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Cannes 2022: Zelensky, Mariupolis 2... comment la guerre en Ukraine s'invite sur la Croisette

Le Festival de Cannes est un festival de cinéma certes, mais aussi le reflet des préoccupations de la société. Depuis l'ouverture de ce dernier, la guerre en Ukraine est dans toutes les têtes.

Amandine Rebourg Publié le 19/05/2022 à 15:13, mis à jour le 20/05/2022 à 11:44
Le martyr de Marioupol, raconté par le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius. Photo du film

Si le Festival de Cannes est souvent synonyme de glamour et paillettes, son histoire ne doit pas être occultée. En effet, ce dernier a été fondé en 1939 pour s'opposer à la Mostra de Venise de l'Italie fasciste, mais dont la première édition, guerre mondiale oblige, n'a pu se tenir qu'en 1946. 

Alors en pleine guerre en Ukraine, il était évident que le Festival allait y faire référence. Depuis son ouverture, pas une journée ne passe sans que le pays ne soit à l'écran. Une programmation qui s'inscrit ainsi dans la longue histoire politique du Festival. 

Tout a démarré au début de l'invasion russe: le Festival de Cannes prend position. Aucune délégation officielle russe ne sera autorisée à fouler le tapis rouge. La "moindre instance liée au gouvernement russe" est persona non grata à Cannes, durant le Festival. Une façon comme une autre de montrer sa solidarité avec les Ukrainiens et les opposants à Poutine. 

Zelensky invité de la cérémonie d'ouverture

Puis, ce fut le coup de poing. Une nouvelle manière de s'ancrer dans la réalité et de réaffirmer sa position. Il est apparu, par surprise. L'une de ses surprises que la direction du Festival aime faire. Ce mardi 17 mai, Volodymyr Zelensky est apparu sur un écran géant, en tenue kaki, en plein milieu de la cérémonie d'ouverture. A l'invitation du Festival, le président ukrainien, ancien acteur lui-même, s'est adressé au cinéma mondial, laissant tout le monde la gorge serrée et les whatsapp en feu. 

 

Convoquant l'esprit de Chaplin avec son film "Le dictateur" et sans jamais prononcer le nom de Vladimlir Poutine, le dirigeant ukrainien a juré que son pays allait continuer à se battre: "nous n'avons pas d'autre choix (...) Je suis persuadé que le 'dictateur' va perdre", a-t-il dit.  "Je dis à tous ceux qui m’entendent: ne désespérez pas, la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront. Nous devons gagner cette victoire et nous avons besoin de cinéma qui assura que cette fin soit, chaque fois, du côté de la liberté", a-t-il encore lancé.

Ovationné par un Grand Théâtre Lumière, le président ukrainien s'est ensuite déconnecté pour retourner à son quotidien: "l'odeur du napalm" et "des morts". Et pas question pour le Festival de lâcher le pays martyr. 

"Non à la guerre!"

Au lendemain de la cérémonie d'ouverture, c'est le réalisateur russe, Kirril Serebrennikov, opposant à Poutine et exilé à Berlin qui est venu présenter son "La femme de Tchaïkovsky" en ouverture de la compétition. Un drame narrant le mariage désastreux entre le compositeur homosexuel et sa femme Antonina. Là encore, l'Ukraine est revenue dans nos têtes, à la faveur de ce film dont une partie se déroule dans le pays. Et impossible de ne pas penser à la destruction par les Russes, le 5 avril dernier de la maison du compositeur à Trostyanets, où alors âgé de 24 ans et invité par son ami le prince Alexey Golitsyn à venir se reposer dans un domaine pittoresque, Tchaïkovsky composa sa première œuvre symphonique, la célèbre ouverture L'Orage, pour le drame d'Alexandre Ostrovski en mi mineur. 

Alors au lendemain de la projection, Serebrennikov a évidemment eu un mot pour l'Ukraine. "Non à la guerre", a-t-il lancé. "Je suis absolument convaincu que la culture et les gens de la culture sont capables de faire en sorte que cette guerre cesse" en Ukraine, a-t-il poursuivi, sous des applaudissements nourris, entouré de ses acteurs à l'issue de la projection qui ouvrait la compétition cannoise. "Elle va arriver cette fin, elle va arriver à un moment et ce sera la paix", a-t-il ajouté, caché derrière ses lunettes de soleil. Deux heures et demie avant, le cinéaste et son équipe avaient foulé le tapis rouge, une montée des marches très sobre et extrêmement symbolique dans le contexte de la guerre en Ukraine. L'an dernier, assigné à résidence à Moscou, Serebrennikov n'avait pas pu venir à Cannes défendre "La Fièvre de Petrov", déjà en compétition, ni "Leto" en 2017. 

Le martyr de Marioupol 

Ce jeudi 19 mai, c'est la ville de Marioupol qui est à l'honneur avec la projection de "Mariupolis 2", dernier film du Lituanien Mantas Kvedaravičius, tué fin mars en Ukraine, en tentant de quitter la ville-martyre assiégée par les Russes d'où il documentait la guerre. Ce documentaire qui risque de coller quelques frissons à la Croisette a pourtant failli ne jamais exister: il compile les images tournées par le documentariste et ramenées par sa fiancée Hanna Bilobrova qui l'accompagnait et montée par Dounia Sichov, la monteuse du réalisateur. Un témoignage rare et précieux de la ville assiégée. 

 

Sans voix off, ni musique, ce nouveau documentaire montre des paysages de désolation et scènes de la vie quotidienne d'habitants tentant de survivre, certains réfugiés dans le sous-sol d'une église. Le film les montre prenant l'air, cuisinant ou tentant des expéditions dans des quartiers détruits, pour récupérer nourriture ou objets comme un générateur d'électricité. Les bruits de tirs et de bombardements sont incessants au cours des 1h45 de film. Si la mort est peu présente à l'écran, dans une scène, un homme dans le sous-sol de l'église évoque le "théâtre", dans lequel s'étaient abrités des femmes et des enfants avant d'être bombardé en mars, et le sort de l'"usine" Azovstal. 

La référence à l'Ukraine est aussi dans "Armageddon Time" de James Gray. Un film fortement inspiré de la jeunesse du réalisateur, dont l'histoire raconte une amitié  entre Paul Graff, une jeune garçon dont la famille immigrée à New York est originaire de Kostopil, en Ukraine et Johnny Davis, un gamin noir sans réelle famille. 

D'autres films réalisés par des Ukrainiens à venir 

L'Ukraine sera présente via d'autres réalisateurs de ce pays: "The Natural History of Destruction" de l'habitué Sergei Loznitsa, sur la destruction des villes allemandes par les Alliés pendant la Seconde guerre mondiale (en séance spéciale) et deux premiers films: "Butterfly Visions" de Maksim Nakonechnyi (Un certain regard) et "Pamfir" (Quinzaine des réalisateurs) de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk. Les organisateurs du Festival, qui avaient promis une 75e édition où l'Ukraine serait "dans tous les esprits". C'est chose faite. 

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