A Kiev, dans les coulisses de notre rencontre avec Volodymyr Zelensky

Le directeur des rédactions du groupe Nice-Matin, Denis Carreaux, raconte les moments qui ont précédé la rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky puis le déroulé de l'interview.

D. Carreaux Publié le 23/09/2022 à 18:30, mis à jour le 24/09/2022 à 09:35
Volodymyr Zelensky, le président de l'Ukraine et Denis Carreaux, directeur des rédactions du groupe Nice-Matin. Dominique Jacovides/Best Image

11h46. Volodymyr Zelensky pénètre dans la salle de réunion du palais présidentiel transformée en studio télé. C’est dans ce décor sommaire, entre deux drapeaux ukrainiens que le président, toujours vêtu de son tee-shirt kaki, s’adresse régulièrement au monde en vidéoconférence.

Cadreurs tous muscles dehors, techniciens au look para-militaire, chacun est à sa place dans cette pièce sans fioritures ainsi que dans la régie technique attenante où des milliers de fils et de branchements s’entremêlent dans le bazar très organisé d’un vaste couloir qui a dû, il y a bien longtemps, être un élément du faste de la résidence présidentielle.

Une fouille minutieuse qui tique au moindre stylo suspect.

Avant d’accéder à ce studio aux allures de bunker, il nous aura fallu en toute logique montrer patte blanche à de multiples reprises. Franchir les checkpoints à l’extérieur, au milieu d’avenues désertés, d’immeubles garnis de sacs de sable et de blocs de béton en tenue de camouflage. Sortir nos passeports une dizaine de fois. Passer l’étape d’une fouille minutieuse qui tique au moindre stylo suspect.

Laisser nos téléphones portables à l’entrée en échange d’un jeton, comme au vestiaire d’une boîte de nuit. Se lancer enfin dans un dédale de couloirs aveugles et d’escaliers à peine éclairés par une lumière blafarde. Comme à l’extérieur, les sacs de sables constituent les seuls éléments de décoration, dissimulés parfois par des rideaux grandiloquents aux faux airs de meringue. Partout, l’atmosphère est lourde et la tension palpable.

De vrais soldats au service de la communication du président.

Autour du réalisateur de l’émission, casquette sur la tête, le brouhaha est impressionnant. En moins de deux heures, sans répétition préalable, il faut parvenir à se comprendre avec le rédacteur en chef de l’émission, en assimiler le déroulé, intégrer les pastilles vidéo des différents intervenants et gérer la traduction dans les deux langues. Autant dire mission impossible.

 

La concentration des techniciens est totale, leur professionnalisme impressionnant. De vrais soldats au service de la communication du président. Tous travaillent sans filet pour assurer la réussite d’une émission qui pourra être vue par plus de 400 millions de foyers dans le monde.

Le timing dérape dangereusement.

Du côté de l’entourage direct du président, les mines sont crispées. Réponses souvent longues et très détaillées du président, temps nécessaire à la traduction : le timing dérape dangereusement.

C’en est trop pour le conseiller communication de Volodymyr Zelensky qui se lève et tente de mettre fin à l’émission en plein enregistrement. L’incident est évité de peu et l’intervention (enregistrée) d’Alain Delon détend rapidement l’atmosphère. On découvre pour la première fois le vrai sourire, spontané et émouvant, d’un chef de guerre redevenu acteur l’espace d’un instant.

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