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À la découverte de la Fondation des Treilles, lieu de dialogue unique entre artistes et scientifiques dans le Var

Mis à jour le 19/11/2019 à 12:03 Publié le 19/11/2019 à 18:00
La Fondation des Treilles, espace de dialogue pour les arts et les sciences.

La Fondation des Treilles, espace de dialogue pour les arts et les sciences. Photo Adeline Lebel et DR

À la découverte de la Fondation des Treilles, lieu de dialogue unique entre artistes et scientifiques dans le Var

Située entre Tourtour et Flayosc, la Fondation créée par Anne Schlumberger-Gruner en 1970 réinvente le dialogue entre artistes et scientifiques. Pour dessiner le monde de demain.

Ciel lourd sur la Provence. Le bruissement de la nature qui se réveille après la pluie embrasse la "Grande Maison", comme une douce mélodie d’automne.

Un écho à la voix de baryton de Louis de Lavignère. Le jeune homme, prochainement sur la scène de l’opéra de Bordeaux, travaille sous la bienveillance de la soprano Felicity Palmer.

Il participe pendant une semaine à l’académie de la voix créée par la Fondation des Treilles. Pour l’occasion, la salle des colloques – un piano de concert y est à demeure – est transformée en salle de répétition. L’acoustique a d’ailleurs été travaillée par le claveciniste américain Ralph Kirkpatrick, pour accueillir des concerts.

Le jeune homme de 26ans, qui a délaissé une carrière dans le droit pour se consacrer, il y a trois ans, à l’art lyrique, savoure d’être là, à répéter Papageno (La Flûte enchantée).

"C’est le directeur de casting de l’opéra de Bordeaux qui m’a conseillé cette académie. On fait ici un important travail de fond sur le personnage, comment l’interpréter… Se perfectionner auprès de Dame Felicity Palmer, qui a beaucoup d’expérience, qui connaît bien ces personnages, c’est une chance unique", confie le chanteur avant de reprendre.

Anne Gruner-Schlumberger, fondatrice.
Anne Gruner-Schlumberger, fondatrice. Photo DR

fermée au public mais pas coupée du monde

Maryvonne de Saint Pulgent, présidente du conseil d’administration de la Fondation, sourit en refermant discrètement la porte. À pas feutrés, elle rejoint la bibliothèque voisine.

Installé à une table, un auteur en résidence est à l’ouvrage. Le photographe Dominique Laugé vient d’entrer dans la pièce, s’arrête pour la saluer.

Chanteurs, auteurs, artistes mais aussi scientifiques, ont rendez-vous dans ce lieu virgilien qu’est la Fondation des Treilles. Entre Tourtour et Flayosc, elle s’élève au bout d’un chemin à l’abri des regards.Fermée au public, mais pas coupée du monde.

Dans ce lieu, sciences et culture se fondent dans la nature pour penser le monde de demain. Un instrument, rêvé par sa fondatrice, Anne Gruner-Schlumberger.

En 1960, cette intellectuelle passionnée d’arts et de culture hérite des terres varoises: les Treilles.

À la tête d’une grande fortune, Anne Gruner agrandit au fil des ans, en rachetant les terres voisines.

Maryvonne de Saint Pulgent, présidente du conseil d’administration
Maryvonne de Saint Pulgent, présidente du conseil d’administration Photo Adeline Lebel et DR

Presque 300 hectares aujourd’hui, qu’habillent 25 maisons de tailles différentes. Autant de lieux de vie qui, à l’époque, étaient destinés à la seule famille et aux amis. Certains noms en témoignent: La Petite Maison, abritait les enfants, La Grande Maison était le principal lieu de vie. Anne Gruner avait ses quartiers à Barjeantane.

Cette dernière confie l’architecture à Pierre Barbe, s’inspire de peintres italiens pour penser les jardins mais en confie le dessein au paysagiste provençal Henri Fisch, à qui l’on doit notamment le jardin de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. L’empreinte de la sculptrice Claude Lalanne se lit aussi, dans un labyrinthe de fontaines.

Ici, Anne Gruner s’entoure de ses amis artistes, scientifiques,créateurs. MaxErnst y vient en voisin (il a une maison à Seillans), Michel Serres, l’un de ses plus proches amis, organise des concerts... Mais ce sont les grandes conversations entre artistes et scientifiques, éléments d’une génération anxieuse de l’avenir du monde, qui lui donne l’envie de consacrer les lieux à la recherche et la création.

Les Treilles sont d’abord une association, puis, à partir des années 1980, une fondation. Michel Serres compte parmi les cofondateurs. Rencontres, colloques, séminaires... Le lieu sert de terre d’échanges pour des groupes de chercheurs internationaux.

Guillaume Bourgeois, directeur.
Guillaume Bourgeois, directeur. Photo Adeline Lebel et DR

Pas moins de 37 prix Nobel sont un jour passés par le chemin des Treilles. Le Japonais Tasuku Honjo l’an dernier, l’Américain William G.Kaelin Jr. aujourd’hui (tous les deux comptent parmi les équipes 2018 et 2019 du prix Nobel de médecine.,ndlr)

Barbara Cassin, dont Le Dictionnaire des intraduisibles a été pour partie rédigé ici, Cédric Villani, ont par exemple, fait partie du jury scientifique chargé de retenir les prix jeunes chercheurs.

