, sans ma guitare. J’étais presque encombrée par mes mains, c’était horrible! Et puis j’ai réalisé qu’on s’en fichait pas mal de ma gestuelle. C’est fou l’énergie que l’on perd en choses dérisoires! Alors que tout ce qui compte, c’est de se sentir à l’aise."

 

Royal, un titre comme un hommage au Divin, au sens large: "La seule chose qui soit royale pour moi, c’est la source d’où nous venons tous. Peu importe le nom qu’on lui donne, je crois que c’est une source unique. Et si je devais le traduire par des mots, comme je le fais pour l’expliquer à mes enfants, j’aime bien dire que c’est la Lumière. L’Amour, la Foi. On n’a même pas besoin d’aller dans un lieu de prière. C’est bien d’en avoir la possibilité pour s’isoler du bruit, mais on peut aussi se rendre dans son propre espace intérieur."

Et d’ajouter: "C’est plus nécessaire que jamais. On était tous dans le même bateau et il est devenu évident que nous ne contrôlons rien. Il faut accepter ce qui ne peut être changé. Car c’est l’Univers qui décide."

Expérience de la solitude

Lorsqu’on lui demande ce qui a fait d’elle cette belle personne, positive et emplie de sagesse, elle répond: "Cela vient je crois d’une certaine familiarité avec la souffrance. Et l’expérience de la solitude. Même si on comprend que finalement, on n’est jamais seul. Ma mère n’a pas été très présente parce qu’elle était en proie à des problèmes de drogue, mais je savais qu’elle m’aimait quand même. C’est pour cela que je crois que ce qui compte le plus pour les enfants, ce ne sont pas les études, mais avant tout de recevoir un socle affectif. C’est ce qui m’a aidée lorsqu’on me traitait de négresse à l’école en Allemagne, car je savais que pour mes parents, j’étais la plus belle... Même s’ils avaient un côté un peu Bonnie and Clyde, tous les deux. Et si un jour je devais refaire du cinéma, j’adorerais travailler avec Quentin Tarantino, dont l’univers ressemble à celui que j’ai connu lorsque j’étais enfant! "

 

 

Cyril Dodergny / Nice Matin.

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