Poissonnier, fromager, marchand de vélos... Comment La Turbie a su redynamiser son centre-ville

Souvent comparée à une ville-dortoir ou corridor, traversée par des milliers d’automobilistes du matin au soir, La Turbie n’est pas celle que l’on croit. Beaucoup l’envient. Convoitée, cette commune de 3.050 habitants, animée par un centre-ville qui en fait rêver plus d’un, présente une dynamique commerciale exceptionnelle pour sa taille. Le résultat d’une alchimie qui lui est propre.

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Anne-Sophie Coursier Publié le 20/12/2022 à 11:00, mis à jour le 20/12/2022 à 13:50
Originaire de Cap-d’Ail, Thomas Botticini, le poissonnier installé dans la rue principale, est arrivé il y a deux ans. Photo DR et Monaco-Matin

Jeudi, jour de pluie, c’est aussi le jour de marché. Malgré une météo digne d’un jour d’hiver dans le Nord, les commerçants du centre-ville affichent un large sourire. La bonne humeur traverse les gouttes pour envelopper la place du village et lui apporter une pointe de chaleur. Ici, les commerçants travaillent bien, ça se voit et ça se sent. Ils ne le cachent pas et ça fait du bien.

À La Turbie, on vient des communes alentour pour faire ses courses, de Peille ou de Saint-Martin. Même avec son parapluie à la main et son imperméable sur le dos, on fait la queue pour aller chez son commerçant préféré. Aujourd’hui, chez Thomas Botticini, le poissonnier installé dans la rue principale, c’est soupe de poisson. Elle est proposée en marge des produits habituels.

Le Coin du Fromager a ouvert il y a dix ans. Tom, vendeur depuis six ans, note une clientèle fidèle et de plus en plus nombreuse. Photo DR et Monaco-Matin.

Emulation

Originaire de Cap-d’Ail, le poissonnier s’est installé avec son épouse voici deux ans après une longue expérience à l’étranger. "Je cherchais à ouvrir un commerce et j’ai vu que le créneau du poissonnier était à prendre. J’ai été très bien accueilli par le maire. J’ai pris la place du fleuriste." Il se veut un poissonnier responsable. Ses produits sont issus de la pêche durable, toujours de saison.

Le téléphone n’arrête pas de sonner. Il renseigne sa cliente au bout du fil sur les huîtres numéro 5 qu’il a reçues le matin-même. Oui, il lui en mettra douze de côté et elle passe quand elle le souhaite.

Son employée n’a pas levé la tête mais ils prennent le temps d’échanger. L’occasion de dire qu’ici ils se sentent bien et que la dynamique est en marche depuis quelques années. "Pourquoi? Parce que sur un périmètre réduit, on y trouve de tout et des produits de qualité. Il ne manque rien."

Près de lui, une dizaine de restaurants, deux boulangeries, un primeur, un traiteur, deux cavistes, en face, deux bouchers, un marchand de journaux ainsi que le fromager, celui qui a donné envie aux autres de s’installer.

Les vendeurs sur le marché affichent également un large sourire à l’arrivée de leurs habitués. "Nous préférons venir ici qu’à Eze, les commerçants sont tellement agréables", insiste une cliente.

Les habitants des communes alentour viennent faire leurs courses à La Turbie. Photo DR et Monaco-Matin.

La liste n'est pas finie!

Les cafés tournent à plein régime et on y discute volontiers. Au Régence, les anciens du village s’y retrouvent tous les jours, pour prendre des nouvelles de l’un de l’autre ou se donner rendez-vous. On vient aussi avaler un petit noir avant d’embaucher. C’est le cas de Chokri Hamd, chef à Monaco. Sa fille est à l’école. Il s’apprête à quitter La Turbie pour "aller en bas".

Il habite la commune depuis tout petit. Le quadragénaire ne partirait pour rien au monde. "Il y a tout ici. L’ambiance, les commerçants, les bus. La commune a changé et en bien. Maintenant, il y a le marché de Noël. Tous les mois il y a quelque chose et l’été, il y a tout pour les enfants. Même une piscine!"

William, lui, est à la retraite. Il est arrivé il y a quarante ans. "C’était pour six mois." Il n’est jamais reparti. Aujourd’hui, il dit passer une retraite tranquille. "Nous avons trois docteurs et une pharmacie. Même le bus pour aller à la grande surface de La Trinité".

De grande surface justement, ici, il n’y en a pas. "Même pas une moyenne surface." Telle est la volonté du maire, Jean-Jacques Raffaele, pourtant très sollicité à ce sujet. Il ne passe pas deux jours sans qu’une enseigne vienne vers lui pour tenter de s’installer.

"Nous nous sommes arrangés avec le PLU pour que cela ne s’avère pas possible.. Nous veillons à protéger nos commerçants. Des grandes surfaces il y en a à Monaco, à Menton et à La Trinité. L’offre existe et elle n’est pas nécessaire au sein de notre commune. Malgré les demandes récurrentes, nous disons non", conclut-il. Probablement l’un des secrets de la réussite de La Turbie.

Le droit de préemption commercial comme garde fou

Si le maire de La Turbie peut partager une raison expliquant le dynamisme de son centre-ville que beaucoup envie, c’est peut être le droit de préemption commercial qu’il a pris soin de mettre en place lors de son premier mandat.

"Evidemment ce dynamisme ne s’est pas fait en un jour. C’est aussi l’œuvre des maires précédents." Cependant, grâce à ce droit de préemption, la commune peut garder un œil sur ses commerces, sur ce qui se vend et sur ce qui se rachète.

