“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Le réalisateur varois Paul Vecchiali se livre sans langue de bois sur une vie de cinéma hors normes

Mis à jour le 16/09/2019 à 15:36 Publié le 16/09/2019 à 18:00
à 89 ans, ce réalisateur majeur du cinéma français continue de produire ses films en toute indépendance, faisant de lui un des derniers rebelles du milieu.

à 89 ans, ce réalisateur majeur du cinéma français continue de produire ses films en toute indépendance, faisant de lui un des derniers rebelles du milieu. Photo Jonathan Trullard

Le réalisateur varois Paul Vecchiali se livre sans langue de bois sur une vie de cinéma hors normes

Réalisateur foncièrement libre, il tourne depuis plus de soixante ans en toute intimité. Dans sa villa du Plan-de-la-Tour dans le Var, cet anarchiste nous plonge avec lui dans une vie de cinéma hors norme, entre anecdotes délirantes et grand déballage, alors qu’il termine son 30e long-métrage.

Quand on lui parle de sa marginalité dans le cinéma français, il nous interrompt tout de suite: "Je ne suis pas à la marge! Je ne suis même pas dans le cahier…"

À 89 ans, Paul Vecchiali ne manque pas de lucidité. Il nous reçoit pour déjeuner dans sa demeure du Plan-de-la-Tour, la villa "Mayerling", du nom du film dans lequel jouait en 1936 son idole, Danielle Darrieux.

À peine arrivé, il s’avoue contrarié du retard que prend la post-production de Un soupçon d’amour, son nouveau film qu’il a tourné dans le coin, en juin dernier.

Plus productif que jamais, le cinéaste en est à son 30e long-métrage et ne semble pas vouloir perdre de temps à se reposer.

Ni lui ni ses films ne sont très connus en France, ni même dans son village. Paul Vecchiali est pourtant considéré dans le monde entier comme un cinéaste majeur, l’un des derniers représentants du style Nouvelle Vague.

Outre ses longs-métrages, sa carrière est faite de dizaines de téléfilms et de courts-métrages, mais aussi de romans, de pièces de théâtre ou d’autres écrits. Et on en oublie sûrement encore beaucoup.

formé à polytechnique

Rejoints par Malik, son mari, nous nous installons à table pour un résumé de cette existence, dans les contre-allées d’un milieu qu’il "déteste". Le cinéaste se souvient de tout avec une précision effarante et, au travers de son récit, affiche sa sentimentalité comme son esprit farouchement indépendant.

Fils d’institutrice et de capitaine, il naît à Ajaccio en 1930, puis grandit à Toulon, "sa ville", où il découvre le cinéma avec sa tante.

À six ans, il voit Mayerling trois fois de suite, le film lui donne envie de travailler avec Danielle Darrieux. Sa mère le prend au sérieux mais, prudente, lui demande de faire des études avant tout.

Il s’exécutera en rentrant à l’école Polytechnique bien des années plus tard. Le réalisateur s’étend sur son premier amour, à treize ans. Quatre années avec Marguerite, une "fée blonde aux yeux bleus", avant de la perdre de vue pendant soixante-dix ans.

"Une histoire de fou" qui lui inspirera son film "Le Cancre" en 2016, avec Catherine Deneuve.

Le réalisateur décrit son enfance "idéale", une "bulle de morale, de vérité et d’affection".

Viendront ensuite les études et des passages par plusieurs villes. Avant Paris, Marseille, une ville "malsaine" qui l’a étouffé, puis Nice, qu’il aimait avant les transformations, qu’il juge avec sévérité comme "horribles", du centre-ville.

Une fois diplômé, il partira en Algérie combattre plus de trois ans. Sans armes sur lui, il n’a jamais eu peur, "jamais de ma vie, explique-t-il, je ne sais pas ce qu’est la peur".

autodidacte dans le 7e art

À son retour en France, Paul autoproduit, avec ses économies, son premier film, Les petits drames. Il rencontre Danielle Darrieux, qui accepte de jouer pour lui. Mais les rushes se perdent, et le projet ne verra jamais le jour.

Fataliste, il enchaîne sur un court-métrage: "La vie est éphémère… Dans cent ans, mes films n’existeront plus alors il ne faut pas sacraliser les choses…", conclut-il, paisible.

Malik apporte la salade qu’il nous a préparée, pêches tomates à la menthe. La douceur de l’homme en dit long sur la place qu’il tient aux côtés du cinéaste. Depuis leur emménagement dans cette villa en 2006, Paul tourne la plupart de ses films dans cette maison, avec des budgets parfois dérisoires. Quand on lui demande si le rythme effréné de Paul ne l’épuise pas, Malik répond du tac au tac en souriant: "C’est quand il n’est plus à ses projets que ça peut être difficile…"

Dans sa chemise à motifs bleus, le réalisateur reprend le fil de sa vie et passe en revue ses bides du début, sa période porno et son amitié avec Jacques Demy. Ses premiers succès aussi – Corps à cœur en 1978, Rosa la rose en 1985 – ou ses conférences avec Pasolini.

Il retrace son chemin sur les routes les plus indépendantes du 7e art, se décrivant comme un « chercheur ». Il dit cependant n’avoir jamais mis de côté sa vie privée, "je suis un vivant", affirme-t-il, assurant jusqu’à "dix mille conquêtes".

La télévision quant à elle, lui a permis de gagner de l’argent, de se faire "des couilles en or même". Mais il vivra ses dizaines de refus d’avances sur recette pour ses films comme des "injustices", et les tournera à la dérision dans à vot’ bon cœur, présenté au festival de Cannes en 2004.

