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Sara Forestier à l'affiche de "Filles de joie": "La prostitution, c’est un sujet très important"

Mis à jour le 05/03/2020 à 12:20 Publié le 17/03/2020 à 18:00
Dans "Filles de joie", Sara Forestier joue une jeune mère qui se prostitue dans un bordel en Belgique pour faire vivre sa famille.

Dans "Filles de joie", Sara Forestier joue une jeune mère qui se prostitue dans un bordel en Belgique pour faire vivre sa famille. Photo P. Lapoirie/S. Botella

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Sara Forestier à l'affiche de "Filles de joie": "La prostitution, c’est un sujet très important"

Depuis sa révélation en 2003 dans "L’Esquive" d’Abdellatif Kechiche, Sara Forestier s’est imposée comme l’une des actrices les plus engagées de sa génération. À l’affiche de "Filles de joie", elle nous a parlé de la condition des femmes, au cinéma et en dehors... Elle était dernièrement dans le magazine Week-End.

Un débit de mitrailleuse et un engagement sans faille pour le cinéma d’auteur et la cause des femmes. Dans Filles de joie, de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich, Sara Forestier campe une jeune mère divorcée du Nord de la France, qui se prostitue dans un bordel en Belgique pour faire vivre sa famille: "Parce qu’il ne suffit pas toujours de traverser la rue pour s’en sortir"...

Qu’est ce qui vous intéressait particulièrement dans ce rôle?
C’est la première fois que j’appelle le réalisateur d’un film pour lui dire que je veux le faire avant même d’avoir fini de lire le scénario.

La prostitution, c’est un sujet très important. Au cinéma, on le traite généralement par le biais social de l’exploitation ou par l’érotisation de la fonction.

Ce que je trouvais inédit dans le scénario d’Anne et Fred, c’est que les prostituées sont regardées d’abord comme des femmes. Ils ne se placent ni en dessous ni au-dessus d’elles: c’est un regard horizontal, droit.

Le rôle d’Axelle, que je joue, m’a particulièrement touchée. Ce qu’elle vit avec le père de ses enfants, dont elle est séparée, ça a fait remonter des choses dont j’ai été témoin ou que j’ai vécues moi-même.

Ce phénomène d’emprise est difficile à comprendre pour ceux qui ne l’ont pas vécu. L’incarnation permet de faire ressentir le mécanisme mieux que les mots.

"#MeToo, c’est une nouvelle utopie féministe."

Vous dites avoir vécu ce type de relation?
Après L’Esquive, j’ai rencontré un homme violent. La première fois que j’ai eu un coquard, je n’ai pas eu le réflexe de le faire constater.

La deuxième fois, j’y suis allée et ça change tout. Porter plainte, ça permet de replacer les choses dans le droit. Pour que le quotidien des femmes harcelées ou violentées change, il faut que ça passe par le judiciaire.

Avant, la culpabilisation et le silence s’imposaient aux femmes. Avec la libération de la parole, on rentre enfin dans un cercle vertueux.

Le mouvement #MeToo a dû particulièrement vous toucher?
Oui. #MeToo, c’est une nouvelle utopie féministe. Mais il faut passer par des mesures concrètes. Dans le milieu du cinéma, il faut que les assurances prennent en compte les faits de harcèlement et de violence.

Si un stagiaire se fait frapper par un acteur célèbre, il y a peu de chance que l’auteur des violences se fasse virer: ça coûterait trop cher d’arrêter le tournage. Si les assurances couvrent le risque, il n’y aura pas d’impunité possible.

Pour les cas d’atteintes sexuelles, il faut absolument rallonger les délais de prescription, car on se rend compte que les femmes les dénoncent souvent trop tard.

Comment avez-vous vécu la polémique Polanski aux César?
C’est exactement le sujet. Si les délais de prescription étaient plus longs, il pourrait y avoir procès et on saurait si Polanski peut continuer à faire des films ou s’il doit aller en prison.

On ne se poserait plus la question de savoir s’il faut différencier l’artiste et l’œuvre. C’est une question morale qui déplace le problème. Sa vraie place, c’est dans le judiciaire. On ne vit pas une crise morale, mais une crise de la justice. Les femmes veulent plus de justice.

Retravaillerez-vous un jour avec Kechiche?
Je ne sais pas. Il y a quelque chose de déjà accompli dans notre relation, ce n’est pas une nécessité.

C’est un metteur en scène qui est souvent meilleur quand il révèle les talents. C’est l’essence de son cinéma. Avec lui, vous êtes vraiment filmée. Je n’ai jamais retrouvé ça depuis.

Et avec Arnaud Desplechin, qui vous a valu une nouvelle nomination au César pour Roubaix, une lumière?
C’est le seul réalisateur français pour lequel j’avais un désir secret de travailler. Une rencontre incroyable, la plus grande après Abdel. C’est un auteur extraordinaire. Avec lui, la partition est géniale, c’est de la littérature. Et il a parfaitement assimilé ma manière animale de composer.

Comment travaillez-vous?
Moins qu’avant en aval du tournage. J’accepte qu’il y ait quelque chose de "magique" qui se passe sur le plateau. J’y vais moins avec de gros sabots.

Dans des films comme Roubaix, une lumière ou Filles de joie, la violence sociale peut vous terrasser. Il ne faut pas y aller trop profondément. Les situations, si vous les vivez trop intensément, elles vous brûlent.


Filles de joie. De Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich. Avec Noémie Lvovsky, Sara Forestier, Annabelle Lengronne. 1h31. En salles le 18 mars.


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