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Découvrez Gérard Pons, graveur et poète au Castellet

Mis à jour le 23/01/2021 à 15:11 Publié le 23/01/2021 à 14:30
Sur les tables, ce qu'il écrit, sur les murs, ce qu'il grave... Gérard Pons est graveur installé depuis plus de 30 ans au Castellet.

Sur les tables, ce qu'il écrit, sur les murs, ce qu'il grave... Gérard Pons est graveur installé depuis plus de 30 ans au Castellet. Photo Laurent Martinat

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Découvrez Gérard Pons, graveur et poète au Castellet

Installé au Castellet depuis plus de 30 ans, Gérard Pons aime autant faire de la gravure que rédiger de la poésie. Rencontre avec ce personnage attachant à plus d'un titre.

Sur les murs ce qu’il fait, sur les tables ce qu’il écrit: à 92 ans, Gérard Pons maîtrise aussi bien la gravure que la poésie.

Cet artiste dans l’âme et le verbe s’est installé depuis plus de 30 ans au Castellet, y a ouvert son atelier de gravure où l’odeur du papier se mêle à celles des encres.

À portée de main, séchoirs, plaques chauffantes… Une presse pour chaque technique (lire par ailleurs), "la première que j’ai achetée, je l’ai gardée deux ans avant de pouvoir m’en servir…"

L’atelier place Saint-Éloi, c’est son lieu de rencontres. "Je m’efforce d’amener un contact, un échange, pour échapper un peu à cette vie monotone…", confie ce personnage, artiste atypique au regard franc, empli d’une malice bienveillante. Et ici, au cœur du village médiéval, on vient à sa rencontre pour ses talents de graveur comme pour ceux de poète…

"Un artiste, c’est un homme ou une femme qui a eu la chance de trouver une possibilité d’expression, confie-il. Mais sans être prétentieux, ce n’est pas suffisant. Il faut avoir quelque chose à dire…"

Gérard a toujours eu des choses à dire. A toujours voulu soigner l’échange et la liberté de chacun. Liberté d’agir, de penser. De manier les mots.

Ses dernières rimes, composées quelques minutes avant de nous ouvrir la porte, –l’encre sur le papier n’est pas encore sèche– rappellent combien cette liberté est si fragile.

"Le ciel était bleu, si bleu qu’il éclairait même les barreaux des prisons…"

Presque un manifeste

"Mon père était dans la marine…" Entre deux affectations, c’est au pied du fort Saint-Louis à Toulon qu’il a appris à nager. Entre deux affectations, il a été élève au lycée Rouvière.

On est au lendemain de la seconde guerre mondiale, il choisit le dessin industriel. Des études techniques "par obligation". Apprend tout de même en parallèle un peu de gravure sur bois également.

"J’ai toujours voulu m’exprimer. j’avais constamment dans les poches des carnets de notes… que je perdais régulièrement… " Il éclate d’un rire franc et sonore. "En fait, se remémore-t-il, je me suis beaucoup formé en arts", va même jusqu’à apprendre la lithographie aux côtés d’une Hollandaise installée en Grèce.

Puis en Belgique, avec de grands maîtres graveurs. Une formation loin des sentiers académiques, force d’expériences.

"Et puis, comme un de mes maîtres m’avait dit qu’il fallait que j’aie pignon sur rue…"  Il revenait souvent dans la région varoise, il choisit de s’y installer il y a plus de 35 ans. Et accomplit depuis Le Castellet, sa deuxième vie.

Plus de dix ans dans la Légion étrangère

Gérard Pons est âgé de 92 ans.
Gérard Pons est âgé de 92 ans. Photo Laurent Martinat

La première s’est déroulée sous les drapeaux. Après des études d’ingénieur, il lâche tout, "je sentais que ce n’était pas ma voie… J’ai arrêté parce que j’aurais construit des ponts qui se seraient écroulés, mon père aurait été embêté…" lâche-t-il en riant.

