Michael Moore, Lars Von Trier, "La Haine"... Retour sur les polémiques politiques qui ont émaillé le Festival de Cannes

Depuis sa création, la question de l'engagement politique au festival de Cannes fait débat. Retour sur les moments forts et les prises de position les plus emblématiques de l'histoire du FIF.

Carla Monaco Publié le 07/07/2021 à 19:14, mis à jour le 07/07/2021 à 16:59
Spike Lee, président du jury du 74e Festival de Cannes et réalisateur engagé. Photo Patrice Lapoirie

À peine le festival commencé, la première polémique est arrivée. Elle vient de Spike Lee, actuel président du jury cannois et cinéaste ultra-engagé sur les questions de discriminations raciales.

Durant la première conférence de presse du jury, il affirme que "ce monde est dirigé par des gangsters". Une déclaration choc faisant référence à l'ex-président des Etats-Unis Donald Trump ainsi qu'aux chefs d'Etats brésilien Jair Bolsonaro et russe Vladimir Poutine.

On récapitule les prises de position les plus fortes qui ont eu lieu à Cannes.

Un festival né dans l'opposition

Dans les années 1930, le cinéma fait face lui aussi à la montée des périls en Europe. À l’époque c'est la Mostra de Venise qui est le premier grand festival de cinéma international. Il perd sa légitimité en 1938, lorsque le Lion d'or est décerné au documentaire Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl et à un film supervisé par le fils de Mussolini. 

 

Philippe Erlanger, un haut fonctionnaire, émet l'idée du Festival de Cannes l'année suivante. Avec l'aval de Jean Zay, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, il annonce à Venise même le lancement d'une initiative concurrente. En août 1939, les stars hollywoodiennes affluent sur la côte mais le Festival est annulé presque aussitôt après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie. Il faudra attendre 1946 pour que la première édition du Festival de Cannes ait lieu.

Alain Resnais sous pressions diplomatiques

Un tout jeune cinéaste français embête à deux reprises le festival et le gouvernement français. Alain Resnais voit Nuit et brouillard, son documentaire sur les camps de concentration et d'extermination nazis, retiré de la compétition cannoise. La raison? En plus de ses images chocs, le film est jugé problématique pour les relations franco-allemandes. 

Rebelote trois ans plus tard, en 1959, cette fois avec un film de fiction. Hiroshima mon amour se déroule quatorze années après les bombardements atomiques au Japon. Les Américains y voient une critique acerbe de leur action à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont gain de cause: le film est retiré de la sélection officielle.

Cette censure était possible car, à l'époque, le règlement du Festival exigeait des films projetés qu'ils ne devaient pas heurter la sensibilité des autres pays venus à Cannes.

Emmanuelle Riva et Eiji Okada dans Hiroshima mon amour (1959) d'Alain Resnais. Crédit photo The Granger Collection.

Cannes 68

Le Festival de Cannes de 1968 n'a pas de palmarès. La raison? Mai 68. Huit jours après le début de la compétition, les enfants terribles de la Nouvelle Vague et d'autres personnalités du cinéma français interrompent la projection du film Peppermint frappé de Carlos Saura, lui-même accroché aux rideaux de l'écran. Cannes ne peut pas se couper de qui se passe en dehors de son vase clos. 

 

Face à ceux qui protestent face à cette manifestation, Jean-Luc Godard s'emporte: "Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan! Vous êtes des cons!". Plusieurs cinéastes retirent leur film de la compétition. Le Festival est arrêté le lendemain.

Restera de cet épisode exceptionnel, la Quinzaine des Réalisateurs, créé l'année suivante. Cette section non compétitive et indépendante du Festival met à l'honneur des films de tout horizon et des nouveaux talents.

Bousculade des contestataires lors de la projection du film Peppermint frappé en mai 1968. Photo Nice-Matin.

Les policiers dos à "La Haine"

La Haine retrace les péripéties de trois amis au lendemain d'une nuit d'émeutes entre banlieusards et policiers. Le film de Mathieu Kassovitz rencontre un franc succès auprès des festivaliers en 1995. Sauf auprès des forces de l'ordre qui voient dans l'œuvre, qui met en scène une bavure policière, une diatribe anti-flics. Les policiers du service d'ordre du Festival tournent le dos à l'équipe du film au moment de leur montée des marches. 

Affiche du film La Haine de Mathieu Kassovitz.

Michael Moore palmé

Des Palmes provocantes, Cannes en a connu. Des Palmes engagées, plusieurs. L'une des plus emblématiques est sans doute celle attribuée en 2004 au Fahrenheit 9/11 de Michael Moore par le jury présidé par Quentin Tarantino. Véritable pamphlet anti-George Bush, Cannes crée une vive polémique et fait les gros titres de la presse internationale. 

Après réception de la Palme, le documentariste a tenu à remercier son acteur principal, le président des Etats-Unis, avant de lancer: "J'espère que personne ne lui annoncera la nouvelle pendant que celui-ci mange un bretzel."

Michael Moore reçoit la Palme d'or en 2004 pour son documentaire Fahrenheit 9/11. Photo Nice-Matin.

Le député et les Hors-la-loi

Dans Hors-la-loi, sélectionné au Festival en 2010, le réalisateur Rachid Bouchareb met en scène le destin de trois frères pendant la guerre d'Algérie. Le film s'ouvre sur les massacres de Sétif durant lesquelles plusieurs milliers d'Algériens ont perdu la vie. C'est cet épisode historique qui sera au cœur de la controverse pendant le Festival de Cannes.

Le député UMP des Alpes-Maritimes de l'époque, Lionnel Lucas, conteste la version des faits filmée par Bouchareb. Il lance une manifestation réunissant anciens combattants, pieds-noirs et personnalités politiques le jour même de la projection du film au Palais des festivals.

 
L'ancien député UMP des Alpes-Maritimes, Lionnel Lucas, pendant la manifestation contre le film Hors-la-loi en 2010. Photo Patrick Clemente.

Un scandale nommé Lars Von Trier

C'est sans aucun doute l'un des cinéastes les plus sulfureux au monde. Son dérapage en 2011 est resté dans les annales du Festival. Venu présenter son film Melancholia en conférence de presse, Lars Von Trier répond à une journaliste lui demandant de revenir sur son affection pour l'esthétique nazie. Les acteurs à ses côtés, parmi lesquels Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, vont se décomposer au fur et à mesure de l'interview.

Le cinéaste danois digresse rapidement sur la découverte de ses origines allemandes puis de son "empathie" pour Hitler. Plus Lars Von Trier s'explique, plus il s'enfonce: "Mais je ne suis pas pour là Seconde Guerre mondiale [...] Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop, parce qu'Israël fait vraiment chier."

Des propos qui lui vaudront sept ans d'exclusion au Festival de Cannes. Son beau film remportera quand même le Prix d'interprétation féminine pour Kirsten Dunst. 

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