Madame Monsieur, variété de l’intime

Les Madame Monsieur étaient ce dimanche en concert à La Colmiane, pour la Folie des Lacs. L’occasion de revenir avec eux sur leur parcours et leurs projets.

Ludovic Mercier lmercier@nicematin.fr Publié le 18/07/2022 à 13:25, mis à jour le 18/07/2022 à 13:32

Ils se sont levés drôlement tôt pour un dimanche. Pourtant Madame Monsieur, Émilie et Jean-Karl, dans le civil, nous accueillent plein de fraîcheur sur une terrasse à La Colmiane, alors qu’ils sont arrivés dans la nuit, et qu’ils étaient sur scène à 8 heures pour les réglages. Les sapins, le vert de la prairie et quelques nuages dans le bleu infini, le cadre est parfait pour tailler une bavette avec le duo phénomène de l’Eurovision 2018, avant leur concert dans le cadre de la Folie des Lacs, petit festival organisé par le département des Alpes-Maritimes. Depuis Mercy, Madame Monsieur a fait du chemin. Musicalement, et dans la vie. Parents depuis bientôt deux ans, ils préparent leur retour sur le devant de la scène.

Madame Monsieur, c’est quoi le programme de votre été?

Jean-Karl : On a décidé de profiter de l’été chez nous, pour une fois. On va rester dans notre nouvelle maison, et on a pas mal de boulot car on va sortir un nouveau titre à la rentrée.

Émilie: On va faire quelques allers-retours express pour déposer notre petit en vacances, car lui, il va se faire de belles vacances.

 

Vous avez été plutôt productif depuis l’Eurovision, et pourtant on vous entend assez peu. Pourquoi ça?

Jean-Karl: On nous a vraiment beaucoup entendus entre 2018 et 2020. Alors on a l’impression de moins nous entendre. Et puis il y a eu le confinement, on a eu un enfant. On s’est beaucoup recentrés sur nous-mêmes, et on a parfois disparu des réseaux sociaux. Musicalement, on avait envie de quelque chose de plus intimiste, moins pop. Ça nous a un peu sorti des radars radio. Mais on a toujours cette envie de revenir à ce que les gens ont aimé chez nous: de la chanson française moderne, pop, intelligente et qui passe à la radio.

Justement: votre musique, finalement, c’est la nouvelle génération de la variété, non?

Émilie: C’est ce qu’on aime faire, ce qu’on veut faire: de la variété. On n’a jamais eu peur de ce mot. On dit pop, mais c’est la même chose: la variété c’est ce qui est populaire. Ce qui marque les gens, autant par les textes que par les mélodies. Ce qui compte c’est que ça laisse une empreinte. C’est ce que l’on veut provoquer. Mais depuis une dizaine d’années, dans le milieu de la composition on cherche des top liners, c’est-à-dire des gens qui sont en recherche d’impact et d’efficacité plutôt que de longévité. Nous, on essaie de garder les deux.

Jean-Karl: La variété revient aussi avec le succès de Clara Luciani, ou de Juliette Armanet. Mais c’est vrai que ce sont des projets plus difficiles à imposer. Quand on essaie de raconter des choses qui touchent la vie des gens, c’est parfois plus difficile à faire passer en radio.

 

Aujourd’hui, les plateformes de streaming vous permettent de mesurer le succès de vos titres. Est-ce que les résultats correspondent à ce que vous espérez quand vous composez un morceau?

Émilie: J’ai le plaisir de constater que j’ai assez souvent l’intuition de ce qui va toucher les gens. C’est chouette de voir qu’on ne se trompe pas quand on pense que les gens qui nous écoutent, ressentent la même chose que nous. Parfois, le label décide de mettre une chanson en avant parce qu’elle correspond aux critères du moment, alors que nous, on a la conviction que certaines chansons différentes peuvent plaire au public. Par exemple On est tous les cons de quelqu’un ne correspond à aucun format, elle est très bavarde, et c’est la plus streamée du dernier EP. Ou encore Bleed, qui parle de la perte d’un enfant, provoque aussi beaucoup de réactions. Les gens nous envoient de très beaux messages.

Vos textes sont souvent inspirés des sujets qui font l’actualité. La pression de l’image, le harcèlement, les migrants, les rumeurs, le racisme, la guerre en Ukraine… Pourquoi ce choix?

Émilie: Une chanson part toujours d’une émotion que l’on ressent. On a besoin de ressentir quelque chose de vrai pour le Madamemettre en musique et en mots. De ressentir ces sujets à travers les témoignages que l’on reçoit. Comme pour Mercy, le bébé né sur l’Aquarius, ou pour Tania, notre petite fan ukrainienne qui nous a raconté comment elle vivait la guerre. Comme une reine est venue après le témoignage de Juliette, la youtubeuse de "Coucou les girls" où elle parlait du rapport à son corps, d’une violence extrême. On est un peu comme des éponges, c’est notre façon à nous de traiter ces sujets.

Jean-Karl: Par contre, on n’est pas du tout des artistes engagés politiquement avec une approche sociale des textes. Nous sommes vraiment liés à l’émotion. Et ça humanise le sujet.

Votre dernier EP, Mortels, est un peu différent.

Jean-Karl: On s’est autorisé à faire une musique plus intimiste avec des sujets plus personnels. Le public n’était pas habitué, mais on en avait besoin. La médiatisation de l’Eurovision, et le sujet de la chanson qu’on défendait, a eu un effet un peu pervers. On était au service de la chanson. Il y a peut-être eu une incompréhension sur ce que l’on était. Alors on a eu envie de parler un peu plus de nous.

 

Émilie: On a décidé de ne plus se cacher derrière nos chansons. De plus en plus, on se raconte. Ce n’est pas désagréable. C’est presque thérapeutique par moments.

Comment votre public accueille cela?

Jean-Karl: Notre histoire fait parfois écho à l’histoire des autres. Et c’est ça qui est intéressant. Pour toucher l’universel, il ne faut pas faire des chansons sur les grands sujets comme la paix ou la liberté, mais sur l’intime, sur les cas particuliers. Les gens nous disent que ces chansons font écho à leur vie.

Qu’est-ce que vous préparez?

Jean-Karl: On prépare tout doucement un nouvel album. On écrit plein de chansons pour revenir à de la variété moderne, la musique qui a fait notre succès. On aura un single probablement à la rentrée. On s’est un peu mis en retrait ces dernières années, mais on est prêt à revenir en force. On est super inspirés.

Émilie: Et je pense que ça parlera à tout le monde!

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