Cannes 2022: Adèle Exarchopoulos dans "Les Cinq Diables", "maintenant, je fais plus attention à la manière dont je dis les choses"

Chez Dupieux, la comédienne signe une apparition potache dans "Fumer fait tousser". Pour "Les Cinq Diables", à la Quinzaine des réalisateurs, elle bascule dans le drame familial aux accents fantastiques. Avec le même bonheur.

Jimmy Boursicot Publié le 25/05/2022 à 12:35, mis à jour le 25/05/2022 à 11:48
interview
Adele Exarchopoulos Photo Sebastien Botella/Nice Matin

Comme l’an dernier, Adèle Exarchopoulos a débarqué à Cannes avec deux films dans ses bagages. En 2021, elle faisait partie du casting du testostéroné Bac Nord, de Cédric Jimenez. Un film d’action sur des baqueux de Marseille, calibré pour marcher très fort en salles.

Rien à foutre, production à très petit budget et à l’esthétique hyperréaliste, en partie tournée à l’iPhone par Emmanuel Marre et Julie Lecoustre, était loin de viser ces hautes sphères. Mais dans le costume cintré d’une hôtesse de l’air piquant du nez dans sa solitude, matraquée par les conditions de travail déshumanisées d’une compagnie low-cost, elle avait décroché l’un de ses plus beaux rôles.

"On était très surpris que ça prenne autant, même si on l’espérait. C’est bête, mais ça me fait croire que quand tu fais les choses avec le cœur, ça marche, en fait", nous dit Adèle Exarchoupolos sur la plage de la Quinzaine des réalisateurs, à l’aise dans ses sandales.

Imaginez Quentin Dupieux en train d’expliquer l’arrivée de quatre personnes, dont une qui met un casque à pensées et qui va tuer tout le monde

Avec "Fumer c’est tousser", elle retrouve Quentin Dupieux, qui lui avait offert un rôle très sonore dans Mandibules. Toujours aussi ovniesque, il lui a imaginé un personnage de fille un peu nunuche, constamment en train de faire des stories sur son téléphone portable.

 

"C’est un petit rôle, mais c’était trop bien. Il y avait une très belle équipe, tout le monde a pris un plaisir incroyable. Tout est tellement absurde... Je crois qu’il faudrait filmer Quentin quand il propose une idée de scénario à quelqu’un... Imaginez-le en train d’expliquer l’arrivée de quatre personnes, dont une qui met un casque à pensées et qui va tuer tout le monde. Bizarrement, les décideurs n’hésitent pas !"

Amenée à tempérer son feu intérieur

Alors qu’on la retrouve aussi dans "Le Flambeau" sur Canal +, la suite de La Flamme, série drolatique portée par Jonathan Cohen et une armée d’invités, une scène forte des "Cinq Diables", de Léa Mysius [repérée à Cannes avec Ava en 2017, Ndlr], la montre d’entrée devant un brasier. Un élément intrigant pour ce long-métrage puissant tourné en 35 mm, dans des paysages d’Isère qu’on croirait parfois empruntés à Twin Peaks.

"Ces derniers temps, je peux divaguer, aller dans des genres très différents, avec des réalisateurs très différents. Cet équilibre, c’est un grand luxe Pour moi, c’est ça le cinéma." "Les Cinq Diables" ? "C’est un film intimiste avec un cadre fantastique. Je joue une maman dont la fille a des pouvoirs. À travers des odeurs, la petite [Sally Dramé, inquiétante au possible] s’évanouit et elle a la capacité de replonger dans le passé de sa maman."

Dans ces flash-back, on découvre une Joanne, le personnage d’Adèle Exarchopoulos, bien plus pimpante et libre. "C’est quelqu’un qui s’est anesthésié. Par habitude, en se pliant à une forme de conformisme, sans s’en rendre compte", commente la comédienne de 28 ans. Pour se sentir encore un peu vivante, elle plonge chaque matin dans un lac glacial. "Ca en dit beaucoup sur le personnage. C’est un moment dangereux, mais extrêmement ritualisé, précis", commente Adèle Exarchopoulos.

 

 

J’ai eu du mal à retenir certaines pulsions

Elle qui semble souvent être un volcan au bord de l’éruption a dû opérer dans un autre registre, plus rentré. "C’était intéressant et c’était surtout assez dur. Léa [Mysius] essayait souvent de me contenir, elle me demandait d’être moins expressive. C’était compliqué de ne pas être chaleureuse avec la petite Sally. Il fallait aller vers quelque chose de plus pudique, presque froid. J’ai eu du mal à retenir certaines pulsions. Heureusement qu’il y avait Léa. "

A Cannes, là où son talent avait surgi pour la première fois en 2013 avec "La Vie d’Adèle" (Palme d’or spéciale pour elle, Léa Seydoux et Abdellatif Kechiche), celle qui avait débarqué avec une candeur confondante assure avoir adopté une autre ligne de conduite. "Je me suis rendu compte que dans ce milieu, malheureusement, la forme compte plus que le fond. Maintenant, je fais plus attention à la manière dont je dis les choses."

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