Rubriques




Se connecter à

Mort de Jean-Louis Trintignant: un géant qui se trouvait tout petit

Très malade et diminué, le comédien est décédé ce vendredi 17 juin à 91 ans chez lui, dans le Gard. Il restera l’une des voix et l’un des visages les plus marquants du cinéma et du théâtre français.

Amélie Maurette Publié le 17/06/2022 à 22:38, mis à jour le 17/06/2022 à 22:38
Jean-Louis Trintignant au Festival de Cannes en 2017. Photo Sébastien Botella

"On est fait pour ça. Pour vivre et pour mourir. C’est vrai, vous ne trouvez pas?" Ainsi parlait Jean-Louis Trintignant, en 2018 dans nos colonnes. La mort, elle rôdait autour du comédien, malade et diminué, depuis des années.

Jean-Louis Trintignant est décédé ce vendredi à 91 ans. Il est "mort paisiblement, de vieillesse, ce matin, chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches", a précisé à l’AFP son épouse, Mariane Hoepfner-Trintignant. Indiquant que les obsèques du comédien seront célébrées dans l’intimité.

Sa propre fin, celui qui était né le 11 décembre 1930 dans le Vaucluse, l’évoquait sans crainte, franchement. Presque modestement, comme tout le reste.

Au soir de sa vie, ce grand timide ravi de vivre loin de Paris, près d’Uzès, portait sur son immense carrière un regard d’une étonnante humilité. Ses incontournables rôles chez Vadim (Et Dieu… créa la femme, 1956), chez Risi (Le Fanfaron, 1962), chez Lelouch (Un homme et une femme, 1966), chez Bertolucci (Le Conformiste, 1970), chez Haneke (Amour, 2012), chez Costa Gavras, Robbe-Grillet, Rohmer, Truffaut, Téchiné, Audiard, Blier, Chéreau et tant d’autres cinéastes n’avaient, semble-t-il, pas suffit au comédien pour se trouver valable.

 

"J’ai fait des progrès"

"Je pense que j’ai eu beaucoup de chance", poursuivait Jean-Louis Trintignant dans notre journal, après avoir été interrogé sur ce qu’il pensait avoir réussi dans sa vie…

"Quand j’ai commencé, dans les années cinquante, tous les acteurs étaient des Parisiens. J’avais un avantage, j’étais provincial. Et voilà, peut-être que ça a marché à cause de ça. Ensuite, j’ai beaucoup travaillé et j’ai fait des progrès. Marcel Pagnol disait que les gens ont du talent à trente ans et qu’ensuite, ils n’en ont plus mais exploitent le petit talent qu’ils ont eu. Moi, je crois que je n’en ai plus du tout."
Il était un géant, il se voyait tout petit. "Je me verrais bien revenir un jour en insecte", plaisantait-il encore.

Son apparente nonchalance, son charme singulier, sa voix inimitable où pointait l’ironie, son regard impénétrable, tantôt glacial, tantôt d’une grande douceur, auront pourtant imprimé à jamais l’histoire du cinéma et du théâtre français.

Son jeu tout en nuances aussi, sa sensibilité unique, en partie due aux drames qui auront bouleversé son existence – et notamment la mort de sa fille, Marie, à 41 ans, en 2003 – resteront un modèle pour bon nombre de comédiens en devenir.

"Si c’était à recommencer, j’aimerais mieux essayer de faire de la musique"

Passionné de course automobile dans ces jeunes années, mais davantage de musique et de poésie, l’artiste, qui avait plusieurs fois annoncé son retrait des planches et des plateaux avant d’y revenir inévitablement, avait d’ailleurs trouvé là une forme de consolation. Si tant est que ce mot existe face à pareille douleur.

 

Dans les dernières années de sa vie, hormis deux films pour Michael Haneke (Amour et Happy End, 2017) et un pour Claude Lelouch (Les Plus Belles Années d’une vie, 2019) celui qui se revendiquait "d’un pessimisme acceptable" aura surtout fait vivre les mots des poètes qu’il aimait, Prévert, Vian, Desnos, sur les notes des musiciens Astor Piazzolla et Daniel Mille.

"Si c’était à recommencer, j’aimerais mieux essayer de faire de la musique. Oui, j’aurais peut-être plus de goût et plus de talent pour la musique", confessait encore Trintignant dans nos colonnes. Qu’est-ce que ça aurait été!

Quelques dates clés

1930: naissance le 11 décembre à Piolenc, dans le Vaucluse.

1949: alors qu’il est étudiant à Aix-en-Provence, il se prend de passion pour le théâtre.

1956: Et Dieu... créa la femme de Roger Vadim avec Brigitte Bardot.

1966: Un homme et une femme de Claude Lelouch, avec Anouk Aimée. Palme d’or à Cannes.

1969: Prix d’interprétation à Cannes pour Z, de Costa Gavras. Cette année-là, avec Nadine Trintignant, ils perdent Pauline, leur fille de quelques mois.

1996: Art, de Yasmina Reza, au théâtre.

2003: Marie, sa première fille, décède sous les coups de son compagnon, Bertrand Cantat.

2012: revient au cinéma dans Amour de Michael Haneke, avec Emmanuelle Riva. Palme d’or à Cannes et César du meilleur acteur l’année suivante.

2019: dernière venue à Cannes pour Les plus belles années d’une vie, de Claude Lelouch.

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.