Comment commerçants et habitants veulent raviver l’âme du Rocher à Monaco

Les commerçants du Rocher veulent changer l’image de Monaco-Ville. Un premier pas sera réalisé le 17 janvier, lors d’une réunion avec le gouvernement, le Conseil national et la mairie. Voici leurs pistes d’amélioration pour que le Rocher vive, loin des caricatures!

Anne-Sophie Coursier Publié le 07/01/2023 à 16:15, mis à jour le 08/01/2023 à 16:55
Des membres actifs de l’association aiment rappeler qu’il y a un an, un sondage réalisé parrévélait que 27% des résidents du pays et des Monégasques plébscitaient le Rocher comme leur endroit préféré de la Principauté. Photo Cyril Dodergny

"Le Rocher, cela fait trente ans que je n’y ai pas mis les pieds. Il n’y a rien d’intéressant là-haut. C’est un quartier pour les touristes." "Tu as ouvert une boutique au Rocher, une boutique de souvenirs alors?" Lorsqu’Alexandra Rinaldi a installé son dernier commerce en date, Les Cinq Saveurs rue Basse, elle en a entendu "des propos inappropriés sur le quartier et (s)on activité!", sourit la commerçante. Native de la Condamine, aujourd’hui présidente de l’Association des commerçants du Rocher, la Monégasque connaît le quartier comme sa poche. Et lui souffler qu’il ne s’y trouve que des restaurants et des boutiques de souvenirs a tendance à l’agacer, légèrement dira-t-on.

63 commerçants au total

Alexandra Rinaldi est consciente que ce quartier souffre de cette image depuis les années soixante-dix, les années fastes du Rocher, "une époque où des cars entiers s’arrêtaient tout au long de la journée sur la place du Palais et où les commerçants travaillaient dès 8 heures du matin jusqu’au soir, sans arrêt", se souviennent les plus anciens. Pourtant, Alexandra Rinaldi n’est pas la seule à le dire, le Rocher, ce n’est pas que des restos et des boutiques de souvenirs, "même aujourd’hui!". Avec son équipe, elle aimerait impulser un nouveau souffle, gommer cette image qui colle à la peau de Monaco-Ville.

Les résidents et les Monégasques du Rocher l’évoquent facilement au détour d’un café. "Ici, au Rocher, c’est avant tout un lieu de vie, un quartier historique de Monaco, le seul, et le tout premier, qui a une âme, une vraie, celle d’un village." Un lieu où tout le monde se connaît et fait attention à l’autre. Il suffit de prendre le temps au détour d’une ruelle, de tendre l’oreille ou ouvrir les yeux. Les mains se serrent, les "comment vas-tu?" fusent et les personnes qui s’appellent par leur prénom sont légion. Difficile, d’ailleurs, de tenir une conversation avec un résident sans être interrompu toutes les cinq minutes.

Des boutiques diverses

Accompagnée par son trésorier, Marc Bonafede, patron de l’établissement le Castel’Roc, soutenue par de nombreux commerçants et les 42 membres adhérents actifs de l’association des commerçants du Rocher, Alexandra Rinaldi a décidé de retrousser ses manches pour "casser cette image" en faisant revenir les résidents de tout Monaco et les Monégasques au Rocher.

Pour la commerçante, il s’agit déjà de rappeler que les boutiques, ici, sont diversifiées. Et de le faire savoir. "Il y a de nombreux magasins qui ont ouvert depuis un peu plus de six ans dans le quartier. Et ce ne sont pas des boutiques de souvenirs!"

En plus de son magasin qui propose des vêtements, des produits pour le corps et des produits de senteur, "vous avez une boutique d’épicerie fine, un magasin qui propose des pierres de décoration et des bijoux, une boutique qui vend des produits japonais, une autre de vêtements ou encore un commerce de liqueurs italiennes." Sans compter que, tout bientôt, vont s’installer une enseigne dédiée aux maillots de bain et une autre à la décoration intérieure. "Et la liste n’est pas exhaustive!"

Pour que cette diversification des boutiques poursuive sa belle lancée, pas de secret, il faut du monde dans les rues du Rocher. Les membres actifs de l’association sont unanimes. Les habitants aussi. "Les résidents de Monaco et les Monégasques doivent revenir au Rocher, comme c’était le cas lorsque nous étions plus jeunes. On venait ici pour acheter, pour s’amuser, boire un verre ou manger un morceau. On venait même danser au Pinocchio! C’est moins possible, c’est plus réglementé. Le Rocher est devenu une sorte de cocon familial, c’est dommage", regrette Jean-Charles, natif du Rocher, aujourd’hui âgé de 66 ans.

"Les animations doivent être plus nombreuses"

Pour revoir les résidents du pays sur le Rocher, il faut, selon les commerçants, passer par la case des animations, "plus nombreuses et plus qualitatives qu’aujourd’hui. Des événements qui se tiennent dans la durée et régulièrement, et qui soient de vrais rendez-vous. Les Jeudis du Rocher, puis les Vendredis ont amorcé cette dynamique. Elle doit se poursuivre en ce sens et aller plus loin."

Parmi les idées, faire revenir le carnaval sur plusieurs jours "et non pas un seul, comme c’est le cas aujourd’hui." Ou encore revoir l’arrivée du Rallye historique. Un salon des antiquaires et pourquoi pas une dégustation hebdomadaire de vins sont d’autres pistes évoquées.

