Anthony Delon, "La résilience passe par le pardon. Mais pour pardonner, il faut comprendre"

Entre chien et loup. Plus qu’un livre. Un franc je t’aime à son père, Alain. Un grand pardon. L’histoire de sa famille. Ses emmerdes. Ses amours. Ses bonheurs. Une résilience. Enfin apaisé, Anthony Delon se confie sans détour

raphaël coiffier Publié le 02/04/2022 à 20:14, mis à jour le 02/04/2022 à 20:14
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Il a hésité, Anthony Delon. Hésité à écrire ce livre, Entre chien et loup qui devait être, aux premières lignes couchées sur papier blanc, une série. Il le sera prochainement d’ailleurs, avec l’aide de son "ami" Dominique Besnehard.

Il a hésité mais ne regrette pas, aujourd’hui, à 57 ans, d’avoir osé livrer, sans fard, son histoire. Celle d’un clan. À part. Parce que Delon. Celle d’un enfant, homme à 10 ans, qui a pardonné les maladresses et rudesses de son père. Ce père qu’il aime éperdument.

Pourquoi ce livre et pourquoi maintenant?

Au départ, ce n’était pas un livre, c’était une série. C’est-à-dire que j’ai écrit quinze pages Word d’une série et je suis allé voir un producteur, en l’occurrence Dominique Besnehard, qui est un copain, un ami, pour lui faire lire. Il m’a dit c’est formidable. Je te prends tout de suite les droits avec Mediawan. Et au même moment, j’ai reçu un coup de fil du Cherche Midi me disant "on aimerait bien vous rencontrer". Je savais que c’était pour un bouquin.

 

Vous avez rencontré l’éditeur et dit non!

Bien sûr, j’ai été les voir et je leur ai dit que ça ne m’intéressait pas. Parce que j’étais déjà en train d’écrire quelque chose. Alors, ils m’ont demandé à lire. Je leur ai donné. Ils ont adoré et ont insisté pour le bouquin. Je leur ai dit non. Et puis, quelque temps après, en travaillant, en me concertant avec Dominique, je me suis dit mais en fait ce serait peut-être pas mal d’écrire un livre. Cela donnerait un terreau aux scénaristes pour travailler ensuite sur la série. Il a trouvé que c’était une bonne idée.

Bien vous en a pris, donc?

Je suis heureux, je ne regrette pas de l’avoir écrit, car ça m’a permis d’aller beaucoup plus loin, d’aller au fond des choses. D’apprendre des choses sur moi. Et de faire un travail que je n’aurais certainement pas fait si j’étais resté sur la série. Donc c’est pour ça qu’il n’y a pas de hasard.

C’était le bon moment?

 

Je pense. Parce que mon parrain, Georges Beaume était mort. Loulou, la femme qui m’a élevé, qui était comme une seconde mère, aussi. Mireille (Darc) également. Mon père avait fait son attaque cérébrale et on avait diagnostiqué ce cancer fatal du pancréas à ma mère. En fait, cette famille, ce clan, était sur le point de disparaître. C’est là où j’ai ressenti le besoin d’écrire. De faire un devoir de mémoire. Peut-être, inconsciemment, pour arrêter le temps.

Une trace du clan?

Je ne parle pas simplement de moi. De mes problèmes. De mes épreuves. Mais de tout. Cela va de notre vie. De mes cousins. De Nice. De cette enfance. De ces anecdotes. Il fallait qu’il reste quelque chose.

Nice, votre jardin d’Eden?

Ah oui! Nice, cette famille, mes cousins, le quartier de Sainte-Marguerite, c’était une époque de ma vie très importante. Et on est toujours très très proches. Ils représentaient l’idéal familial. Unis, avec leurs parents, dans cette toute petite maison. D’ailleurs, j’ai voulu aller à l’école là-bas et vivre avec eux.

Comment avez-vous choisi parmi tous vos souvenirs?

Je ne sais pas. Il n’y a pas de chapitres. C’est un peu comme le cours de ma vie. C’est ce qui vient. Ce qui sort. Les moments clés. Les moments joyeux. Les moments d’attente. Les moments de souffrance. Les temps forts.

 

Temps forts et parfois violents avec votre père?

Je n’ai pas hésité à en parler. Parce que ce livre est un livre sur la résilience. Et dans ce cas précis, pour être résilient, il faut pardonner. J’ai fait ce travail. Si vous voulez, aujourd’hui, mon père et moi, on a pris beaucoup de recul par rapport à ça. En parlant de tout ça, quelque part, c’est une déclaration d’amour. Mais aussi une ouverture, un cadeau. Je lui dis, toi aussi tu peux le faire.

