C'est une première, la cantatrice Cecilia Bartoli sera à la tête de l'Opéra de Monte-Carlo mais aussi sur scène dès janvier prochain

La cantatrice prendra la tête de l’institution lyrique monégasque en janvier prochain et entamera son mandat à la fois dans les habits de directrice et sur scène. Une première!

Cédric Verany Publié le 20/09/2022 à 12:06, mis à jour le 20/09/2022 à 13:02
La cantatrice Cecilia Bartoli prendra la tête de l'Opéra de Monte-Carlo en janvier prochain. Photo Fabrice Demessence

Quelle arrivée! Elle est partout: au micro pour présenter aux abonnés sa saison, sur la scène de Garnier à deux reprises dans des productions en hiver et au printemps, en tournée dans toute l’Europe avec les Musiciens du Prince. Et même en quatrième de couverture du programme, égérie dans la publicité de l’horloger Rolex, partenaire du théâtre. Cecilia Bartoli est une star et ça se voit.

En Principauté, la mezzo-soprano italienne a réussi son entrée dans son nouveau rôle: celui de directrice de l’Opéra de Monte-Carlo qu’elle endossera le 1er janvier prochain. Vendredi, en dévoilant la saison qu’elle a imaginée pour le premier semestre 2023 de l’institution monégasque, elle a clos son intervention debout près du piano, pour interpréter quelques airs lyriques qui ont ravi le public d’une Salle Garnier comble, venue écouter à quoi aller bien pouvoir ressembler l’opéra sous le règne Bartoli.

"J’aime à penser que ma première saison lyrique reflète certaines de ces caractéristiques: un regard attentif posé sur l’histoire mais aussi tournée vers son avenir", a expliqué la nouvelle directrice promettant d’embarquer le public "dans un voyage musical qui couvrira trois siècles", avec plusieurs pièces maîtresses de l’histoire de l’opéra au programme.

Cecilia Bartoli, au cœur de la Salle Garnier. Photo Fabrice Demessence.

Nouvelle ère

Son arrivée est tout sauf une surprise. Depuis presque trois ans, Jean-Louis Grinda - en poste lui depuis 2007 - avait annoncé que ce serait elle qui lui succéderait. Elle avait amorcé son implantation en Principauté en encadrant la formation des Musiciens du Prince depuis 2016, mettant à l’honneur la musique baroque sur les prestigieuses scènes d’Europe. Le moment est venu, cette fois, que le directeur en poste laisse son siège à la directrice désignée.

"Une nouvelle ère s’ouvre à l’opéra de Monte-Carlo. Cecilia Bartoli a accepté d’en prendre la direction et la lecture de son premier avant-programme témoigne de son engagement total ainsi que de ses choix artistiques forts conjuguant tradition et modernité", écrit la princesse de Hanovre dans le programme de l’institution dont elle préside le conseil d’administration, lui souhaitant "chaleureusement succès et bonheur » et se réjouissant que la transition se soit passée « dans un climat de confiance et d’amitié".

 

La nomination de Cecilia Bartoli au poste de directrice entraîne aussi des changements dans l’organigramme de l’Opéra. Le Suisse Oliver Widmer en devient directeur délégué. Il n’est autre que l’époux de Cecilia Bartoli. Et Magdalena Grob arrive au poste de directrice de la communication et adjointe du tandem à la direction.

Face aux abonnés et amis de l’Opéra, Cecilia Bartoli a promis de "construire sur les fondations posées avec tant de succès par Jean-Louis Grinda", auprès des équipes "fidèles et passionnées qui seront les piliers de mon mandat".

Sa vie sur scène

À 56 ans, la cantatrice entame une étape majeure dans son histoire et la première programmation qu’elle écrit pour la scène monégasque a des reflets de sa carrière et sa vie passée. On est jamais aussi bien servi que par soi-même, le 20 janvier pour ouvrir la saison, elle s’est octroyé le rôle-titre d’Alcina de Haendel, la première production de son mandat aux côtés de Philippe Jaroussky.

En février, le choix de proposer la pièce Andréa Chenier lui remémore son enfance. "Mon père qui avait une voix de ténor dramatique exceptionnelle chantait ce rôle quand j’étais enfant, je garde de cet opéra un très beau souvenir."

 

Le 10 mars, la soirée pour le 80e anniversaire du pianiste virtuose Daniel Barenboim, célébrera un "cher ami" de la nouvelle directrice. "C’est lui qui m’a découvert quand je n’étais qu’une très jeune chanteuse. Il m’a aidé à entrer dans le monde merveilleux et parfois effrayant de la musique et m’a beaucoup appris sur Mozart et sur l’industrie musicale".

Ces choix semblent être une manière d’apprendre à se faire connaître au public monégasque. Elle poursuivra en avril en endossant le rôle de Rosina dans Le Barbier de Séville. Un personnage qu’elle a déjà interprété il y a plus de trente ans, pour sa première fois sur les planches de Garnier. "J’avais 22 ans, ce fut un moment mémorable de ma carrière ". Désormais à la barre de l’institution lyrique de la Principauté, elle pourra à l’avenir en vivre d’autres.

J.-L. Grinda : L’opéra de Monte-Carlo fera des merveilles dans les saisons prochaines

Il y a des passations qui se déroulent dans l’amertume, la colère ou l’indifférence. Celle entre Jean-Louis Grinda et Cecilia Bartoli a été "heureuse, souriante et plaisante", selon les principaux intéressés. Il faut dire que trois années entre l’annonce et la prise de fonction ont permis de préparer le terrain d’une situation voulue par celui qui dirige encore l’institution jusqu’au 31 décembre et qui n’entendait pas rester ad vitam à la tête d’un opéra.

"Cette décision, je l’ai prise il y a plusieurs années", rappelle Jean-Louis Grinda, "et il était aussi normal pour moi de passer la main à une artiste. C’est très important que les institutions culturelles soient dirigées par des artistes". Cecilia Bartoli sera la deuxième artiste lyrique à diriger l’opéra monégasque après Guy Grinda - le père de Jean-Louis - qui l’a fait en 1947.

"Elle a été prise d’une aphonie quand je lui ai proposé"

L’idée Bartoli à Monte-Carlo, c’est justement Jean-Louis Grinda qui l’a mûrie avant de la proposer au prince Albert II… et de prévenir la cantatrice quelques jours avant.

"Je lui ai dit par téléphone que j’avais rendez-vous avec le souverain et la princesse Caroline et qu’il fallait qu’elle me dise si oui ou non elle voulait prendre la direction de l’Opéra sinon ça changerait mon discours. Elle a été prise d’une aphonie [rires], elle m’a dit qu’elle allait réfléchir et qu’elle me rappelait", a-t-il rembobiné pour raconter les coulisses de cette nomination aux abonnés de l’Opéra.

La réponse a été positive et l’histoire s’est écrite ainsi. Ce qui permet au directeur de quitter son bureau serein. "L’opéra de Monte-Carlo sous la direction éclairée de Cecilia Bartoli et de ceux qui l’entourent fera des merveilles dans les saisons prochaines et j’en suis très fier et très heureux".

De gauche à droite : Oliver Widmer, directeur délégué ; Gianluca Capuano, chef principal des Musiciens du Prince ; la directrice Cecilia Bartoli ; Jean-Louis Grinda le directeur sortant ; et Magdalena Grob, directrice de la communication. Phot Marco Borrelli.

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