"Revoir l’éclairage le soir ou également le fleurissement. Il faut habiller le Rocher, accentuer le côté charmant du lieu", relève un commerçant. Une décoration du Rocher lors des fêtes de fin d’année plus appuyée, ou encore organiser des animations autour de la thématique de Noël. "Période durant laquelle nous pourrions aussi amener des chalets du marché de Noël sur la place du Palais." Bref, les commerçants aimeraient voir animer leur quartier régulièrement dans l’année.

L’accès au Rocher en question

"L’accès au Rocher fait aussi partie des questions importantes", reprend la présidente de l’association. Des navettes qui desservent autrement le lieu est un souhait qui revient. "Aujourd’hui, il faut deux bus pour venir jusqu’à nous. On doit simplifier ce mode de transport." Tout comme laisser accessible le parking de la Visitation le soir et le week-end. "Il faut aussi aider les résidents à venir jusqu’à nous, y compris le soir."

L’Association des commerçants fera état de certaines de ces idées lors de la réunion programmée le 17 janvier, avec le gouvernement, le Conseil national et le conseil communal. Une réunion dont l’association ne veut pas parler pour l’instant. "Nous évoquerons des choses simples et rapides à mettre en place. Nous voulons aussi voir ce qui est possible de faire avec le gouvernement, ce qui bloque, ce qui n’est pas possible d’envisager au Rocher et pourquoi. Dans tous les cas, nous voulons avancer." Les commerçants sont motivés et déterminés. À cette réunion, tous les acteurs importants de l’état seront assis autour de la même table. De quoi faire avancer les choses, les commerçants en sont convaincus.

Akiko Sakura apprécie l’ambiance du quartier, même si les mois d’hiver sont difficiles. Photo A.-S. C.).

Une boutique japonais au cœur du Rocher

Akiko Sakura est arrivée tout droit du Japon, ou presque, voici presque un an. C’est son patron qui a déjà une boutique à Paris qui a souhaité implanter un magasin au Rocher. Ce sont essentiellement des produits nippons de toutes sortes qui sont venus dans cette boutique.

Akiko Sakura a très bien travaillé cet été avec les touristes mais également en fin d’année avec les résidents du Rocher. "Ils sont venus me voir. Et sont venus acheter." Si les touristes ont peu dépensé dans sa boutique – "des produits à quelques euros", les résidents, eux, ont cherché des articles autour de 40 euros. "J’étais étonnée mais ils sont même venus après Noël réaliser des cadeaux oubliés pour certains proches." Cependant, les mois d’octobre, novembre et le mois de janvier "sont des mois très difficiles pour moi. Et je ne sais pas ce que va donner l’année prochaine. Nous n’avons pas travaillé du tout et nous nous sommes posé quelques questions pour l’avenir."

Cela n’empêche nullement la gérante d’apprécier, "l’ambiance très familiale du quartier. C’est un très grand village où tout le monde se connaît et il existe une véritable bienveillance entre nous."

"Nous sommes aux côtés des commerçants" assure le président de l'Union des commerçants et des artisans de Monaco

Alexandre Pasta est le président de l’Union des commerçants et des artisans de Monaco (Ucam). Durant plus de vingt ans, il a aussi tenu un commerce au Rocher. Il a revendu sa boutique il y a quelques mois et connaît bien le quartier. L’Ucam participera à la réunion du 17 janvier.

Pourquoi l’Ucam ne représente pas les commerçants du Rocher?

L’Ucam les accompagne, mais elle ne fait pas partie de l’association des commerçants du Rocher car il fallait dans ce quartier qu’il y ait une association à part entière, qui englobe aussi les restaurateurs. L’Ucam ne comprend pas les restaurateurs et les cafés. Pour cette activité, il y a une autre entité à Monaco. L’association des commerçants du Rocher, elle, regroupe aussi les restaurateurs et les cafetiers du Rocher. Cette association unique est importante. Il est essentiel pour le quartier que tout le monde soit regroupé sous une même entité. Et que cette entité soit moteur du quartier.

Quels sont les projets de l’UCAM pour le Rocher?

Nous avons accompagné de nombreux projets, comme les Jeudis du Rocher, et nous sommes aux côtés des commerçants. Nous échangeons constamment avec le gouvernement pour mettre en place des choses durables. Dans nos échanges, nous évoquons aussi Le Rocher. En juin, des discussions ont eu lieu pour imaginer des financements pour les nouveaux arrivants. Nous pensons aussi remettre au goût du jour le projet d’ascenseur qui serait une véritable avancée pour le quartier. L’Ucam en parle depuis des années. Faciliter l’accès est important. C’est un projet évoqué depuis plus de trente ans. Il y a des choses qui peuvent être faites rapidement, d’autres à moyen et long termes. L’ascenseur est un projet à long terme.

Que manque-t-il en termes d’offre commerciale au Rocher?

Il faut aujourd’hui que les commerces du Rocher montent avant tout en gamme. Les devantures pour beaucoup doivent être embellies. Les présentoirs soignés. Certains le font mais pas tous. Nous pouvons accompagner cet embellissement. C’est en cela que le Rocher va aussi gagner en fréquentation de Monégasques. Il doit désormais être qualitatif. Le Rocher est un des endroits les plus beaux au monde, cela doit se voir aussi dans les commerces. À long terme, dans ce qualitatif, il y a la place pour un hôtel de luxe mais également un restaurant gastronomique. Ce dernier fera venir des touristes comme des résidents.

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