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"Quand je ne travaille pas, je jardine dans ma maison du Midi". Emmanuelle Béart, la "fille de Cogolin", se confie

Après un moment d’absence au cinéma, l’actrice originaire du Var est à l’affiche de L’Étreinte, premier film de Ludovic Bergery. Elle y interprète Margaux, une quinquagénaire qui veut rattraper le temps perdu.

Cédric COPPOLA Publié le 22/05/2021 à 07:00, mis à jour le 21/05/2021 à 15:31
"Lorsque Ludovic Bergery est arrivé avec ce personnage de Margaux, j’ai eu une piqûre de rappel et je me suis souvenue à quel point c’était bon de jouer au cinéma." (Photo Moby Dick Films)

Sorti mercredi, L’Étreinte, premier long-métrage de Ludovic Bergery, permet de retrouver Emmanuelle Béart dans un rôle à la hauteur de son talent. L’actrice y interprète Margaux, une femme de cinquante ans qui démarre une nouvelle vie et tente de se reconstruire au contact d’une bande de jeunes mais aussi lors de rencontres plus intimes. Un film charnel, tourné en pellicule où l’actrice livre une performance toute en délicatesse.

À l’exception du film choral Merveilles à Montfermeil de Jeanne Balibar (2019), vous vous êtes fait rare au cinéma. Une envie de se concentrer pleinement au théâtre?

À un moment donné, j’ai ressenti une forme de lassitude vis-à-vis des projets, des rôles qu’on me proposait et Stanislas Nordey est venu vers moi et m’a proposé Les Justes d’Albert Camus. J’ai été emportée et je me suis dit: "voilà ma place, maintenant". Nous avons fait sept pièces en dix ans, ce qui est énorme. Il n’y avait donc plus de place pour le reste. L’auteur Pascal Rambert nous a rejoints et j’ai été artiste associée au Théâtre national de Strasbourg. Cependant, lorsque Ludovic Bergery est arrivé avec ce personnage de Margaux, j’ai eu une piqûre de rappel et je me suis souvenue à quel point c’était bon de jouer au cinéma.

 

La lassitude que vous mentionnez, vient-elle aussi d’une forme de nostalgie, de ne pas avoir retrouvé des cinéastes tels Jacques Rivette ou Claude Sautet?

Je ne pense pas… Ma rencontre avec Stanislas Nordey est tout aussi importante que celle avec Claude Sautet au moment d’Un cœur en hiver et Nelly et Monsieur Arnaud, par exemple. J’avais surtout envie d’une autre nourriture intellectuelle, que j’ai trouvé sur les planches. Il y avait peut-être, aussi, la nécessité d’un anonymat. La personne connue n’existe pas au théâtre. On est là pour travailler tous ensemble, dans un esprit de troupe.

Comment définissez-vous le personnage de Margaux?

Elle est en perte de repères et doit se réapproprier sa vie, qui lui a échappée trop longtemps. Elle a été mariée, n’a connu qu’un homme, mort il y a six mois… C’est une sorte de Belle au bois dormant qui se réveille à cinquante ans. Elle a un regard neuf, un désir, une urgence de vivre et de rattraper le temps perdu. Instinctivement, elle sait que ça passera par le corps. Elle va donc faire des choses assez délirantes, multiplie les rencontres improbables via les réseaux sociaux… Je l’ai trouvé touchante. En elle, j’ai mis mes doutes, mes fragilités et, bien entendu, mon retour au cinéma, qui est par la force des choses un peu maladroit. Le film a aussi des moments d’absence et de silence. Ça m’a parlé. L’absence est, en effet, un sentiment que je connais et le silence, quelque chose dont j’ai de plus en plus besoin.

 

Comment avec vous abordé ce rôle?

Je n’ai pas lu le scénario! C’était une volonté de ma part. D’ailleurs, je n’ai aucun souvenir de jeu et je ne sais même pas comment j’ai fabriqué les scènes. Je découvrais ma partition la veille. Ludovic Bergery m’avait, en revanche, beaucoup parlé du tempérament de cette femme et j’avais l’impression de la connaître. Je voulais en savoir le moins possible sur son passé et sur ce qui allait lui arriver. Lors de la préparation, il m’a demandé de regarder des films comme Alice ne vit plus ici de Martin Scorsese pour que je m’imprègne de ce type de caractère à la fois chaleureux et déstabilisant…

Tout ce qui inspire le metteur en scène me passionne et m’aide à pénétrer dans son univers. Peu importe le registre. D’ailleurs, je me suis toujours attachée à ne pas rester figée dans une image. Je suis passée par le cinéma de Jacques Rivette, de François Ozon, de Catherine Corsini… Je ne me suis jamais sentie enfermée dans une case et je n’ai aucune forme de snobisme. Certes, j’ai grandi dans le cinéma d’auteur mais j’aurais très bien pu tourner dans davantage de comédies populaires. J’aurais adoré ça!

Avez-vous déjà travaillé selon cette méthode, sans lire le scénario?

Jamais! Cela ne me serait pas venu à l’esprit… et beaucoup de réalisateurs auraient refusé. Mais je n’ai jamais eu de méthode. Le rapport de confiance est primordial. Sur ce film, j’ai compris, dès le début du tournage, que Ludovic Bergery était talentueux. C’est quelqu’un qui sait où placer sa caméra et tenir sa vision. Il est aussi assez autoritaire sur le plateau… ce qui me rassure. Au final, on s’est peu parlé mais on s’est totalement compris. Je n’ai pas besoin qu’on me donne énormément d’indications. Cela peut paraître prétentieux, mais j’aime cette liberté où l’acteur reprend sa place.

 

Vous évoquiez ce lien entre vous et Margaux. Avez-vous du mal, en règle générale, à couper de vos rôles, une fois les tournages terminés?

Pas du tout. Je débranche à une allure qui m’inquiète! Quand l’actrice a fini son travail, il y a une mère, une femme… Quand je bosse, je m’investis énormément, mais lorsque ce n’est pas le cas, je jardine dans ma maison du Midi. Et cela me rend tout aussi pleine de joie et de bonheur. Je suis une fille de Cogolin, l’odeur des mimosas, de la Méditerranée, du monoï l’été, des vignes, des arbres… J’ai grandi dans cette nature-là. C’est chez moi!

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