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Comment le journaliste Laurent Greilsamer nous plonge dans le "monde selon Picasso"

Mis à jour le 26/01/2021 à 14:47 Publié le 26/01/2021 à 14:03
Archives, correspondances, biographies de ses amis, de Brassaï à Cocteau, des femmes qui ont partagé sa vie… Tout a été épluché pour dresser un portrait du peintre

Archives, correspondances, biographies de ses amis, de Brassaï à Cocteau, des femmes qui ont partagé sa vie… Tout a été épluché pour dresser un portrait du peintre Photo DR

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Comment le journaliste Laurent Greilsamer nous plonge dans le "monde selon Picasso"

Sa biographie de Nicolas de Staël lui avait valu un Grand Prix des lectrices de Elle, cette fois, il s’attaque au maestro. Dans Le Monde selon Picasso, le journaliste Laurent Greilsamer compile les mots du peintre pour en brosser un portrait original.

En ces temps de disette culturelle, on n’a pas pu mettre un pied dans les musées Picasso d’Antibes et Vallauris depuis fin octobre. alors à défaut de regarder, si on lisait?

Dans Le Monde selon Picasso, son dernier bouquin, le cofondateur de l’hebdomadaire Le 1, Laurent Greilsamer, s’est lancé un défi: "Essayer de restituer au plus près, à travers ses déclarations, un homme qui s’était imposé le silence avec la presse de l’époque, qui a donné très peu d’interviews."

Pour cette biographie en forme de portrait cubiste, découpée par thèmes et donnant la parole au peintre disparu à Mougins en 1973, le journaliste neuilléen a épluché tous les ouvrages possibles et imaginables.

Archives, correspondances, biographies de ses amis, de Brassaï à Cocteau, des femmes qui ont partagé sa vie… Résultat, un livre fouillé, vivant, qui présente un Picasso visionnaire et en marge, rempli de contradictions. On l’y suit en Espagne et en France, à Paris, sur la Côte d’Azur, en Provence.

"Quand vous accumulez les sources écrites, ces livres et quelques entretiens donnés ici ou là, ses poèmes et textes à lui, vous obtenez un Picasso débarrassé de sa légende. On a l’impression de le voir tel qu’il était et qu’il s’est inventé, car il a fini par sculpter sa propre statue." 

Un aperçu avec cinq citations de Pablo Picasso tirées du livre et commentées par Laurent Greilsamer.

1. "Il n’y a plus qu’une seule chose qui compte aux yeux des gens: le succès; et il n’y a rien de pire que le succès"

  Il détestait ça. Il disait souvent qu’il ne souhaitait à personne, même à ses pires ennemis, la célébrité.

Il évoque ce sujet avec Cocteau quand ils se retrouvent à Cannes, à Mougins…

La célébrité est à la fois écrasante et une protection extraordinaire. C’est ambivalent. Elle lui pèse mais lui permet d’être libre, parce que qui dit célébrité dit possibilité de gagner beaucoup d’argent.

Il sait que plus sa cote monte, plus il sera libre de faire ce qu’il veut. Picasso, c’est le contraire du peintre maudit. Entre seize et vingt ans, il vend déjà des toiles.

Il a eu des périodes de misère parce qu’il les a un peu cherchées, s’il avait voulu peindre selon l’air du temps, il aurait toujours très bien gagné sa vie. Il a été célèbre dès le début et à partir 1944, c’est carrément une star…

2. "Ceux qui cherchent à expliquer un tableau font la plupart du temps fausse route" 


Ça, c’est une manière de donner une tape aux critiques d’art, qu’il n’aimait pas. Il avait une sorte de répulsion pour le milieu artistique et ça a fini par englober même les collectionneurs et les musées.

Il dit: n’essayez pas d’expliquer, de comprendre, vous allez tout embrouiller! Ça veut dire aussi que, comme tous les grands peintres, ce qui compte pour lui, c’est l’émotion. Ne cherchez pas à intellectualiser un tableau, mettez-vous devant et regardez-le.

3. "L’essentiel, par ces temps de misère morale, c’est de créer de l’enthousiasme"

Là, c’est le Picasso peintre et le Picasso politique. Peintre, parce que sa recherche permanente, c’est créer, ce n’est pas refaire ce que les autres ou lui-même ont déjà fait. Il faut de l’enthousiasme pour créer tous les jours.

Et puis, politique, parce que Picasso affichait des idées très à gauche - anarchiste au début, communiste à partir de 1944 - et, selon lui, ces idées étaient enthousiastes parce qu’elles présageaient un avenir plus rose pour l’humanité.

C’est une phrase formidablement actuelle, c’est vrai, c’est mobilisateur en temps de crise.

4. "Au fond, je crois que je suis un poète qui a mal tourné" 


J’adore cette phrase ! Aujourd’hui, on se dit que c’est une pirouette, Picasso est l’homme des pirouettes et des paradoxes. Mais en fait non, ce n’est pas une, si on reprend le fil de sa vie.

D’abord, il a toujours vécu entouré de poètes. Ses amis sont Apollinaire et Max Jacob, puis Cocteau. Ensuite, Éluard et Breton arrivent, Aragon survient. Après-guerre, Char, Prévert et tant d’autres.

Leur poésie, c’est la langue qui lui a appris le français. Et il ne faut pas oublier qu’à partir de 1935, Picasso a écrit des poèmes, des pièces de théâtre…

Une période qu’on a certainement trop négligée et à laquelle lui, pourtant, attachait beaucoup d’importance. Dès qu’il n’arrivait plus à peindre, il écrivait.

5. "Il faudrait créer des images inacceptables. Que les gens écument. Les forcer à comprendre qu’ils vivent dans un drôle de monde. Un monde pas rassurant."

Là, on touche au cœur de son message esthétique, mot qu’il détestait, au passage! ça veut dire une chose forte qu’on a toujours du mal à comprendre : il ne recherche pas la beauté. Pour lui, un peintre d’aujourd’hui - enfin c’était valable à son époque mais c’est toujours valable aujourd’hui - ne doit pas chercher la beauté.

Contrairement à un peintre du XVIIe, du XVIIIe, du XIVe… Pour lui, ça, c’est révolu. Ce qu’il cherche, c’est à “hérisser ses tableaux de lames de rasoirs”. Il veut mettre ceux qui le regardent dans une position d’inconfort parce que sa peinture ne cherche pas à séduire.

D’une certaine manière, il a conscience en faisant cela que sa peinture ne sera pas appréciée par ses contemporains. Il peint pour l’avenir.

La beauté n’est pas pour lui. On en a l’exemple quand, à l’issue de ces nombreuses promenades, il revient avec des tas de détritus, des choses qu’il a récupérées dans les poubelles, sur un trottoir, une vieille roue de bicyclette, une pierre dont la forme lui a plu…

Il va fabriquer son œuvre aussi bien à partir des masques africains les plus beaux que d’une selle de vélo, il n’y a pas de hiérarchie. Toute forme qui le frappe peut être intégrée.

C’est en cela qu’il est l’artiste du XXe siècle le plus important. Parce qu’il a créé une nouvelle manière de peindre et de voir le monde.

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