Alors qu’il doit quitter son emplacement à Nice, à quoi sert encore le MIN aujourd’hui?

Face au déménagement avorté à La Gaude, à la baisse de la production locale, les deux marchés d’intérêt national de Nice Saint-Augustin sont-ils encore utiles ? Oui, répondent les professionnels.

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Christine Rinaudo Publié le 24/01/2023 à 07:00, mis à jour le 23/01/2023 à 21:59
Les professionnels veulent non seulement conserver les MIN, mais en plus qu'ils demeurent ensemble ou à proximité. Photo Sébastien Botella

Faut-il garder le Marché d’intérêt national (MIN) alimentaire et son pendant floral? Pourquoi continuer à engager des fonds publics pour des activités privées impactées par le contexte économique? Les MIN d’hier prospéraient en raison d’une production locale importante, tant maraîchère qu’horticole, qui n’est plus du tout d’actualité. Alors est-ce que le négoce tel qu’il existe encore à Saint-Augustin, justifie-t-il une infrastructure pareille?

Le projet de relocaliser le MIN à La Gaude ne verra pas le jour. On parle de transférer l’activité des fleurs sur un terrain du parc d’activités de Saint-Laurent-du-Var et on envisage de déménager la partie alimentaire au fond de la plaine du Var. Ne vaudrait-il pas mieux passer à une autre formule, comme celle de petites centrales d’achats thématiques et en finir avec ce mastodonte commercial protéiforme? Pour les acteurs, directs et indirects, du MIN, la réponse est non. Tous veulent garder leurs deux marchés, si possible à proximité, même s’ils admettent qu’il faut revisiter le concept.

Christine et Sophie, détaillantes place Fontaine-du-Temple à Nice Nord, n’en démordent pas: "On en est à plusieurs générations de Niçois détenteurs de cartes d’accès au marché. On y vient régulièrement pour la fraîcheur, pour retrouver les paysans qui nous attendent, pour regarder la marchandise. En 35 ans, on ne s’est jamais fait livrer!" Comme elles, d’autres figures du monde des marchés plaident en faveur du maintien d’un marché de gros. Mais pourquoi?

1. C’est la vie dans la ville

"Il faut garder le MIN. C’est la vie dans la 5e ville de France, c’est le business, les commerçants, les transactions, toute une machine mise en route. C’est un lieu social." Pour Nicole Merlino, l’existence du MIN n’est pas négociable. Celle qui fut élue de Christian Estrosi de 2014 à 2020 a ses arguments: cette Niçoise fille d’horticulteurs, ex-horticultrice elle-même à Pessicart, ex-grossiste en fleurs en Lorraine, fut présidente des grossistes en fleurs de 1994 à 2010 et présidente des MIN d’Azur de 2014 à 2020. "En 2014, plaide-t-elle, on était le 2e marché de gros après Rungis [Val-de-Marne]. Notre aura était exceptionnelle et on pouvait largement investir à La Gaude. Tout s’est arrêté. Pourquoi? On trouve des tas de prétextes…"

2. C’est une indépendance locale

La conservation du MIN dans sa globalité est par ailleurs âprement défendue par Jean Casals, ex-grossiste en fruits, primeurs et fruits exotiques, président du Syndicat des grossistes alimentaires jusqu’en 2005 et représentant, jusqu’en 2021, de la Chambre de commerce et d’industrie au sein du comité de gestion du MIN. Lui a connu l’époque du MIN au cours Saleya avant qu’il ne migre, en 1965, sur son site gémellaire de Saint-Augustin. "Un MIN, martèle Jean Casals, c’est la fraîcheur à petite distance du point de livraison. C’est une indépendance locale."

3. C’est la garantie d’un grand choix

Pour autant, Jean Casals admet des fluctuations du négoce à grande échelle. Notamment à propos de la production locale: "Dans l’alimentaire, celle-ci n’a jamais dépassé 20% de la production du MIN. On a eu des blettes mais pas de fruits, expédiés, eux, du Haut-Var, du Vaucluse, d’Italie, d’Espagne… À la belle époque des collines plantées, notamment d’œillets, la production florale locale représentait 30 à 35% de la production totale. À présent, on est presque au point zéro." Nicole Merlino, elle aussi, est consciente de cette chute. Qu’elle balaie d’ailleurs d’un revers de main: "Garder ou pas un MIN à Nice n’a rien à voir avec l’agriculture ou l’horticulture locale. À Lyon, on ne produit pas de fleurs et pourtant il y a un MIN fleurs! On a l’Italie tout près avec des producteurs de cactus, de poinsettias, etc. Pareil pour le Var avec les pivoines. Ce n’est pas grave qu’il n’y ait pas ou plus de culture locale. À Nice, on a de bons fleuristes qui auront toujours besoin de grossistes même si les horticulteurs niçois ont quasiment disparu."

Jean Casals confirme: "Le MIN a une raison d’être en étant une plateforme des produits en provenance de Cavaillon, de la Drôme, de la Hollande, etc."

Les circuits aussi changent. "Des producteurs de févettes, courgettes trompettes, etc. de grande qualité, livrent directement. Même au marché de la Libération, on se fait livrer. C’est une évolution normale. Mais au MIN, on a des spécialistes de légumes et de fruits très rares, très lointains. C’est une valeur ajoutée."

4. C’est la possibilité de nouveaux services

Le MIN, carrefour incontournable? Oui pour Jean Casals: "Hôtels cannois, niçois, monégasques, restaurants, maisons de retraite, bateaux de croisière et de luxe, cantines, commerces, supérettes, etc. ont besoin de cette plateforme de distribution."

Et pas que pour acheter. "On ne fait pas seulement de la vente mais également de l’affinement: on fait mûrir, on propose du prédécoupé frais en fruits et légumes. Cela, c’est l’avenir, même si le tonnage des MIN a diminué de moitié depuis sa création à cause de la grosse distribution."

L’avenir. Jean-Philippe Frère, le président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, organisme fédérant 700 adhérents, l’évoque: "Avec le MIN à La Gaude, on avait prévu une légumerie, sorte d’atelier de transformation pour confectionner des coulis, des conserves. On voulait reproduire le MIN en l’innovant avec ce type d’unité grâce à laquelle tout le monde serait gagnant. Une soixantaine de producteurs du 06 vont dans le Vaucluse pour transformer leurs fruits ou leurs légumes. Pour nous, le MIN repensé, est un élément fondamental, même s’il y a moins d’agriculteurs, d’horticulteurs. On peut y faire de la vente à gros volumes pour les commerçants, les hôteliers, les restaurateurs. Il est incontournable."

Nicole Merlino a longtemps dirigé les MIN d’Azur. Les supprimer ou les dissocier est pour elle une aberration. Nice Matin.

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