A Monaco, une magistrale exposition dévoile les "tubes" et les secrets d'Alberto Giacometti

L’artiste suisse, mondialement reconnu par son "Homme qui marche", était un créateur protéiforme, comme le raconte la magistrale exposition qui lui est consacrée pour l’été au Grimaldi Forum.

T. M. Publié le 03/07/2021 à 14:30, mis à jour le 03/07/2021 à 14:31
Jeudi soir, le prince Albert II a été le premier visiteur de l’exposition.

Deux ans, c’était long! Après avoir fermé l’exposition consacrée à Dali en septembre 2019, la pandémie aura empêché le grand rendez-vous culturel estival du Grimaldi Forum jusqu’à ce samedi où ouvre - jusqu’au 29 août - une rétrospective impressionnante consacrée à Alberto Giacometti.

Après Andy Warhol, Pablo Picasso ou Francis Bacon, ces dernières années, c’est aux créations du sculpteur et peintre suisse, majeur dans l’histoire de l’art du XXe siècle, que le Grimaldi Forum prête son écrin pour montrer 230 œuvres issues des collections de la Fondation Alberto Giacometti, afin de comprendre et retracer son process de création.

Un artiste qu’on croit connaître

L’exposition est pensée comme une biographie du créateur. Un parti pris pour mieux le comprendre. "C’est un artiste qu’on croit connaître, mais dont on ne soupçonne pas les sources d’inspiration et les méthodes de travail", commente Émilie Bouvard, directrice scientifique des collections de la Fondation et commissaire de cette exposition.

Elle dit vrai. Pour beaucoup, le travail de Giacometti est symbolisé par L’homme qui marche. Cette silhouette humaine longiligne, qu’il a façonnée pour la première fois en 1947. Véritable "tube" dans la carrière de l’artiste, qu’on rattache toujours à ce personnage, vue comme une figure de résistance face aux difficultés de l’existence humaine "sur lequel on peut avoir une lecture variée", complète Émilie Bouvard.

Mais l’exposition ambitionne d’aller au-delà et de valoriser toute la création emblématique d’après-guerre de l’artiste.

 

Alberto Giacometti est né en 1901 à Borgonovo, un village des Grisons en Suisse, dans une famille d’artistes. Son père Giovanni, peintre postimpressionniste lui donne la fibre. La visite s’ouvre d’ailleurs sur quelques toiles du patriarche, dont un portrait de son fils, Alberto, adolescent. Ce dernier débarque ensuite, en 1922 à Paris, pour étudier la sculpture dans l’atelier d’Antoine Bourdelle.

Tâtonnement créatif

En 1926 il s’installe dans un atelier au 46 rue Hippolyte-Maindron qui restera son repaire toute sa vie. Une constance qui ne sera pas celle de son travail, lorgnant vers le cubisme et l’abstraction avant d’intégrer dès 1930, le groupe surréaliste d’André Breton, puis de revenir vers la figuration.

Ce parcours s’explique dans les premières salles intéressantes où l’on voit les œuvres, fruits de ce tâtonnement créatif. Exemple en 1938, La Femme au Chariot, ressemble à une déesse égyptienne.

Un des premiers enseignements de ce parcours dans la vie de Giacometti est aussi de voir que L’Homme qui marche fut aux prémices, une femme. En 1933, il modèle un corps effilé de La Femme qui marche qui l’inspira plus tard pour son chef-d’œuvre. Constante dans son travail, la représentation du corps à la tête, à diverses échelles, est comme une variation obsessionnelle. Les innombrables bustes de son frère Diego pour modèle en témoignent.

Il faut dire que la scénographie épurée, sur 2 500 mètres carrés, signée William Chatelain, sert au mieux ce défilé d’œuvres de petit format qui en introduisent d’autres. Comme Le Nez, ce visage suspendu dans une cage, au cou comme une crosse de revolver, dont le nez dépasse des barreaux. La traduction d’un traumatisme de l’artiste, en 1921, qui assiste à la mort d’un compagnon de voyage, "fasciné par le nez qui lui semble s’allonger indéfiniment, tandis que la vie s’échappe du corps".

 

Le réel merveilleux

L’homme, l’arbre, le rocher, les trois sujets de prédilection d’Alberto Giacometti se rejoignent dans la salle "Nature", où le parallèle est établi entre les vallées suisses où il a grandi et les formes qu’il fait jaillir de ses mains pour créer des sculptures si singulières. L’exposition témoigne aussi de son talent de peintre. Ses dessins, ses aquarelles ou ses portraits noirs, visage au trait sombre sur fond gris, peu connus, sont remarquables.

Ils rythment la promenade dans les salles, de l’exposition baptisée le "réel merveilleux". Pourquoi ? "Alberto Giacometti a voulu saisir le réel dans ce qu’il avait de merveilleux", explique Émilie Bouvard, "en montrant ce que le réel résonne en nous". Une résonance qui accompagne tout le parcours et devrait trouver écho chez les visiteurs.

"L'Homme qui marche", star de l'exposition monégasque

Comme une star clôt d’ordinaire le show, L’Homme qui marche clôt l’exposition. L’ultime salle est consacrée à cette pièce de plâtre de 1,88 mètre de haut, réalisée en 1960. Une icône de l’art contemporain, connue de tous. Un "hit" qui fait comme un écho à l’intention liminaire de l’artiste, souhaitant avec sa sculpture, rendre hommage à l’existence humaine.

"Au fond, j’étais agacé par les sculptures grandeur nature que cinq costauds n’arrivent pas à soulever. Agacé parce qu’un homme qui marche dans la rue ne pèse rien, beaucoup moins lourd en tout cas que le même homme mort ou évanoui. Il tient en équilibre sur ses jambes. On ne sent pas son poids. C’est cela qu’inconsciemment je voulais rendre, cette légèreté, en affinant mes silhouettes", commentait l’artiste lui-même dans un entretien avec Jean Clay en 1963, trois ans avant sa mort.

La première version de son homme qui marche date de 1947. Plusieurs versions suivront en 1960. À cette époque, Alberto Giacometti est invité à créer une œuvre pour la place de la Chase Manhattan Bank à New York. Dans son cahier des charges, l’architecte du projet demande au sculpteur de s’inspirer de l’œuvre Trois hommes qui marchent, créée en 1948. Giacometti propose une création avec un homme qui marche, une tête monumentale et une femme gigantesque. Une création ambitieuse qui ne verra finalement jamais le jour, le projet ayant été abandonné dans la foulée.

L’exposition compte 230 œuvres sorties des collections de la Fondation Giacometti.
L’iconique œuvre clôture la visite.
Un autoportrait de jeunesse. C.V..
C.V..

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