Dans un centre de transit bombardé du Sud ukrainien, l'abomination de la guerre

Des centaines de personnes attendaient vendredi matin d'intégrer un convoi leur permettant de retourner dans le Sud de l'Ukraine sous contrôle russe. Au moins 25 sont mortes lorsque des frappes ont anéanti les lieux côté ukrainien, laissant un paysage de désolation absolue.

AFP Publié le 30/09/2022 à 18:04, mis à jour le 30/09/2022 à 18:04
Des sacs mortuaires sur le site d'une frappe russe qui a fait au moins 25 morts à Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine, le 30 septembre 2022 AFP / Genya SAVILOV

Viktor, 56 ans, n'a dû son salut qu'à une envie de café, et à un réflexe de survie. "La serveuse venait de me le tendre. Et là bang. Elle a eu peur et elle est sortie du café. Quelques minutes plus tard, il y a eu une autre explosion. Maintenant, elle est au sol", morte, raconte-t-il.

"J'ai réussi à me cacher dans un hangar. Mais pas elle."

Derrière Viktor, la dépouille d'une femme, dont le haut du corps est masqué par une couverture, est restée à terre, en chien de fusil, à côté d'une valise marron. Une flaque de sang s'est figée près de son visage.

Quelques mètres plus loin, une jeune femme vêtue d'une veste rose est allongée par terre, une jambe pliée dans un angle impossible. Des mouches volètent autour de son visage aux yeux clos, comme elles bourdonnent autour d'un autre corps de femme, tombée face contre terre, juste à côté.

 
Un des cratères laissés par une frappe russe qui a fait au moins 25 morts, le 30 septembre 2022 à Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine AFP / Genya SAVILOV.

Toutes deux ont péri entre deux rangées de voitures, le début d'un convoi promis à un retour dans le Sud de l'Ukraine sous contrôle russe. Conducteurs et passagers attendaient dans le centre de transit de Zaporijjia un feu vert qui parfois met des jours, voire des semaines à arriver, selon Viktor.

Pour lui, comme pour Katia, une autre miraculée, qui demande à être citée sous un faux nom, au moins 300 voitures patientaient vers 8H00 vendredi matin quand la mort est tombée du ciel.

Trois missiles S-300, selon les forces de sécurité ukrainiennes, ont frappé le centre de transit et une petite forêt juste à côté. Comme souvent, la partie russe a rejeté la faute sur l'armée ukrainienne.

Le plus proche a atterri à une dizaine de mètres de la tête de cortège, garée sur un parking. Un cratère de plusieurs mètres de profondeur fait comprendre la puissance de la frappe.

Une attaque "inhumaine"

Sur la quinzaine de voitures et camionnettes touchées que l'AFP a pu voir, toutes ont les vitres soufflées. Des passagers, couverts d'un drap blanc, sont encore à l'intérieur.

 

Quand un soldat ouvre la porte d'une petite berline pour dégager une dépouille, il jette d'abord au sol celle d'un petit chien. Puis il tire par sa veste noire celle d'un homme, que la rigidité cadavérique a figé en position assise.

Dans une ambulance stationnée à proximité, une demi-douzaine de corps placés dans des sacs mortuaires noirs attendent d'être évacués. D'autres attendent par terre.

D'après le parquet général d'Ukraine, au moins 25 personnes ont été tuées et 50 blessées dans une "attaque de l'armée russe contre un convoi humanitaire à Zaporijjia", grande ville du Sud ukrainien encore sous le contrôle de Kiev, par où nombre de déplacés internes transitent.

Kyrylo Tymochenko, un proche du président Vlodymyr Zelensky, a qualifié l'attaque d'"inhumaine", quand Andriï Iermak, le chef de son cabinet, a traité les Russes de "créatures sans vergogne" et de "terroristes". Le chef de l'Etat a traité lui les dirigeants russes de "racaille sanguinaire".

La frappe est intervenue quelques heures avant que son homologue Vladimir Poutine ne signe l'annexion du Sud ukrainien et du Donbass (Est) par la Russie. L'ironie veut que les victimes du jour cherchaient à rejoindre ces territoires occupés.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur Denys Monastyrskiy (C) sur les lieux d'une frappe russe qui a fait au moins 25 morts, le 30 septembre 2022 à Zaporijjia (sud) AFP / Genya SAVILOV.

Kherson, comme tout le sud de l'Ukraine et le Donbass, "c'est l'Ukraine", affirme pourtant Katia, pour qui "ce référendum ne signifie rien". "Je suis Ukrainienne, pas Russe", lance-t-elle.

Mère de deux enfants, elle explique que ceux-ci sont gardés par des proches à Dnipro, grande ville du centre sous contrôle ukrainien. Si elle retourne dans le Sud, ce n'est que "parce que je n'ai pas de travail, ni de logement, ailleurs".

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