Il arrive décontracté dans une Rolls et laisse la clé au voiturier du restaurant. Un milliardaire qui a sorti une de ses voitures de collection ? Un artiste excentrique qui aime être vu et reconnu ? Rien de tout cela ! Absolument rien ! Juste un amoureux des belles choses qui a façonné sa vie comme il produit chacun de ses tableaux. Domieff sait saisir les opportunités, assemble les objets trouvés, découpe, taille, modèle, cisèle, transforme, déforme.
Et donne une vie nouvelle aux choses.
Allez hop, dans la Rolls, pour gravir les petites rues de Beausoleil. « Elle est très vieille vous savez… Je l'ai depuis très longtemps… » Sa voiture : une splendeur d'un demi-siècle. Dans les filets qui mènent jusqu'à son atelier, en contrebas du Riviera Palace, il faut parfois manœuvrer dans les épingles à cheveux. On est si bien dans les fauteuils en cuir pleine peau entouré de bois vernis qu'on ne s'impatiente pas.
Arrivé à destination, le plaisir esthétique se prolonge. À l'angle de l'avenue du Professeur-Langevin et de la Montée Ouradour-sur-Glane, le quartier est méconnu mais la vue sur le Riviera Palace offre le meilleur de la plus belle période architecturale de Beausoleil. Là se trouve la galerie de Domieff à l'intérieur de laquelle il stationne son Harley Davidson. Magnifique moto avec les immenses sculptures et imposants panneaux exposés ! Une valise en cuir marron a été écrasée et constitue l'élément principal d'une des œuvres accrochées au mur.
Par une petite porte, on accède aux étages inférieurs de l'espace. Côté habitation, des crânes ponctuent l'espace. On les avait vus sur une boucle de ceinture ou dessiner sur les tableaux. Les voici dans les niches et sur le haut de l'armoire.
Pinceaux et disqueuses
Et pourtant rien de ténébreux ou de morbide. Tout est bien organisé dans une ambiance pensée et soignée sans accent de décoration. Sur la table : des pommes rouges et des noix, des crayons à papier bien taillés, une cigarette électronique. « J'ai trouvé ce local et y habite depuis huit mois », explique Domieff, plus dandy que gothique. « Je voulais me rapprocher de mon neveu qui est à Monaco. J'ai fait beaucoup de travaux pour que ce soit habitable »... L'ambiance est plutôt bohème en version strictement masculine. Un coin blanchisserie, un coin salon, une chambre jonchée de dessins. - « C'est beau ce dessin »... - « Oui, c'est un Picasso »...
Un peu plus loin : l'atelier… et le coin cuisine. Des croix gigantesques, encore des crânes - en métal cette fois-ci. Peu de couleurs. Le gris de l'acier, le marron du bois ou de la rouille, le noir du carbonisé, le blanc comme celui de la craie sur un tableau noir. Et le rouge du sang, de l'amour ou de l'interdit, qui sait ? Domieff, lui, cherche « l'esthétique ». Des chalumeaux, des disqueuses, des scies électriques s'ajoutent aux pinceaux. Rien ne traîne. Et c'est dans la nature, parmi les choses jetées, perdues ou oubliées qu'il trouve l'idée d'une nouvelle création. « L'accident créé un concours de circonstances qui est le cheminement de l'œuvre. » Détournés de leur première existence, les objets sont sublimés. Ils s'imposent avec force et puissance par l'agencement des formes et les ajouts de peinture ou de matières. Froids comme le métal, ils attirent en même temps comme des aimants.
C'est le monde paradoxal de Domieff. À découvrir…
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