Des résidences d’artistes dans les années 2000

À la mort d’Anne Gruner en 1993, la fondation poursuit son œuvre d’utilité publique. Nommée au titre du conseil d’État au conseil d’administration en 2003, présidente depuis 2005, Maryvonne de Saint Pulgent initie les résidences d’artistes "d’après l’idée qu’Anne se faisait de ce domaine".

À l’activité scientifique très dense viennent se greffer des résidences. D’écriture d’abord. De photographie ensuite, dédiées au bassin méditerranéen. Deux disciplines pour lesquelles les candidats sont sélectionnés sur un projet.

"Nous aidons à la création de nouveaux travaux, même si nous choisissons des écrivains qui ont déjà été publiés, des photographes déjà exposés…" Une académie de la voix enfin, dirigée par le musicologue Ivan Alexandre, où huit jeunes chanteurs "sont réunis pendant une semaine, et travaillent le style".

Tous les lauréats (d’un à trois pour la photo et l’écriture) sont sélectionnés un an à l’avance, pour qu’ils aient le temps de s’organiser.: « Les écrivains par exemple, sont contraints de venir rédiger “in situ” », détaille en effet la présidente du conseil d’administration.

La Fondation dirige également, depuis 2008, un centre d’études littéraires Jean Schlumberger (oncle d’Anne Gruner, fondateur de La Nouvelle Revue française). Fonds rebaptisé Jean Schlumberger – André Gide depuis 2013, à la suite d’un don de manuscrits originaux de l’écrivain, de la part de la Fondation Catherine Gide.

Comme Louisde Lavignère,la soprano Caroline Jestaedt savoure son travail avec la soprano Felicity Palmer.
Comme Louisde Lavignère,la soprano Caroline Jestaedt savoure son travail avec la soprano Felicity Palmer. Photo Adeline Lebel

Le centre décerne un prix doctoral ou post-doctoral en littérature, sciences humaines ou sciences sociales, s’appuyant sur les fonds d’archives des Treilles. Un autre prix Fondation Catherine Gide, est consacré à la rédaction d’une étude, d’un essai, etc. portant sur l’auteur de La Symphonie pastorale.

Un livre consacré à la passion du romancier pour les peintres sortira en fin d’année aux éditions Gallimard, dans la collection Les Entretiens de la Fondation des Treilles. Le livre sera présenté en février au musée d’Orsay.

"Notre fondation, c’est aussi une collection d’œuvres d’art moderne", ajoute, pour conclure, Maryonne de Saint Pulgent. Collection qui sera montrée en avril prochain à la Fondation Bemberg à Toulouse, avant Toulon en 2021.

Autant de bouillonnements qui donnent à réfléchir et à construire: "Regardez, il y a les rencontres organisées, avec nos séminaires bien entendu, mais aussi celles impromptues, aux Treilles, qui vont donner vie à des projets partagés…", résume la présidente de la Fondation.

Michaël Ferrier, écrivain tombé amoureux des lieux, a décidé d’y consacrer un livre, appuyé par le regard du photographe Dominique Laugé. Ce dernier est déjà auteur d’un ouvrage de photographies consacrées à la propriété.

Un livre à deux voix, un dialogue organisé entre esprits créatifs.L’essence même du projet pensé par Anne Gruner. Une utopie alors, couchée sur le papier: Les Treilles, histoire naturelle et humaine d’un dessein.

La réalité est tout autre: "Il y a des décalages bien sûr, mais aussi de belles évidences, souligne Maryvonne de Saint Pulgent.Dans son esprit, elle qui vécut les deux guerres dans sa chair, l’art et la science peuvent conjurer une nouvelle catastrophe. Elle voulat que les Treilles participent à écrire la paix. Son héritage scientifique et littéraire fait qu’elle pensait intrinsèquement que ces disciplines peuvent sauver le monde."

Un prochain séminaire sur la guerre, les nouvelles formes de conflit, etc.sera l’occasion de parler de paix, de sauver le monde.Le sujet cher à Anne Gruner. "On ne peut pas dire que l’on a évité la guerre, mais les Treilles apportent leur petite pierre…" Sur un long chemin dont on rêve, un jour, de voir la fin.

Illustration
Illustration Photo Adeline Lebel

Terres d’(agri)cultures

Terre d’art et de sciences...la Fondation reste aussi un terrain d’agriculture. Les instruments aratoires, dessinés par le sculpteur Takis, rappellent d’ailleurs la vocation agricole
des Treilles, comme l’avait esquissé Anne Gruner elle-même.

On y exploite des oliviers, dont on commercialise une huile d’olive, des lavandes dont on extrait de l’huile essentielle de lavandin. Il y a aussi des figuiers, des amandiers, un jardin des simples, inspiré des carrés monastiques, ainsi qu’un potager recréé sous l’impulsion du directeur.

"Nous consommons en circuit court", précise ce dernier, à la tête d’une équipe de 27 personnes – entre Paris et Tourtour – pour faire fonctionner la structure.

son parcours

1905
Naissance d’Anne Schlumberger. Elle est la fille de Conrad Schlumberger qui, avec son frère Marcel, créa la Société de Prospection Électrique, devenue l’entreprise multinationale Schlumberger LTD.

1960
Anne Gruner hérite des terres des Treilles.

1981
Création de l’association de préfiguration de la Fondation des Treilles. La même année est organisé le premier séminaire.

1986
La Fondation des Treilles est reconnue d’utilité publique.

1993
Décès d’Anne Gruner.

2008
Création des premières résidences d’artiste. La Fondation des Treilles est protégée par les Monuments historiques au titre de l’architecture du XXe siècle.

Illustration
Illustration Photo Adeline Lebel

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