“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre numérique > Abonnez-vous

"Madame Claude" ce vendredi sur Netflix, un film pour en finir avec le fantasme glamour de la "maquerelle de la République"

Mis à jour le 02/04/2021 à 09:09 Publié le 02/04/2021 à 11:30
Longtemps, la vie de Fernande Grubet, alias "Madame Claude", tenancière d'un réseau de prostitution de luxe dans le Paris des années 1960-1970, a fait figure de mythe.

Longtemps, la vie de Fernande Grubet, alias "Madame Claude", tenancière d'un réseau de prostitution de luxe dans le Paris des années 1960-1970, a fait figure de mythe. Photo AFP

Toute l'info locale + Des reportages exclusifs

"Madame Claude" ce vendredi sur Netflix, un film pour en finir avec le fantasme glamour de la "maquerelle de la République"

La fin du mythe. Hors-la-loi, cupide et sans pitié: le biopic "Madame Claude", le 2 avril sur Netflix, liquide le fantasme glamour de la "maquerelle de la République", en faisant le portrait façon film de gangsters de la plus célèbre proxénète de France.

Longtemps, la vie de Fernande Grubet, alias "Madame Claude", tenancière d'un réseau de prostitution de luxe dans le Paris des années 1960-1970, a fait figure de mythe.

Celle qui est décédée à Nice le 22 décembre 2015 à 92 ans a régné sur un réseau de 500 call-girls et une poignée de garçons, officiant dans les plus hautes sphères -- hommes politiques et chefs d’État français et étrangers, comme le Shah d'Iran ou John F. Kennedy, célébrités, hommes d'affaires...

En échange des confidences recueillies sur l'oreiller par ses filles, Madame Claude s'assure les meilleures protections, de la Brigade mondaine au contre-espionnage.

"Il y a l'image de Mme Claude, Paris, les belles robes et les grands hôtels, le pouvoir... Ce qui m'intéressait, c'était l'envers du décor", explique la réalisatrice Sylvie Verheyde. Elle s'était déjà intéressée à la prostitution dans son précédent film, "Sex Doll" (2016).

Dans "Madame Claude", celle-ci jette ses jeunes et jolies recrues en pâture à ses clients, et n'oublie jamais de prendre ses 30%, même lorsqu'elles reviennent en sang d'un rendez-vous qui tourne mal.

C'est Karole Rocher, amatrice de rôles de "méchantes" et de gueules cassées, qui interprète la proxénète décédée en 2015 après avoir été deux fois condamnée, restituant sa puissance et ses failles: misère affective, connivence avec le crime organisé, absence de scrupules...

Grande menteuse

Avec détail, le film illustre le fonctionnement de ce réseau, l'un des premiers à comprendre la puissance du téléphone ou l'emprise de Madame Claude sur ses "filles" (jouées notamment par Hafsia Herzi et Annabelle Belmondo, la petite-fille de la star).

"Madame Claude a construit sa mythologie. C'était une grande menteuse, un escroc qui disait vouloir rendre "le vice joli": c'est-à-dire mettre tout ce qui est moche sous le tapis", relève Sylvie Verheyde.

S'inspirant librement des affaires qui ont secoué la Ve République de Pompidou et Giscard, le film la met en scène naviguant entre le pouvoir et le crime jusqu'à s'y brûler les ailes. Une jeune recrue, Sidonie (Garance Marillier, la révélation de "Grave"), précipitera sa chute.

Flics, clients, voyous, les hommes sont cantonnés à des rôles secondaires, confiés à Benjamin Biolay, Roschdy Zem ou Pierre Deladonchamps.

Gangster au féminin

"Pour ma mère, issue d'un milieu populaire et montée à Paris, Madame Claude était un modèle, ce qui me semblait délirant. Mais en fait, pour une femme de sa génération, de son milieu, il y avait peu de modèles de réussite féminins auxquels s'identifier", relève Sylvie Verheyde.

La réalisatrice de 54 ans, dont une grand-mère et une cousine se sont prostituées, s'est aussi inspirée de ce qu'elle pouvait entendre, petite, dans le café parisien que tenaient ses parents.

"En même temps qu'un bandit qui se sert des femmes, Madame Claude est une sorte de figure d'émancipation féminine", note-t-elle. Le film reflète cette ascension sociale par le crime, à la "Scarface": "comme dans tous les films noirs, les marginaux et les hors-la-loi nous parlent de la société dans laquelle on vit".

Une ambiguïté dont se délecte Karole Rocher (le lieutenant Roxane Delgado dans la série "Braquo"): "les rôles de gangster au féminin restent assez rares. C'est très intéressant de jouer, pour une fois, un personnage féminin qui a cette haine, cette rage qu'on attribue en général aux hommes. Un rôle amer, antipathique, sans être sexualisé, j'adore ça", dit-elle.

La légende de Fernande Grubet a inspiré de nombreux artistes, et "Madame Claude", privé de salle en raison de la pandémie, arrive comme une réponse, près de 45 ans après, au film érotique du même titre de Just Jaeckin, l'auteur d'"Emmanuelle".

Une oeuvre "de communication" à la gloire de la proxénète, raille Sylvie Verheyde. "L'époque est beaucoup plus prête pour la coulisse et en finir avec l'image d'Epinal de ces années-là".


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.