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En concert à Mandelieu, Murray Head raconte son tube incompris

L’inaltérable interprète de Say It Ain’t So Joe et One Night In Bangkok s'est produit le mardi 2 aout aux Nuits Robinson de Mandelieu, avec une énergie intacte à 76 ans. Rock and folk !

Alexandre Carini Publié le 03/08/2022 à 11:35, mis à jour le 03/08/2022 à 10:11
Murray Head, avant son passage à Mandelieu le mardi 2 août. (Photo Sébastien Botella)

Pour sa prestation on stage, ne vous souciez surtout pas de l’âge, vénérable, de Murray Head! Avant son concert à Mandelieu ce mardi soir, l’artiste débordait déjà d’énergie, lors de notre interview à l’hôtel Casarose. Un flot de paroles digne d’un déluge de décibels, où la pensée anglaise se fraie chemin à travers le discours français, de digressions en prises de position. Au théâtre Robinson, il réinterprétera intégralement les dix chansons de son album phare paru en 1975, même si la mémoire collective n’a retenu que le titre éponyme, Say It Ain’t So Joe.

Bien avant le hit international de One Night In Bangkok (dans un tout autre registre), Say It Ain’t So Joe est un "énooorme" tube en France, le slow incontournable sur lequel nombre de couples se sont accordés... sur la base d’un contresens tout aussi énorme! Car ce que les fans ont pris pour ballade romantique était en fait un cinglant pamphlet politique.

"Une ‘‘formidable chanson d’amour’’!"

"À l’époque, il y avait les mensonges de Nixon, et l’idée de la chanson (à travers l’histoire d’une star de base-ball impliquée dans une affaire de match truqué, ce qui provoque l’incrédulité des fans, NDLR) était d’invoquer l’impuissance des gens contre les chefs d’État, qui s’en battent de nous, dès qu’ils sont élus, décrypte l’auteur-compositeur. Quand on a sorti ce 45 tours, j’avais pourtant demandé à ma maison de disques d’y associer une traduction, mais ils ont refusé, au prétexte que les Français comprendraient parfaitement! Mais moi, je sais très bien qu’entendre et comprendre, ce n’est pas pareil!"

Qu’importe si les paroles contestataires s’envolent. La mélodie fait mouche, et le succès dépasse très vite les intentions.

 

"Les fans me félicitaient pour ma ‘‘formidable chanson d’amour’’, et je leur rétorquais: ‘‘Mais non, c’est politique!’’ Grâce aux Français qui n’ont rien compris, ma rage perdure, se marre Murray. Et puis à la fin, on s’en tape. Des années après, des femmes me chuchotaient à l’oreille: ‘‘Monsieur, mon fils a été conçu sur votre chanson’’, alors quelque part, je suis content d’avoir participé à la démographie de ce pays, c’est mieux que de pester contre la politique, qui n’a jamais été pire qu’aujourd’hui!"

On se doute que pour cet Anglais-là, le Brexit de Boris Johnson n’est pas sa tasse de thé. Car le pays des Frenchies est progressivement devenu sa seconde patrie.

"Mais très lentement", précise-t-il. La faute à des parents "francofous" comme il dit. Un père qui roule en Citroën, une mère qui joue Madame Maigret pour la BBC. Et le petit Murray qui essuie ses fonds de culotte sur les bancs du lycée français à Londres.

La France, love story

Murray Head, à Mandelieu: "Je fais encore de la scène, parce que j’ai toujours besoin de m’exprimer à tout prix." (Photo Sébastien Botella).

"On m’y a inscrit dès quatre ans, mais ce fut très dur au début car on me parlait tout de suite français. J’ai tenté les crises d’asthme pour m’en sortir, mais mes parents m’y ont recollé deux ans plus tard", raconte-t-il dans une langue de Molière quasiment dénuée de tout accent birkinien. Pour la famille Head, la France est aussi synonyme de vacances. "Tous les étés, on les passait dans vos campings. Mais nos intérêts étaient contradictoires."

 

Alors que les parents démontent et déplacent la tente au gré des visites sur sites patrimoniaux et historiques, leur musicien de fils sort sa guitare dans l’espoir de jouer "à nous les petites Françaises".

"Hélas, j’avais à peine le temps de gratter un titre des Beatles, qu’on changeait déjà de camping, c’était très frustrant!"

Aujourd’hui, Murray Head ne tarit pas d’éloge sur "l’humour, le vin, la bouffe ou les femmes de France, si belles à regarder", même s’il s’est remarié à une compatriote, à 72 ans. Celui qui a retapé une vieille bâtisse du XVIIe dans les Pyrénées-Atlantiques se souvient aussi de ses trois années passées sur la Côte d’Azur, dans une villa située dans l’arrière-pays vençois. Là où les Stones avaient déjà séjourné, et Roger Waters écrit The Wall. Murray Head doit alors se produire au théâtre de Verdure à Nice, "dans les années quatre-vingt du temps de Jacques Médecin". Mais la tente s’effondre, et le concert est déplacé ailleurs, sur un parking, sans gradins. Alors le chanteur s’adresse au public: "A l’heure des élections municipales, considérez que votre maire s’en fout que vous ayez passé deux heures debout alors qu’à quelques mètres, il y a des gradins pour la fête des fleurs! Le lendemain, Radio Baie des Anges diffusait: ‘‘Murray Head est bien gentil, mais il ne doit pas se mêler de nos affaires!’’ " (rires)

Look rock pour esprit protestataire. Culture folk, aux mélodies qui touchent au cœur. Ce mardi soir, il ne chantait pas uniquement Say It Ain’t So Joe, mais l’ensemble de l’album, qui le caractérise sans doute le mieux. Définitivement assagi? Sourire entendu: "Même si je suis vachement vieux, je sais que je pourrais bien avoir encore quelque chose à dire avant de mourir." So, Say It, Murray!

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Copier ici le texte de l’encadré pour le Web.

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