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A Monaco, entrechats intimes avec les Juliette des Ballets

Mis à jour le 28/07/2016 à 05:11 Publié le 28/07/2016 à 05:11
Bernice Coppieters, la « Juliette » des origines (au centre), entourée d'Anna Blackwell (à gauche) et de Victoria Ananyan (à droite), les danseuses qui reprennent aujourd'hui le flambeau.

Bernice Coppieters, la « Juliette » des origines (au centre), entourée d'Anna Blackwell (à gauche) et de Victoria Ananyan (à droite), les danseuses qui reprennent aujourd'hui le flambeau. Photo M.A.

A Monaco, entrechats intimes avec les Juliette des Ballets

Les Ballets de Monte-Carlo reviennent ce soir avec une nouvelle version de leur Roméo et Juliette. Entre arabesques du cœur et soubresauts amoureux, les Juliette se livrent. Rencontre

Les Ballets de Monte-Carlo rendent à nouveau honneur aux étoiles contraires de Roméo et Juliette du 28 au 30 juillet, à la salle Garnier de l'Opéra de Monte-Carlo. La version de Jean-Christophe Maillot, créée en 1996, a été dansée plus de 350 fois dans le monde. Sur une musique de Prokofiev, le chorégraphe réécrit l'histoire des amants dans un ballet psychique et introspectif.

Pour cette version 2016, deux nouvelles Juliette font leur entrée. Victoria Ananyan et Anna Blackwell danseront les affres de l'amour, sous le regard et les conseils bienveillants de Bernice Coppieters, la Juliette des origines, celle qui a inspiré le rôle. Rencontre au sommet de l'art vivant.

Quel effet cela fait-il de succéder à la grande Bernice Coppieters?
Anna Blackwell: Quiconque s’intéresse à Jean-Christophe Maillot connaît la Juliette de Bernice. C’est très intimidant, car on s’attaque à une figure emblématique. Mais grâce aux conseils de Bernice, nous sommes restées fidèles à la chorégraphie et aux détails derrière le rôle.Victoria Ananyan: Je n’ai vu la Juliette de Bernice qu’à travers des vidéos et je le regrette. Les gens qui l’ont vue danser en live parlent d’une expérience inoubliable. Je tenais à la voir danser car ce rôle est le sien, Juliette c’est elle. Elle fait autorité. L’écouter et lui faire confiance, c’est le plus important.

Quand avez-vous attaqué les répétitions de cette version?
Bernice Coppieters: Il n’y avait plus de Juliette et cette année notre objectif était d’en trouver de nouvelles. Nous avons commencé tôt par rapport à nos habitudes et répété intensément pendant deux semaines. Puis nous avons laissé les choses mûrir… avant de reprendre les répétitions quelques jours. C’est un process de travail très intéressant: cela nous a laissés le temps de digérer le travail accompli. Ce n’est pas devenu une obsession. Il y avait toujours le temps pour réfléchir, prendre de la distance et revenir avec de nouvelles idées… Ce qui est rare dans une compagnie.

Pourquoi y a-t-il deux Juliette?
B.C.: Le Lac des Cygnes, La Belle au Bois Dormant, Roméo et Juliette… Pour un même rôle, nous avons toujours deux danseurs prêts. Pour certains, il peut même y en avoir trois. Ainsi, si l’une de nos Juliette se blesse, the show must go on! Un soir, ce sera à Victoria de danser, un autre ce sera au tour d’Anna.

Quel a été votre travail avec Jean-Christophe Maillot?
A.B.: Il aborde l’histoire de Roméo et Juliette d’une façon très originale. Il ne s’agit pas de faire de beaux mouvements pour impressionner le public, mais plutôt de raconter une histoire. Travailler avec lui est une expérience intense, car il fait ressortir le meilleur de chacun. À chaque nouveau spectacle, nous devons nous améliorer, aller plus loin. Je pense que c’est pour ça que nous avons une compagnie aussi solide et convaincante. Chaque répétition est un challenge !V.A.: J’ai travaillé avec de nombreux chorégraphes différents, mais Jean-Christophe est unique.Il est très intelligent, passionné et investi dans ce qu’il fait. Le travail peut être très dur parfois. C’est une personnalité, et comme avec toutes les personnalités, il faut beaucoup l’aimer pour travailler avec lui.B.C.: De mon point de vue ce qui le rend différent de nombreux chorégraphes, c’est qu’il n’a pas de méthode dans son travail. Chaque pas revêt une signification particulière à ses yeux. Tous les grands danseurs peuvent faire une pirouette ou un grand jeté… Mais là il s’agit de comment tu le fais. Une arabesque peut être très triste ou très amoureuse. Jean-Christophe nous demande de se donner complètement à lui. Dès que nous avons posé un pied à l’atelier, nous devenons ses instruments: des danseurs, mais aussi des interprètes.