Donc il part au 10e bataillon de parachutistes, au Maroc. "Une fois sur place, j’ai prévenu mes parents…" Il se fait une vie dans l’armée. "Quand vous avez vécu l’occupation allemande etc., votre sens de la patrie est aiguisé… "

Il s’engage même plus de dix ans dans la légion étrangère. "Je vais souvent à Puyloubier, j’ai même participé à cette création", dit-il modestement en montrant la petite flamme verte et rouge affichée dans son atelier.

Comment la servir sinon en prenant les armes? Il y accompagnera un "cursus classique" pour cette âme poète. Comme d’autres avant lui. De citer Blaise Cendrars.

Mais même pendant ses années à servir la France, il se promène avec des carnets dans les poches, rappelle-t-il en en tirant un d’une étagère. Des notes, des dessins à chaque halte sur sa route. Le carnet devient un outil de travail.

Ce passionné des mots –il maîtrise l’art du haiku!– n’hésite jamais à rappeler combien leur sens est primordial. "Un mot peut souvent contrôler tout un texte, dit-il en récitant quelques phrases, lui qui est capable de citer le sujet de son certificat d’études. Sa mémoire encore intacte à 92 ans passés, force l’admiration. "

Le dessin, comme la mémoire, c’est une gymnastique", dit-il humblement, avant de déclamer quelques vers de sa composition. Avec aisance et maîtrise quasi théâtrale, lui qui longtemps, intervint dans les écoles pour réciter des vers autant que raconter ses histoires…

Né dans le Vercors, d’origine cathare par son père et maquisarde par sa mère, Gérard Pons est une force de la nature.

Il part encore faire son jogging, ou randonner dans la Sainte Baume. Et rappelle à qui veut l’entendre sa règle de vie: "pour moi l’essentiel c’est la vérité. Le cœur sent ce que la main touche…"

Trois méthodes de gravure

Ses gravures, uniques, prouvent toute l'étendue de son talent et sont une vitrine des différentes techniques utilisées.
Ses gravures, uniques, prouvent toute l'étendue de son talent et sont une vitrine des différentes techniques utilisées. Photo Laurent Martinat

Gérard Pons ne travaille que sur du papier fabriqué à la main, du papier chiffon, des feuilles élaborées pour la gravure, dont le grammage est étudié. L’artiste, artisan, grave selon trois techniques: au bois, appelé la taille d’épargne. Le dessin est réalisé sur le bois, on creuse autour, "donc on “l’épargne”.  "Un coup de rouleau encreur, une légère pression et j’ai tiré mon bois…"

La gravure sur le métal est possible selon la méthode de la gravure en taille-douce ou l’eau-forte: "La taille-douce est aussi appelée pointe sèche. Je dessine dans le métal avec mes pointes, je fais des traits peu profonds. Si je décide d’utiliser de l’acide, c’est ce que les anciens appelaient “l’aqua forte” je vernis la plaque avec un vernis noir, quand il est sec, je fais mon dessin selon différentes techniques dans le vernis, et ensuite, c’est l’acide qui va mordre et amener le dessin à s’encrer dans le support. Les mauvaises langues disent en eau-forte le graveur ne fait rien, l’acide fait tout. Le graveur lui, dit qu’en eau-forte un hasard est quelquefois heureux, et qu’une succession de hasards heureux c’est de la technique."

Technique reconnaissable par la "cuvette" que forme l’impression dans le papier. "Si elle n’existe pas, ce n’est pas une gravure originale. De plus, en passant le doigt sur le dessin, on sent le trait…" conclut Gérard Pons.

Gérard Pons, graveur, utilise  du papier fabriqué à la main, du papier chiffon, des feuilles élaborées pour la gravure, dont le grammage est étudié.
Gérard Pons, graveur, utilise du papier fabriqué à la main, du papier chiffon, des feuilles élaborées pour la gravure, dont le grammage est étudié. Photo Laurent Martinat

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