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De la musique des défilés Saint Laurent au dernier album de Charlotte Gainsbourg... découvrez SebastiAn, musicien touche à tout

Mis à jour le 29/11/2019 à 16:06 Publié le 08/12/2019 à 16:00
SebastiAn vient de sortir "Thirst", son deuxième album.

SebastiAn vient de sortir "Thirst", son deuxième album. Photo Ella Herme

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De la musique des défilés Saint Laurent au dernier album de Charlotte Gainsbourg... découvrez SebastiAn, musicien touche à tout

Huit ans après "Total", ce poulain discret de l’écurie Ed Banger revient avec "Thirst". Un album en forme de carnet de voyage, nourri de ses rencontres et de ses différentes expériences de producteur pour Charlotte Gainsbourg, Frank Ocean ou les défilés Saint Laurent.

Porté par la vague Justice, un son "turbine" qui emportait tout sur son passage, et le charisme de son boss, Pedro Winter, ancien manager de Daft Punk, le label Ed Banger a traversé les années 2000 comme une fusée.
Dans le sillage de ces têtes d’affiche, d’autres artistes ont su trouver leur place, à leur manière. On pense au regretté DJ Mehdi, au funky Breakbot, aux petits derniers Vladimir Cauchemar et Myd, ou encore à SebastiAn.
Moins exubérant que certains membres de cette smala électro, Sébastien Akchoté a tout de même rapidement attiré l’attention. Capable de passer d’un registre électro-funk à des compositions proches de la symphonie, avant de basculer dans un registre plus violent, plus sauvage, il avait marqué les esprits avec Total, son premier album sorti en 2011.
Depuis, il a œuvré comme producteur.
Un rôle d’accoucheur, d’homme de l’ombre dont cet acharné de travail raffole. Philippe Katerine, Woodkid, Charlotte Gainsbourg ou Frank Ocean ont fait appel à ses services.
C’est en alternant entre les projets radicalement différents de la chanteuse pop française et du poids lourd r’n’b américain que Thirst a vu le jour.
Présentation en huit étapes...

1-Around the world

Sans renier son identité première, en lui adressant même quelques clins d’œil, SebastiAn a veillé à ne pas se répéter.
D’où l’intérêt de s’entourer largement. Sur les quatorze pistes, on croise Mayer Hawthorne, une brigade hip-hop r’n’b de choix (Gallant, Sunni Colón, Syd, Bakar, le MC japonais Loota...), ainsi que Charlotte Gainsbourg et Sparks, le duo pop-rock excentrique des années 1970.
"Je voyageais pas mal, je commençais à ramener des gens autour de moi.
Au fil du temps, après avoir fait cinq ou six morceaux, une sorte de cohérence s’est créée. Involontairement, je traduisais les influences qui étaient dans l’air. Mais tout ça, c’est inconscient. Je m’en rends compte rétroactivement"
, nous explique-t-il, la voix posée et le verbe précis.
"J’ai voulu contrebalancer, contraster, avec des choses plus éloignées des tendances actuelles.
J’ai voulu aller voir les Sparks, qui me fascinent depuis longtemps. Il y a aussi des références à mon propre passé musical avec Beograd. Ce morceau, il aurait pu être sur mon premier disque."

2-Jamais tiède

"Extrême" semble être un qualificatif approprié lorsque l’on évoque SebastiAn. Celui qui a grandi entre Paris et la Yougoslavie, le pays d’origine de sa mère, en convient.
"Il y a assez peu de demi-mesure dans ce que je propose. C’est comme ça, presque malgré moi. C’est soit très, très romantique, soit très, très “lourd”. Et les deux peuvent s’inverser. Je peux trouver une forme de violence dans quelque chose de très romantique."

3-"Prisonnier volontaire"

Ses méthodes de travail sont à l’avenant. Devant ses instruments ou derrière son écran, SebastiAn est du genre obsessionnel.
"Mais c’est une obsession assumée. Je suis prisonnier volontaire des machines. Depuis l’âge de dix-sept ans, je suis scotché à mon studio. Quatre-vingts pour cent du temps, je suis chez moi, en train de travailler.
C’est envahissant, mais je m’y retrouve. Sinon, je serais extrêmement malheureux. Ça m’intéresse plus que d’aller boire des coups non-stop avec des gens. Je n’ai pas de problème avec ça, mais je ne suis pas un exemple de sociabilité. Tout l’inverse de Pedro
[Winter, ndlr]. Lui, il pourrait être maire du XVIIIe arrondissement de Paris!"