Si vous deviez choisir un seul mot pour parler de la danse...
B.C.: Passion. Un danseur qui est capable de vivre sans elle, n’est pas un vrai danseur. V.A.: Liberté. Parfois, on peut se torturer l’esprit et s’énerver sur des détails, mais je ne peux pas imaginer la vie sans la danse. Je sais qu’un jour, cette aventure arrivera à son terme et que je devrai faire autre chose, et cette pensée me terrifie. Quand tu danses, tu es intouchable. C’est irréel, tu n’es plus un être humain, tu es une fantaisie.A.B.: Expression. La danse est une façon de montrer aux autres qui tu es. Parfois tu es timide, tu ne sais pas comment parler à quelqu’un, les mots te manquent… Mais en dansant, je trouve ma place. Cela me connecte à mon moi profond, et me permet d’exprimer ce qui est intime.
B.C.: Dans une très longue carrière, nous pouvons compter sur les doigts des deux mains, les moments où l’on arrive à s’abandonner totalement. Où le temps s’arrête. C’est pour ça que l’on fait ce métier... pour atteindre ces moments de grâce où plus rien n’a d’importance, à part notre danse.


Roméo et Juliette. Du 28 au 30 juillet à 20hà la salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo. 98.06.28.00

« C’est elle qui porte la culotte, en fait ! »

Bernice a inspiré le rôle de Juliette à Jean-Christophe Maillot.
Bernice a inspiré le rôle de Juliette à Jean-Christophe Maillot. Photo Marie-Laure Briane

Bernice Coppieters rejoint les Ballets de Monte-Carlo en 1991.Même après avoir tiré sa révérence en 2014, l’ancienne Étoile s’investit aujourd’hui encore pour le futur de la compagnie. En 1996, Jean-Christophe Maillot écrit le rôle de Juliette pour cette muse inspirée et inspirante. 20 ans plus tard, elle passe le flambeau à Victoria Ananyan et AnnaBlackwell.L’occasion pour les trois danseuses de revenir sur ce qui fait la force et la beauté de ce rôle-titre.

  • Bernice Coppieters:
    «Il y aura de très nombreuses Juliette et autant de manières de l’interpréter. Ce qui est important c’est qu’il s’agisse toujours de celle de Jean-Christophe. Sa Juliette est une jeune fille très forte, une fille qui sait ce qu’est l’amour. Il nous dit toujours que Roméo est amoureux mais que Juliette est l’amour. C’est elle qui porte la culotte, en fait!
    C’est la seule chose qui ne doit pas être changée. Chaque Juliette apportera quelque chose de nouveau et rendra le rôle plus riche. Anna et Victoria sont très talentueuses mais très différentes, et chacune raconte une histoire qui lui est propre. C’est ce qui est fascinant avec les arts vivants.»
  •  Anna Blackwell:
    «Juliette est la jeunesse. Elle est innocente et tellement remplie d’amour. Mais elle ne le donne pas aux gens autour d’elle. Roméo est tout ce qu’elle attendait, il fait ressortir tout l’amour qu’elle a en elle. C’est drôle d’interpréter ça, car dans la vie on ne tombe pas amoureux de façon aussi radicale. On ne s’autorise pas à être aussi irréfléchie, rebelle… Se laisser porter par une passion aussi folle est une expérience très libératrice.»
  • Victoria Ananyan
    « Pour moi, elle est authentique.Juliette est la force. Quand elle aime, son amour est puissant. Elle prend, mais elle donne encore plus. Tout en elle est une étreinte.»
  • Bernice Coppieters
    «Aujourd’hui je ne danse plus ce ballet, mais je peux continuer à me consacrer à cette œuvre, même si ce n’est plus avec mon corps. Grâce à des filles comme Anna et Victoria, j’ai l’occasion de rendre le rôle encore meilleur qu’à l’époque où je le dansais. Continuer à travailler sur ce rôle avec leur talent, leur personnalité et leurs corps… C’est un cadeau magnifique.»

Les Ballets solidaires de l’attentat de Nice

Du 21 au 24 juillet, dans le cadre de son programme L’Été Danse, l’Opéra de Monte-Carlo a accueilli deux spectacles par soir : L’Enfant et les Sortilèges et Le Baiser de la Fée. L’intégralité des recettes du premier soir sera reversée à l’Association d’Aide aux Victimes de l’attentat de Nice.

Jean-Christophe Maillot, chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo s’est exprimé devant le public, avant la représentation. «L’art est un des rares outils dont nous disposons pour donner un sens à une réalité souvent absurde et immaîtrisable», confie-t-il.

La compagnie monégasque réunit 50 danseurs de 20 nationalités différentes, qui vivent et dansent ensemble quotidiennement. «Il nous est apparu indispensable de clamer haut et fort que la diversité reste une force et non une malédiction que certains combattent lâchement par la violence.»

La compagnie des Ballets de Monte-Carlo continuera de danser et de lutter «de tout son corps de ballet et de toute son âme multiculturelle.» Comme une promesse faite aux publics futurs et aux arts vivants, Jean-Christophe Maillot assure que les Ballets continueront à incarner «un groupe d’individus plus libres, plus beaux et plus humains que jamais.»


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