C’est dans sa villa du Plan-de-la-Tour que le cinéastea tourné la plupart de ses quinze derniers films,par soucis d’économies.
C’est dans sa villa du Plan-de-la-Tour que le cinéastea tourné la plupart de ses quinze derniers films,par soucis d’économies. Photo Jonathan Trullard

Un éternel insoumis

Il nous parle de ce milieu du cinéma fragile financièrement, "où les gens se défendent comme ils peuvent en oubliant les principes moraux essentiels". Quand on lui demande s’il s’agit de sa famille, il répond sans mal: "Non, je n’en fais pas partie. En France, les gens m’ignorent, je n’existe pas pour eux…"

Il ne se dit pas rancunier pour autant, ni sûr de lui, mais certain en revanche de ce qu’il fait. Paul Vecchiali l’insoumis donc. Le rebelle, le franc-tireur, le provocateur. Celui qui n’a jamais accepté de dévier de sa ligne, quitte à être détesté, quitte à être solitaire.

"Dans le cinéma, il faut se démerder seul, m’avait dit Demy et c’est vrai, on est toujours seul quand on dit “moteur”", raconte-t-il.

Il admet cependant avoir parfois perdu confiance dans le métier, voire en lui-même.

"Heureusement des soutiens comme Godard ont compensé", se souvient-il. Face aux difficultés, il décidera d’arrêter le cinéma à la fin des années 1990, il vend Diagonale, sa boîte de production, sorte de coopérative, qui faisait traiteur également (oui…), et redescend vivre dans le Sud. Il se lance alors dans l’écriture d’un titanesque dictionnaire subjectif sur le cinéma des années 1930 qu’il intitule L’Encinéclopédie et qui lui prendra dix ans de travail.

Un producteur atypique

"Vecchiali est un cinéaste à part entière, secret, qui s’inscrit dans le sillon de la Nouvelle Vague mais qui a formé une autre bande autour de lui", explique Mathieu Macheret, critique cinéma au Monde.

Car si le cinéaste parle de la solitude, il a aussi su créer sa propre famille, comme une sorte de troupe. Car Vecchiali produisait non seulement ses films, mais aussi ceux des autres. Ses plans de tournages révèlent une organisation cadrée, avec peu de prises, optimisant le temps et l’argent. Mais aussi l’espace, tournant fréquemment à la maison, "pratique pour descendre en pyjama".

Tournage en juin, à Sainte-Maxime,  du film Un soupçon d’amour, avec Marianne Basler.
Tournage en juin, à Sainte-Maxime, du film Un soupçon d’amour, avec Marianne Basler. Photo Jonathan Trullard et DR

"C’est un déterminé, il sait ce qu’il veut et fait les choses très vite, quitte à paraître impatient", explique Vincent Commaret, son monteur depuis huit ans.

"Les gens me craignent pour ce que je représente dans le cinéma, cette figure du producteur différent des autres… Implicitement, je dérange…", analyse le réalisateur. Malgré sa confidentialité dans l’hexagone, des dizaines de rétrospectives lui sont consacrées dans le monde, comme au Japon ou au Brésil récemment.

Une renaissance dans les années 2000

En 2002, quand la cinémathèque française lui consacre une rétrospective, Danielle Darrieux le convint de reprendre le chemin des plateaux.Après cinq années de pause, il retrouve donc la caméra.

On est en 2003 et démarre le second chapitre de sa carrière.

Il ne tournera jamais autant depuis: "Deux films “jumeaux” tous les deux ans", explique-t-il en riant, soit quinze films en moins de vingt ans.

Il inscrit "antidogma" dans ses génériques à présent, pour bien rappeler son indépendance face à tout dogme, face à toute école, au cas où on en douterait encore.

Aujourd’hui, il utilise les nouvelles technologies, filme parfois à l’iPhone, et s’est entouré de deux fidèles acteurs, Pascal Cervo et Astrid Adverbe, "ses enfants".

Astrid Adverbe l’a elle-même sollicité pour jouer avec lui.

"Ses films m’étaient très chers. Lorsque j’ai entendu Paul à l’occasion d’un débat, la solitude qu’il exprimait m’a émue, je lui ai écrit. Une semaine après il m’appelait pour me proposer de jouer dans Retour à Mayerling avec Edith Scob", raconte l’actrice.

Pas fatigué de ses quelques heures de conversation, Paul propose de nous lire la dernière page de l’autobiographie qu’il vient de terminer: "Viendra le matin où mes ressources seront épuisées, ce matin-là, les écrans seront éteints…", commence l’auteur.

En l’écoutant lire, on se dit que la vie de cet homme pourrait inspirer un biopic. Ému, nous lui demandons pour finir ce qu’est le cinéma au juste pour lui. Et sa réponse est à l’image de notre entretien: "La vie, en résumé…"


son parcours

1930
Naissance à Ajaccio.

1955
Il sort diplômé de l’école Polytechnique.

1961
Il autoproduit son premier film, Les petits drames, dans lequel apparaît son idole Danielle Darrieux mais les rushes se perdent.

1976
Il fonde Diagonale, sa maison de production.

1978
Sortie de Corps à cœur, un de ses plus grands succès

2004
Il revient au cinéma après une pause de cinq ans et sort son film à vot’ bon cœur.

2015
La société Shellac, découvre le cinéaste, distribue ses nouveaux films en salles et sort une rétrospective DVD de son œuvre.

2016
Le Cancre, avec Catherine Deneuve, est sélectionné au festival de Cannes.


Pour aller plus loin

Son nouveau roman, Une âme sans peine vient de sortir aux éditions du Lys Bleu. 15,20 €.
Plusieurs de ses films sont toujours disponibles en DVDs chez Shellac, notamment dans deux coffrets rétrospective (19,90 € chacun).
www.shellac-altern.org

Le cinéaste en termine actuellement le montage
Le cinéaste en termine actuellement le montage Capture d'écran

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.