"J'ai perdu beaucoup de clients": comment l'explosion des prix des fruits et légumes inquiètent les maraîchers de Menton

Entre inflation, sécheresse et bientôt hausse du coût de l’électricité, les prix des fruits et légumes explosent. De quoi inquiéter les consommateurs mais aussi les producteurs à Menton.

Luca Puel Publié le 13/09/2022 à 15:04, mis à jour le 13/09/2022 à 15:20
Certains aliments français sont de plus en plus compliqués à produire. Photo Jean-François Ottonello

Le constat est implacable. Depuis plus d’un an, les prix des fruits et légumes ne cessent de croître. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, l’inflation. Le coût de la vie est plus élevé et impacte directement le secteur. "On est le dernier maillon de la chaîne, déplore un maraîcher mentonnais. On est obligés d’ajuster nos prix. L’essence, l’électricité... Tout est plus cher. Sans ça, nos marges sont quasi nulles."

Selon une enquête de Familles de France (mouvement familial dont la fédération nationale regroupe plus de 198 associations divisées en Fédérations départementales Familles de France sur tout le territoire. Familles de France est reconnue d’utilité publique, et est notamment agréée par les Ministères comme organisation nationale de défense des consommateurs., ndlr), le prix du panier de légumes aurait augmenté de 15%, pendant que celui des fruits a bondi de 8%, entre juin 2021 et juin 2022.

Le prix du panier de légumes aurait augmenté de 15% Photo Jean-François Ottonello.

Une sécheresse dévastatrice

La France a connu une vague de chaleur très importante. Le mois de juillet 2022 est le plus chaud jamais enregistré depuis 1959 dans l’hexagone. Des aléas climatiques qui impactent directement les productions.

"La sécheresse a mis à mal les productions", explique un vendeur. Sur son étalage, moins de choix qu’auparavant.

 

Une situation directement liée au climat: "C’était plus dur d’arroser, mais aussi de bien produire." Dès lors, les produits se raréfient. Et qui dit moins d’offres, dit augmentation des tarifs.

Des pénuries sont à craindre pour cet hiver

Un hiver inquiétant

L’augmentation de l’électricité va causer beaucoup de problèmes. De nombreuses productions sont réalisées sous serre. "Nombreux de mes fournisseurs vont arrêter cette méthode cet hiver. C’est trop onéreux", indique Mickaël, professionnel sur un des marchés de la ville.

Des pénuries pourraient donc rapidement toucher le pays. La pomme de terre pourrait être le premier produit impacté par ce phénomène. Face à cela, les professionnels appellent à l’aide: "Il va falloir qu’on soit aidé. Les gens demandent des produits français, mais cela devient très, très compliqué." Tous ces facteurs pèsent sur la filière et donc directement sur les consommateurs.

"Parfois, on va en Italie"

La fréquentation dans les marchés a baissé. Mais des fidèles sont toujours présents. C’est le cas de Georges et Monique. Ce couple de retraités explique venir de temps en temps: "On essaye de s’y rendre souvent. Les prix ont augmenté, mais on peut se le permettre. Nous sommes de la classe moyenne."

Si ces octogénaires viennent régulièrement, ils assument également se rendre parfois en Italie: "À quelques kilomètres d’ici, les produits sont moins chers. C’est quand même intéressant."

 

 Mais attention, si ces aliments sont moins chers, c’est qu’ils ne sont pas régis par les mêmes normes qu’en France. Certains choisissent donc de traverser la frontière ou bien de ne plus venir.

Un constat amer pour ce maraîcher mentonnais: "J’ai perdu beaucoup de clients. Certains n’ont pas assez de revenus. C’est devenu trop cher." Un constat alarmant.

Répercussions économiques

Le 16 août dernier, Jacques Rouchaussé, président des Producteurs de légumes de France, alertait sur la sécheresse, au micro de France Info: "On a des dégâts sur les rendements. Pour l’instant, nous chiffrons ces pertes entre 25% et 35% de baisse. Il faut être réaliste et pragmatique. Évidemment, pour les piscines, il ne faut pas les remplir. Cependant, il faut impérativement utiliser de l’eau pour continuer à produire pour notre souveraineté alimentaire."

Le pays connaît sa période sécheresse la plus importante depuis 1976. La pomme de terre va être la première victime des vagues de fortes chaleurs. Les récoltes vont subir un recul de près de 20% par rapport à la moyenne des vingt dernières années. Selon les premières estimations, cela pourrait mener à une perte de près de 200 millions d’euros pour les producteurs.

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