Albert-Ier, un pionnier de l’image et du son

Marquant le centenaire de la disparition de l’ancien souverain, l’Institut audiovisuel a imaginé un cabinet de curiosités rappelant son goût pour ces disciplines en pleine éclosion à l’époque.

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Cédric Verany Publié le 07/02/2022 à 11:03, mis à jour le 07/02/2022 à 11:23
Le prince Albert Ier affairé en train de prendre une photographie en Italie en 1910. Photo archives du Palais de Monaco/IAM

Un prince navigateur, explorateur, savant… Les qualificatifs ne manquent pas quand il s’agit d’évoquer la figure du prince Albert Ier à qui la Principauté rend hommage toute cette année à l’occasion du centenaire de sa disparition. L’ancien souverain était surtout un homme ouvert aux innovations de son temps.

Et c’est au travers de ce postulat - et fort de ses domaines d’expertises - que l’Institut audiovisuel de Monaco a bâti son hommage au prince Albert Ier. Un prince qualifié de pionnier de l’image et du son, touche à tout dans ces disciplines en pleine explosion au début du XXe siècle : la photographie, l’enregistrement du son et de l’image animée.

Cette passion elle se déroule dans un joli cabinet de curiosités qui tapisse le mur d’accueil de l’Institut avec les productions iconographiques et sonores de l’ancien souverain, souvent inédites et présentées jusqu’à la fin de l’année.

Les images de son expédition au Spitzberg, des captations de ses voyages et de moments de vie, des témoignages audio… tous ces documents montrent qu’il se forgeait un œil artistique et avait cette volonté d’user de cette révolution de l’image engagée aux premières années du XXe siècle.

 
Le souverain a eu la primeur de la découverte de ce cabinet de curiosités évoquant son trisaïeul. Photo Gaëtan Luci/Palais princier.

Des appareils retrouvés au Palais

"Notre volonté était d’installer une exposition qui consacrerait le prince Albert Ier comme pionnier de l’image et du son. Et pour nous, très vite, il fallu se reposer sur les collections de l’Institut océanographique qui possède l’essentiel du patrimoine de connaissances amassées par le prince et les collections des archives du Palais princier", rembobine le directeur de l’Institut audiovisuel, Vincent Vatrican.

C’est au Palais justement qu’ont été exhumés des remises, des objets qui dormaient là et qui ont appartenu à Albert Ier: une chambre photographique Hermagis de 1910 qui servait à ses prises de vues posées, une caméra Prestwich qu’il avait embarqué avec lui au Spitzberg et un phonographe Edison avec lequel il a procédé à plusieurs prises de son.

Ces trois objets rythment l’exposition baptisée "Cinémato!" et témoignent de l’appétit du prince. À cette donnée technique, les témoignages de son journal autographe ont permis de remonter le fil de ses archives et de trouver les contextes d’une vaste collection d’images capturant des scènes de vie et de travail.

"C’était un pionnier amateur, qui a pratiqué toute sa vie avec la volonté de témoigner de ses découvertes et de son environnement", résume Estelle Macé, responsable de l’action culturelle à l’Institut. "En janvier 1880, il écrit d’ailleurs à son père qu’il se forme chez un photographe parisien pour acquérir du savoir-faire".

Le cabinet de curiosités est installé jusqu’à la fin de l’année. Photo Philippe Fitte/IAM.

Un expérimentateur

En 2014, une ciné conférence consacrée à Albert Ier avait permis d’entendre sa voix enregistrée lors d’expéditions. Pour l’exposition, les équipes de l’Institut audiovisuel se sont plongées dans les 228 cylindres enregistrés par l’ancien souverain avec son phonographe acquis en 1888.

 

"Dès les premiers jours, il l’a l’utilisé pour enregistrer l’orchestre de Monte-Carlo et les artistes qui se produisent au théâtre » détaille Eric Pokoj, ingénieur du son à l’Institut. « Personne n’a fait de la prise de son avant, il expérimente la chose et note des jugements de valeurs sur les rouleaux selon la qualité du rendu ou la distance à laquelle se tient l’instrumentiste vis-à-vis du cornet qui permet de capter le son dans le phonographe. Il était en recherche de la meilleure prise possible."

Enfin, c’est l’image du souverain en action qui boucle ce cabinet de curiosités. Filmé pour les reportages d’actualité de l’époque ou par ses "compagnons de l’image". Des séquences pleines de vie qui confortent cette exposition-hommage.

Savoir +
Cinémato! à l’Institut audiovisuel (83-85 boulevard du Jardin exotique) du lundi au vendredi de 10 heures à 17h30.
Entrée libre.

Pourquoi cinémato?

Pour les amoureux des mots, le titre de l’exposition: Cinémato! mérite explication de texte. "Aux prémices du cinéma, avec l’arrivée des Frères Lumière, le vocabulaire à ce moment-là est cinématographe désignant à l’appareil qui servira à la fois à la captation d’images et à leur diffusion. Au début du XXe siècle, le terme de "cinéma" n’existe pas" replace dans le contexte Estelle Macé.

Lorsqu’il donne ses conférences, qu’il ponctue d’images animées ou fixes, le prince Albert Ier invente - malgré lui - ce terme de cinémato.

Dans les fiches manuscrites retrouvées du prince où il déroule le programme de sa conférence, à côté des différents thèmes, il note "cinémato" quand il s’agit d’accompagner son discours d’une image animée.

"À cette époque, il y avait la liberté de forger les mots qui n’existaient pas pour cette jeune discipline. Mais nous avons cherché, ce terme n’a jamais été employé autre que par le prince Albert Ier. C’est un peu une spécialité monégasque".

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