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"Enfin, je suis heureux": les confidences du trompettiste Ibrahim Maalouf avant sa venue à Monaco et à Nice

En concert intimiste le 23 mai à Monaco avec son ami guitariste François Delporte, le trompettiste, à nouveau épanoui, reviendra cet été au Nice Jazz Festival, avec un autre show.

Jimmy Boursicot jboursicot@nicematin.fr Publié le 13/05/2022 à 15:00, mis à jour le 13/05/2022 à 13:19
Ibrahim Maalouf. Photos Yann Orhan

Avant de retrouver la scène de l’AccorHotels Arena de Bercy, le 24 avril dernier, Ibrahim Maalouf n’avait pas hésité à qualifier cette date de "renaissance". Deux semaines après cet épisode, au téléphone, on lui demandait si ce terme lui semblait toujours juste.

"Je ne sais pas s’il faut parler de renaissance. Mais, en tout cas, c’est un juste retour des choses. La première fois que j’ai fait un Bercy avec un de mes projets, c’était le 14 décembre 2016. Depuis, il s’est passé beaucoup choses. De mon côté, j’ai traversé une période très compliquée, très complexe. Je m’en suis bien sorti et, enfin, je suis heureux", assure le trompettiste.

Outre une mise au repos forcé pendant l’épidémie de Covid, ces "choses" ce furent des récompenses à la chaîne en 2017: une Victoire de la musique, un César et un prix Lumière pour la bande originale du film Dans les forêts de Sibérie. Et, la même année, des accusations d’agression sexuelle sur une jeune fille de 14 ans, en stage dans le studio du musicien.

D’abord condamné à quatre mois de prison avec sursis et à 20.000 euros d’amende, Ibrahim Maalouf avait été relaxé en appel, en juillet 2020. "Le public continuait de me faire confiance, je tournais toujours et j’ai pu faire de très beaux projets pendant cette période. Mais c’est vrai que c’était plus douloureux. Avec ce Bercy, j’ai eu le sentiment de pouvoir remettre les compteurs à zéro", estime le Franco-Libanais.

D’abord à Monaco, à l’Espace Léo-Ferré, puis au Nice Jazz Festival, on pourra retrouver le musicien avec deux spectacles différents. En principauté, où il s’est souvent produit, Ibrahim Maalouf proposera l’une des dernières dates autour de 40Mélodies, un concept imaginé pour célébrer ses quarante ans en musique. Cet été, il reviendra avec un format hybride, en préambule de la sortie de son nouvel album, Capacity To Love.

Votre entrée dans la quarantaine marque-t-elle l’entrée dans un nouveau cycle?

 

Plus je prends de l’âge, plus je rajeunis dans ma tête. Quand j’étais jeune, je faisais des concerts de musique baroque et de musique traditionnelle arabe avec mon père. Les programmes étaient très sérieux, je bossais beaucoup, j’ai fait le Conservatoire de Paris…

Aujourd’hui, avec l’expérience, je me rends compte que l’essentiel dans tout ça, c’est de passer de bons moments, d’être dans la fraternité. On est là pour partager quelque chose, plus que pour être dans la démonstration. C’est la priorité et je l’oubliais parfois au départ.

Vous pourriez vous dire que vous n’avez plus rien à prouver…

Ce serait très dangereux et je ne suis pas du tout dans cette optique. Plus j’avance, plus je me fais un devoir de redoubler de créativité. Sinon, je vais stagner et je le refuse catégoriquement. Pour moi, un projet n’est jamais vraiment abouti, je me sens dans la peau d’un chercheur. Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas.

On vous associe souvent au jazz, mais les puristes du genre semblent vous bouder. Vous l’avez souvent ressenti?

Dans ce milieu, il y avait des gens qui ont eu envie de m’encourager dans cette direction. Et puis il y avait ceux qui n’étaient pas d’accord. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, certains me rejettent de manière assez claire. Rien de grave.

 

Ce rejet, vous vous l’expliquez?

Je le comprends, parce qu’une culture, c’est une identité. Et quand on la surprotège, on l’empêche de se transformer. Certaines personnes ont cru bon de ne pas intégrer ma musique dans leur environnement, pour ne pas que mon influence trahisse leur histoire du jazz. N’étant pas du tout dans le conflit, j’ai préféré m’éloigner.

À quoi ressemble votre public?

Il n’est pas du tout communautaire. Il n’est ni jazz ni lié à mes origines ou à ma génération. Je trouve ça assez sain, j’aime beaucoup l’idée que mon public ressemble à la société dans laquelle on vit.

Vous avez dit que jouer à Monaco pouvait être intimidant. Pourquoi?

Beaucoup d’artistes jouent en Principauté, il y a des moyens pour monter de très belles programmations. Donc on se retrouve face à des gens habitués, comme dans les grandes capitales. C’est un public exigeant, très international. C’est intimidant dans le sens où il n’y a pas toujours un rapport direct. Ce n’est pas un public facile à conquérir, il faut vraiment aller le chercher. Là, je vais découvrir l’Espace Léo-Ferré, j’ai cru comprendre que la configuration sera un peu plus habituelle.

Avez-vous tout de même vécu un moment marquant ici?

 

Bien sûr! En 2016, à l’Opéra Garnier, j’étais venu avec un spectacle en hommage à Oum Kalthoum. On avait reçu une écoute très attentive autour de ce projet. Je crois que les gens avaient apprécié le fait qu’on propose un répertoire arabe très traditionnel en le mariant avec du jazz.

À quoi peuvent s’attendre les spectateurs de Léo-Ferré?

Avec François Delporte, qui est un musicien que j’adore et un ami, on a eu envie de partager un moment fort, autour d’un programme plus intimiste, avec des éléments de mon parcours que les gens ne connaissent pas forcément. Cette tournée a été forte en émotions. Sur scène, à deux, c’est beaucoup moins sophistiqué, c’est pur. On se concentre sur la mélodie, l’accompagnement.

> Ibrahim Maalouf en concert.

Lundi 23 mai, à l’Espace Léo-Ferré, à Monaco. Tarif: 42,50 euros. Rens. 00.377.93.10.12.10.

> Ibrahim Maalouf au Nice Jazz Festival.

Vendredi 15 juillet (avec Lady Blackbird, Curtis Harding, Nduduzo Makhathini, Emile Parisien et Christian McBride & Inside Straight). Tarifs: 45 euros, réduits de 5 à 40 euros. Rens. nicejazzfestival.fr

 

Virage urbain

Début mai, Ibrahim Maalouf a présenté , le premier single de l’album , prévu pour le mois de novembre. Ce titre, très pop, aux accents funk et baile funk, en avec la Brésilienne Flavia Coelho, annonce-t-il une nouvelle couleur musicale?

Avant Capacity To Love, le trompettiste présentera un autre disque, en juin. Il s’agit d’un album en duo avec la chanteuse béninoise Angélique Kidjo. Le prolongement d’une collaboration lancée à Nice, en 2018, pour le festival C’est pas classique.

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