4-La famille Ed Banger

On dit souvent que les contraires s’attirent. Chez Ed Banger, un label dont il a contribué à façonner la "patte" sonore, Sébastien Akchoté a trouvé "une sorte de famille". Et surtout une grande bande de potes soudain embarquée aux quatre coins de la planète pour des festivals ou des DJ sets, à une cadence effrénée.
"Je me souviens de ce qu’on faisait avec Justice. On était comme ces gamins des années 1970, avec un ampli et une guitare. Nous, on avait un ordi, mais il y avait ce côté bête et méchant, on voulait mettre tous les voyants de l’ampli dans le rouge.
C’était un peu une réaction aux Daft Punk et leur son très bien foutu, léché, travaillé en studio. On adorait ça, mais on ne voulait pas faire la même chose."

5-Adolescence prolongée

Au plus fort de la hype Ed Banger, SebastiAn pouvait jouer jusqu’à cinq fois par semaine. "À un moment, j’ai arrêté. Je ne reconnaissais même plus le pays où j’étais. Des fois, pendant mes sets, je me penchais pour entendre dans quelles langues les gens parlaient. C’était quand même drôle, je ne regrette pas cette perte de repères."
Avant ces épisodes fastes, notre homme était comptable à La Défense.
Pour lui, cette plongée dans la musique était "une énorme chance de prolonger [son] adolescence."
"On ne savait pas vraiment ce qu’on faisait, on vivait. Il y avait un côté colonie de vacances."

6-Sous l’œil de Mondino

Le temps a passé, le décorum a changé. Sur la pochette de Total, shootée en noir et blanc par Jean-Baptiste Mondino, on voyait SebastiAn en train d’embrasser un deuxième « lui ». Huit ans après, toujours sous l’œil de Mondino, il se bat avec son double. « C’est une sorte de réponse à la précédente pochette. L’idée de l’artiste qui s’aime tellement qu’il s’embrasse était très premier degré. Mais comme j’ai toujours été un peu en retrait, ça devenait une blague. Avec la nouvelle pochette, il peut aussi y avoir quinze degrés de lecture, sans qu’on sache si ça doit être drôle ou pas. »

7-La frénésie Saint Laurent

En prenant en considération ce souci pour l’aspect visuel et en apprenant que depuis 2016, SebastiAn réalise la "bande originale" des défilés Yves Saint Laurent, on pourrait croire que l’artiste âgé de trente-huit ans est une victime de la mode. En fait, pas du tout...
"Je n’y connais absolument rien. Là encore, c’est une histoire de rencontre. Charlotte Gainsbourg, avec qui j’ai travaillé, est égérie pour Saint Laurent. C’est comme ça que j’ai été en relation avec Anthony Vaccarello [le directeur artistique de la marque, ndlr].
Le milieu de la mode est très excessif, ça le rend drôle. J’ai généralement trois jours, au maximum, pour tout faire. Il faut produire entre vingt et trente minutes de son pour en extraire dix ou douze. Composer très vite, sans passer par la case cerveau, ça m’intéressait.
Au moment où la musique est lancée pendant le défilé, je la découvre quasiment en même temps que le public. C’est très jouissif."

8-La liberté de Franck,la fragilité de Charlotte

Entre ses missions chez Saint Laurent et les nombreux projets qu’il a accompagnés comme producteurs, certaines personnalités l’ont fortement marqué. C’est le cas de Frank Ocean, qu’il a côtoyé durant la création de Blonde (en 2016).
"Frank Ocean est très impressionnant. Ce type n’a véritablement pas de limites psychologiques ou mentales, il va partout musicalement."
Avec Charlotte Gainsbourg, une relation particulière s’est créée. Cela a donné Rest, sans doute le meilleur album de la chanteuse, sorti en 2017. Un disque de deuil, marqué par la disparition de sa demi-sœur, Kate.
Pourtant, entre la célèbre "fille de" et le taiseux, l’histoire avait mal commencé.
"J’avais un peu d’appréhension. Charlotte compte en France. La famille Gainsbourg a un côté sacré. Je suis arrivé chez elle très aviné. Ça m’a permis d’être extrêmement sincère: ce qui m’intéressait, c’était de l’entendre chanter en français.
Mais ce n’était pas la bonne posture. C’était hors de question pour elle.
Elle ne m’a pas foutu à la porte, parce qu’elle est très polie. Mais bon…"

Initialement, Charlotte Gainsbourg avait choisi SebastiAn pour monter un projet plus noisy, à l’image de Pleasant, qui a atterri sur Thirst. Après la mort de Kate, un autre chemin s’est dessiné.
"Charlotte avait quelque chose sur le cœur et elle ne pouvait pas le dire autrement qu’en français. En réalité, j’aurais préféré que cet album n’existe pas, pour ne pas qu’elle ait à vivre ce qu’elle a vécu."


Thirst, 14 titres. SebastiAn.
(Ed Banger Records/Because Music)


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