"En gardant cet œil, cela permet aussi de protéger nos commerces. Ce n’est pas tant avoir la main dessus que garder un œil que nous cherchons avec cet outil." Il permet de veiller sur lui et parfois d’exercer un droit de veto. "Attention, ce droit est très cadré."

La priorité pour acheter

Peu connu du grand public, le droit de préemption commercial permet en effet à une commune d’avoir la priorité pour acheter un bail commercial, un fonds de commerce, un fonds artisanal ou un terrain pouvant accueillir des commerces. Elle doit ensuite le revendre (ou rétrocéder) à un commerçant ou un artisan.

Ce droit de préemption concerne souvent des biens qui sont situés dans une zone spécifique appelée périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité. Le conseil municipal peut délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce d’artisanat de proximité au sein duquel tout vendeur de fonds de commerce devra faire une déclaration préalable à la mairie. La commune dispose alors de deux mois pour préempter et se porter acquéreuse du fonds de commerce.

L’objectif de cet outil est bien de sauvegarder, défendre, promouvoir la diversité de l’offre commerciale, là où elle est menacée.

Un marchand de vélos tout neuf

À La Turbie, haut lieu du vélo, il n’est pas rare de croiser un grand champion cycliste en chemin. La plupart d’entre eux résident à Monaco et viennent pédaler près de chez eux.

La commune et les alentours sont un joli terrain de jeux pour eux. Les amateurs comme les professionnels aiment s’entraîner dans le secteur. Le vélo est lié à La Turbie. Quoi de plus naturel que de voir ouvrir ce marchand de vélos sur la place proposant aussi la location, la réparation et l’entretien.

"La relation n’est pas uniquement commerciale"

Ouvert depuis un an tout juste, il attire de nombreux cyclistes amateurs et professionnels. Et le commerce plaît aux habitants. "L’été, il y a du monde qui vient et il y a des visages intéressants."

À la tête de ce commerce, Valery Fouquet qui ne regrette nullement s’être installé là. Le marchand et réparateur de vélos qui donne sur la rue principale n’est pas un marchand comme les autres. Le patron aime dire que chez lui on vend avant tout une émotion, une expérience et un plaisir avant le vélo.

À l’image du Café du Cycliste, marchand de vélo qui a ouvert sur le port de Nice il y a quelques années, chez Vélo Bao, on y vient pour partager un moment convivial, faire une rencontre avec des professionnels ou des amateurs ou encore pour déguster une bonne glace tout en parlant cyclisme, ou pas.

"L’idée est de se sentir bien, comme à la maison." Valéry Fouquet a misé sur la marque italienne Officine Mattio pour ouvrir son commerce.

"L’usine se trouve à Cuneo et les vélos sont fabriqués à la main." Il s’agit d’une entreprise familiale, "dont le mode de fonctionnement correspond à nos valeurs".

Dans cette arrivée, le maire, Jean-Jacques Raffaele, féru de vélo, n’y est pas pour rien. "J’ai mis en relation le propriétaire du local, à qui j’avais demandé de revoir ses exigences, et l’entrepreneur, que je connaissais un peu."

Valery Fouquet a ouvert Vélo Bao voici un an. Il fait aussi les répérations, l’entretien et la location. On peut y déguster une glace ou boire un café. La nouvelle tendance des marchands de vélos. Photo DR et Monaco-Matin.

Valentin Lopez, trésorier de l’association des commerçants et des professionnels : "Fédérer les commerçants"

L’association des commerçants et des professionnels est née le 26 juin 2020. Elle englobe l’ensemble des personnes en activité sur la commune, des commerçants comme des professionnels de la santé ou encore des artisans.

Qu’est-ce qui vous a poussé en juin 2020 à créer cette association?

Au départ, lorsque l’on lance cette association, c’est pour s’assurer qu’aucun commerce ne mette la clef sous la porte avec la crise du Covid. L’association voulait également englober tous les professionnels. Nous étions là pour assurer un soutien et identifier les personnes en difficulté. Une fois la vague difficile derrière nous, nous nous sommes concentrés sur notre mission première.

Quelle est votre mission?

Notre mission est avant tout celle de s’occuper de la dynamisation du centre-ville, de le rendre toujours plus attractif et de maintenir une certaine activité en créant notamment des animations. Nous avons commencé par proposer des manifestations sur les terrasses, comme des groupes de musique ambulants. Elles ont rencontré un franc succès et ont contribué à maintenir le dynamisme. Nous sommes également là pour connaître les besoins des commerçants et répondre aux demandes autant que possible. Enfin, nous sommes là pour accompagner les projets et les écouter, encadrer les initiatives !

Les commerçants disent bien s’entendre entre eux, ce n’est pas toujours le cas partout. Comment faites-vous?

Nous sommes là aussi pour fédérer les membres de l’association entre eux et les commerçants entre eux. Nous essayons des choses. Par exemple, le 26 novembre dernier, nous avons décidé de fêter le Beaujolais nouveau avec les habitants. C’était une première. Elle était organisée par les commerçants qui ont tous contribué. Ils proposaient un plateau à 25 euros avec des produits qui sont les leurs et à déguster accompagné de bons vins. Elle se tenait à la salle des fêtes. Nous avions comme objectif 150 personnes et ce dernier a été atteint. L’ambiance était bonne et elle a clairement créé et serré des liens.

Valentin Lopez, trésorier de l’association des commerçants et des professionnels Photo DR.

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