C’est un message?

Je me suis rendu compte, car j’ai reçu beaucoup de commentaires, que cette histoire est universelle. Les gens m’ont dit merci et ça m’a aidé. J’ai pris conscience qu’il n’y a pas de famille parfaite. On a tous des blessures qui nous empêchent d’être nous-mêmes. D’évoluer, d’être ancré, de grandir, d’être heureux, d’être bien. Oui, ce livre, c’est aussi ça: un message. La résilience passe par le pardon. Mais pour pardonner, il faut comprendre.

Et livrer un combat intérieur?

Évidemment. Toujours. C’est un combat qu’on mène contre soi. Ce sont souvent les plus durs. Après, j’ai voulu rendre un hommage à mes guides. À ceux qui m’ont accompagné. Mon parrain, Loulou, ma marraine Mireille, qui était une résiliente aussi. Quand on lit ses livres, quand on connaît sa vie, c’est quelqu’un qui a beaucoup souffert dans son enfance.

Votre relation avec Mireille Darc?

 

Elle m’a beaucoup aimé. Sans jamais vouloir prendre la place de ma mère. C’est ça qui était formidable.

À 10 ans, votre père vous dit: tu es un homme…

C’est comme ça. À partir de 10 ans, pour lui j’étais un homme. On m’a parlé comme à un homme. Je ne sais pas pourquoi. Vous le prenez et après, il faut… (silence).

Il faut vivre avec. Est-ce pour cette raison que vous avez fait pas mal de "conneries"?

Peut-être. Quand je tirais à la carabine à plomb dans l’antenne de télé, oui, c’était pour le faire chier. Plus tard, non. C’était autre chose. J’avais besoin, je ne sais pas. J’avais cet instinct de vie et de mort. Je poussais toujours le curseur soit d’un côté, soit de l’autre. Après l’époque des blousons, je vivais ma vie sans jamais me soucier de qui que ce soit. J’avais un besoin de liberté qui me dévorait. J’avais un feu à l’intérieur de moi. Rien ne pouvait m’arrêter.

Bon sang ne saurait mentir…

Mes parents étaient des carnassiers. Moi, je sais de quel bois je suis fait. Et si j’ai fait le travail, les gènes quand même sont là. C’est sûr. Faut pas me brusquer. C’est tout.

Vous pensez parfois à la disparition de votre père?

 

Oui. Déjà, je n’imaginais pas que la disparition de ma mère allait être aussi dure. La perdre m’a dévasté. Donc on ne peut pas s’empêcher, effectivement, de penser au départ de l’autre.

Il est le survivant?

Je le dis à la fin du livre: j’ai aimé cette famille et l’unique survivant à ce jour. Il ne reste que lui. Avec l’âge, on se dit que, bon… En tout cas, dans les moments critiques, il faut être là. Là pour l’autre. Oui, il y a un moment où il faut baisser les armes.

S’appeler Delon?

On ne peut pas le définir. C’est un titre. Mais c’est l’histoire qui fait les hommes, pas le nom.

Avec votre père, vous vous dites je t’aime?

Oui, oui, on arrive à se dire ça…

(Photo DR) (Photo DR).

De savoureuses anecdotes

"Ce livre n’est pas simplement un livre sur la résilience, sur l’hommage à mes guides, il y a aussi des moments drôles, des moments légers. Il faut en parler sinon les gens vont dire on va se flinguer !"

Un rire. Massif. C’est vrai que les anecdotes sont légion. Parfois indiscrètes. Abordées avec pudeur. Comme lorsqu’il évoque sa relation avec Grace Jones. "Un moment de vie en rose, c’est ça."

Il y a "l’obsession" de son père pour les peignoirs dans la salle de bain. Le renvoi dans ses 22 de Giscard d’Estaing, alors président de la République, un peu trop pressant avec sa mère. Il y a la manie des doigts dans le gâteau. Plus forte que lui.

Il y a aussi cet épisode, digne d’un film de Lautner, où Bouttier installe son camp d’entraînement, avant le championnat du monde contre Monzon, dans le jardin familial. "Ce ring sur la pelouse, ces boxeurs, ce barnum, pour un gamin, c’était fascinant."
Il y en a comme autant de cailloux du petit Poucet. À ramasser pour mieux comprendre l’itinéraire de cet enfant à l’épine dans le cœur.

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