Louis de Funès, un acteur toujours sous les feux de l’actualité en 2023

Charlie Chaplin fut l’un des principaux inspirateurs de Louis de Funès – avec Laurel et Hardy, et l’impassible Buster Keaton. Mais au-delà de leur évident talent pour le mime, les similitudes entre ces deux génies n’ont jamais été réellement mises en lumière. Cette omission est sur le point d’être réparée. Une exposition croisée sera organisée, l’été prochain, au musée Louis-de-Funès de Saint-Raphaël. Elle déménagera un an plus tard au Chaplin’s World, à Corsier-sur-Vevey en Suisse, dans l’ancienne maison où le créateur de Charlot vécut de 1952 jusqu’à sa mort en 1977.

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Lionel Paoli Publié le 22/01/2023 à 11:00, mis à jour le 22/01/2023 à 13:08
Louis de Funès sur le tournage de son avant-dernier film, en 1981. Photos DR et Musée Louis-de-Funès

Une enfance difficile

"Chaplin et De Funès étaient des enfants pauvres, souligne Nora Ferreira, directrice du musée de Saint-Raphaël. Ils ont souffert de l’absence du père et ont été marqués par la figure maternelle."

Charlie et Louis s’inspirent également de leur mère. Le premier affirme dans son autobiographie (1) que Hanna Chaplin "était l’une des plus grandes artistes de pantomime que j’ai jamais vues."

Louis, de son côté, jurait que sa mère fut, à son insu, son professeur de comédie: "Je suis un marbre à côté d’elle."

L’art de la pantomime

Les deux artistes étaient des maîtres du burlesque avec un sens du "timing" parfait.

"Chaplin joue avec son corps comme d’un instrument, analyse la directrice du musée raphaëlois. L’art de De Funès repose, avant tout, sur l’extrême mobilité de deux parties de son corps: le visage et les mains."

La bonne taille pour faire rire

Louis mesurait 1,64m; Charlie le dépassait d’un centimètre. Cette taille a permis à Charlot de "mettre en contradiction son corps avec son allure", remarque Nora Ferreira. Comme en écho, De Funès affirmait: "Ma taille convient très bien au personnage que je me suis choisi – petit grincheux, empêcheur de tourner en fond. Elle m’a bien rendu service."

Une dimension sociale et politique

Cet aspect de l’œuvre de Chaplin est connu et documenté depuis des décennies. Il reste à explorer pour De Funès, réduit de son vivant à sa seule dimension commerciale. L’interprète du Gendarme fait rire des puissants, ou prétendus tels, en les tournant en ridicule sans jamais provoquer de réaction de rejet à leur égard. Son modèle britannique donne à voir les invisibles, les exclus, les marginaux. Chacun à sa façon, ils font rire en éclairant la fameuse "fracture sociale" popularisée – bien plus tard – par Jacques Chirac.

Hommes-orchestres

La musique a toujours porté leurs performances à l’écran. Que l’on se souvienne de la réparation de la Cadillac dans Le Corniaud, sur le tempo de La Denza de Rossini, directement inspirée par la scène du barbier du Dictateur. Leurs filmographies respectives abondent de séquences dansées – et avec quel talent! Tandis que Charlie fait la nique à Philippe Candeloro dans Les Temps modernes, Louis fait basculer Rabbi Jacob dans une autre dimension.

Oscar et César tardifs

Chaplin a dû attendre l’âge de 82 ans pour recevoir enfin un Oscar d’honneur à Hollywood en 1972. De Funès n’avait "que" 65 ans, le 2 février 1980, lorsque Jerry Lewis lui a remis un César "pour l’ensemble de son œuvre". Il ne lui restait alors que deux films à tourner, avant de s’éclipser.

 

1. Histoire de ma vie, par Charlie Chaplin, 25 euros, éditions Robert Laffont.

Quand l’univers funésien inspire la mode

De Funès et la mode ? A priori, le lien ne saute pas aux yeux. Sauf pour Nora Ferreira. Fascinée par l’utilisation des costumes et des accessoires dans les longs-métrages de la star, la directrice du musée Louis-de-Funès de Saint-Raphaël initie un partenariat avec l’école Duperré.

"Lorsque j’en ai parlé aux enseignants, ils ont été enchantés, confesse Etienne Périn, responsable de la communication du prestigieux établissement parisien. Tout comme nos étudiants. Une dizaine d’entre eux, qui préparent un Diplôme supérieur d’art appliqué (DSAA, Bac + 5), se sont lancés dans l’aventure avec enthousiasme".

"Nous avons travaillé sur le lien entre la mode et le cinéma, le rapport au mime, à la posture, à l’attitude, précise François-Xavier Hérody, coordinateur du DSAA. Il ne s’agit évidemment pas de reproduire les costumes des films, mais de nous inspirer des univers déployés. Par exemple, L’Aile ou la cuisse amène une réflexion graphique sur la junk-food. Un étudiant va imaginer un modèle sur l’idée du hachoir. "

Pour le professeur, "tout cela véhicule de la tendance, des préoccupations sociétales. La mode capte l’air du temps, tout comme les films de Louis de Funès. Si l’on décrypte ses comédies, on devine en filigrane des préoccupations esthétiques très actuelles. " Les premières créations seront exposées dans la cité varoise à partir du printemps prochain.

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