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Guerre en Ukraine: Erdogan chez Poutine pour le sonder sur l'Ukraine et la Syrie

Une trêve dans la guerre en Ukraine et le lancement d'une opération en Syrie ? Le président turc Recep Tayyip Erdogan devait évoquer vendredi avec Vladimir Poutine deux sujets brûlants.

AFP Publié le 05/08/2022 à 16:05, mis à jour le 05/08/2022 à 16:05
Vladimir Poutine. Photo AFP

Trois semaines après leur entretien à Téhéran, le chef de l'Etat turc retrouve son homologue russe à Sotchi sur la mer Noire, fort de son récent succès diplomatique qui a favorisé l'accord international sur la reprise des exportations de céréales ukrainiennes via le Bosphore.

Trois nouveaux bateaux chargés de maïs ont ainsi quitté les ports ukrainiens vendredi matin à destination de l'Irlande, du Royaume-uni et de la Turquie.

Les deux dirigeants doivent se retrouver en tête-à-tête à 15H00 locales (12H00 GMT) avant de partager un déjeuner avec leurs délégations. Aucune rencontre avec la presse ne figure au programme officiel.

Le mois dernier à Téhéran, le président turc avait été clairement mis en garde par Vladimir Poutine contre toute nouvelle opération en Syrie contre les combattants kurdes du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan et ses alliés.

 

Juste avant l’atterrissage de M. Erdogan, vendredi, le Kremlin a de nouveau appelé Ankara à ne pas déstabiliser la Syrie avec une incursion militaire, malgré ses "inquiétudes légitimes".

Pour les analystes, ces tensions récurrentes font partie de la "coopération compétitive" qui définit la relation entre les deux dirigeants depuis vingt ans.

"La guerre de la Russie contre l'Ukraine a restauré l'image que la Turquie veut donner d'elle-même, celle d'un acteur géopolitique-clé, et redonné de la visibilité à Erdogan", écrivait récemment Asli Aydintasbas, membre du Conseil européen des relations étrangères.

Pour elle, "la plupart des Turcs soutiennent la position de leur pays de quasi-neutralité entre l'Est et l'Ouest".

Négocier une trêve 

La volonté de la Turquie, quoique membre de l'Otan, de rester neutre entre Kiev et Moscou commence à porter ses fruits. 

 

Après des mois d'efforts, les deux pays ont signé à Istanbul un accord soutenu par l'Onu permettant de reprendre les exportations de céréales ukrainiennes suspendues depuis le début de la guerre le 24 février.

La Turquie veut maintenant tenter d'en tirer parti pour obtenir l'ouverture de négociations directes entre le président russe et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, si possible à Istanbul.

"Nous avons discuté (pour voir) si l'accord sur les céréales pouvait être l'occasion d'un cessez-le-feu durable", a confié mercredi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu après une rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov en Asie.

Mais ces efforts sont compliqués par les menaces répétées d'Ankara d'opération militaire en Syrie, où les intérêts russes et turcs s'entrechoquent.

Moscou a largement soutenu le président syrien Bachar al-Assad face à des groupes appuyés en partie par la Turquie.

Aujourd'hui, Erdogan veut de nouveau traverser la frontière pour établir une zone de sécurité dans une région où patrouillent les troupes russes et leurs affidés, mais d'où il veut chasser les groupes kurdes qu'il considère comme des "terroristes".

"Il est probable que la réunion (de vendredi) portera sur une éventuelle incursion en Syrie, pour laquelle la Turquie n'a pas obtenu le feu vert de la Russie ou de l'Iran", remarque le spécialiste en relations internationales Soli Ozel, de l'Université Has d'Istanbul. "La Russie devrait obtenir quelque chose en retour", estime-t-il.

 

Drones 

Pour certains médias turcs, ce que veut vraiment Vladimir Poutine ce sont des drones. 

Ankara a fourni à l'Ukraine ses fameux drones de combats Bayraktar-TB2 à l'efficacité prouvée face aux chars russes.

Selon des responsables américains, une délégation russe s'est rendue en Iran pour envisager l'achat de centaines de drones. Et Erdogan lui-même a rapporté à son retour de Téhéran une demande de Poutine en ce sens.

Un responsable turc a ensuite assuré que le président plaisantait. Mais le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov a donné corps à l'idée, assurant que "la coopération militaire et technologique figure toujours à l'agenda des deux pays".

Et vendredi, le président des industries de défense turques, Ismail Demir, accompagnait M. Erdogan à  Sotchi.

M. Erdogan a également embarqué ses ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l'Economie et de l'Energie, ce qui témoigne de ses attentes alors que la Turquie, qui importe l’essentiel de son énergie, subit une crise économique et une inflation proche de 80% sur l'année.

 

Selon le Washington Post, les services de renseignement ukrainiens auraient divulgué une "proposition" de Moscou détaillant les possibilités d'investissements russes en Turquie afin de  contourner les sanctions occidentales.

Reste enfin une possible source de tension entre les deux présidents, connus pour leurs retards chroniques.

A Téhéran, Erdogan a fait patienter Vladimir Poutine seul, pendant 50 secondes, debout dans une pièce sous la caméra de l'agence de presse officielle turque centrée sur son visage tendu.

Pour beaucoup, c'était la riposte du président turc au retard que lui avait infligé le patron du Kremlin, près de deux minutes durant, en 2020.

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