Virginie Efira revient sur son rôle dans Revoir Paris, celui d'une femme qui survit à un attentat

Dans Revoir Paris, sous la direction d’Alice Winocour, la comédienne interprète une femme qui réussit à survivre à un attentat commis dans un restaurant. Un long et douloureux parcours de reconstruction au cours duquel elle essaie de reconstituer le film de cette soirée sanglante.

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Cédric COPPOLA magazine@nicematin.fr Publié le 07/09/2022 à 13:07, mis à jour le 07/09/2022 à 12:40
Virginie Efira. Photo Patrice Lapoirie

Quel a été votre rapport aux attentats et où étiez-vous le soir du 13 novembre 2015?

Je dînais chez des amis à Paris et l’information est arrivée par vagues, essentiellement par SMS… Puis on a écouté la radio et on a pris conscience de ce qui était en train de se passer. C’est venu progressivement.

Comment s’empare-t-on d’un tel rôle?

On s’en empare en se disant que de toute manière, on ne pourra que représenter un certain état. Parfois sur des films, on peut se dire qu’on incarne et qu’on touche quelque chose mais se dire qu’on va le vivre, c’est interdit, voire impossible. Je me souviens qu’après la scène de l’attentat, un figurant m’a dit: "On a l’impression d’avoir vécu l’attentat". Sauf que nous, on peut aller manger un bout à la régie deux secondes plus tard.

Pour ma part, j’ai écouté beaucoup d’émissions radios et de témoignages sur ce qu’avaient ressenti les gens, sur l’aide de l’État et sur notre profonde incapacité à apprendre à exister avec ce drame. Mais, au fond, on ne sait rien. Le film est donc une subjectivité, le regard de la réalisatrice Alice Winocour. Elle voulait un effacement et voyait le film d’une manière plus globale avec l’envie de voir certaines images ou d’entendre certaines voix. Elle tenait fort à l’idée du fantôme, à ce côté un peu hypnotique.

Le meilleur outil pour se greffer à cette vision est le scénario?

C’était dans l’ensemble assez bien écrit et lorsque je le lisais, j’avais l’impression que tout convergeait vers la phrase suivante: "Merci de m’avoir tenu la main", que Mia prononce lorsqu’elle retrouve un autre rescapé de l’attentat. Il s’agit de la phrase la plus simple au monde, mais elle prend ici une autre ampleur. C’est à l’image du film, très tremblant, pudique, mesuré, doux…

Le film s’appelle Revoir Paris mais il pourrait aussi s’appeler, par rapport à sa mise en scène Voir Paris

Certains plans me touchent beaucoup, comme celui avec les éboueurs qui enlèvent les fleurs… C’est à la fois beau et dur, tant cela montre que la vie continue même lorsqu’on vit un traumatisme ou la perte d’un proche. On a l’impression que tout s’est arrêté, mais il n’en est rien…

Vous étiez maîtresse de cérémonie au dernier Festival de Cannes. Comment avez-vous vécu l’intervention du président ukrainien Volodymyr Zelensky?

Il y a différents niveaux de conscience et, bien entendu, lors des répétitions le président Zelensky n’était pas présent. À sa place, il y avait une chaise vide mais je savais qu’il allait intervenir, sans savoir véritablement comment. Puis, lors de la cérémonie, je n’y ai pas pensé jusqu’à la fin de la chanson de Vincent Delerm. Subitement, j’étais prise dans un truc un peu figé, qui n’était même pas enregistré mais en direct.

Cet événement était intéressant dans la mesure où tout le monde, avec ses mots, essayait de dire qu’il n’y a pas le monde d’un côté et le cinéma de l’autre, mais une interaction. Le fait d’inviter Zelensky était certes particulier mais son discours était beau et relié à notre art. Pour moi, cet ensemble a été fondamental pour comprendre le monde dans lequel j’étais, pour parfois mieux l’aimer et marquer l’envie de passer de spectatrice à une actrice qui a envie de raconter des choses qui nous unissent tous.

Revoir Paris est-il également une autre manière de dire que le cinéma et la vie ne sont pas séparés?

Oui bien sûr! Le cinéma français s’empare moins facilement que son homologue britannique de sujets sociétaux, politiques, de l’actualité. Cependant, comme lors des documentaires, il est pertinent d’avoir le regard d’un artiste, en l’occurrence Alice Winocour. Revoir Paris est un film immersif. À l’instar de la littérature, le 7e art donne accès à l’intériorité de quelqu’un. C’est une autre manière de faire monde!

On peut aussi y voir un personnage de sans-papier, lui aussi rescapé des attentats. Un choix fort…

Au sein de notre société on a l’impression d’être toujours soumis à des forces obscures. La réponse ne passe pas dans le fait de rétrécir ses capacités d’amour ou d’altérité mais justement dans la nécessité de les agrandir. Je ne crois pas qu’on décide vraiment d’être une victime, mais cet homme n’a pas le choix puisque l’identité d’un sans-papier est tout d’abord d’être un sans-papier. C’est un constat terrible.

Surmonter le trauma

L’histoire

À Paris, Mia (Virginie Efira) est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se souvient de l’événement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible…

 

Notre avis

Le Festival de Cannes a mis à l’honneur cette année deux films français, qui, dans des genres différents, ont rappelé le douloureux souvenir des attentats du 13 novembre 2015. Ainsi Cédric Jimenez, dans le percutant Novembre, est revenu de manière clinique sur la traque des terroristes. De son côté, dans Revoir Paris, Alice Winocour se penche sur le trauma des survivants de l’attaque, qui n’est pas citée, pour montrer que la douleur est universelle. En dépit de quelques faux pas et de certaines maladresses, lorsqu’elle installe un faux suspense avec des jump scares (irruption brutale dans l’image pour faire sursauter le spectacteur) pour renforcer la tension ou dans la représentation des seconds rôles, la réalisatrice fait passer l’émotion. Pour cela elle s’appuie notamment sur le jeu de Virginie Efira, formidable dans la peau d’une femme qui essaie de restituer le puzzle de cette soirée sanglante et entame un processus de reconstruction. Si tant est que celui-ci soit possible… Un amour naissant avec un homme, lui aussi miraculé, incarné par Benoît Magimel, et des échanges avec ceux qui étaient également dans ce restaurant lors de la tuerie, vont l’aider à (re)vivre… Tout le symbole d’un film qui pour combattre l’horreur, invite à connecter l’humain.

 

> D’Alice Winocour (France). Avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin... Drame. 1h45. Notre avis:

(Photos Pathé Distribution)

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