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"Le cinéma pour acte de résistance", selon Roland Joffé, président du jury aux Rencontres Cinématographiques de Cannes

Président du jury aux Rencontres Cinématographiques, le réalisateur palme d’or de « Mission », mais aussi « La déchirure » ou « La cité de la joie » reste fidèle à un cinéma intelligent et engagé.

Alexandre Carini Publié le 24/11/2021 à 16:00, mis à jour le 24/11/2021 à 16:36
Roland Joffé à l’hôtel Splendid. Le cinéaste souhaite aussi créer en série une nouvelle adaptation du "Bossu""qui traite aussi de beauté et de l’avidité, et que je veux tourner en France". (Photos A. C.et DR)

Cup of tea à l’anglaise, mais Français quasi parfait. Roland Joffé n’est pas du genre Brexit, à l’heure de présider le jury des 34es Rencontres Cinéma de Cannes. Il faut dire aussi que le réalisateur british a de quoi être aimable avec la Croisette. Celle-ci l’a consacré dès son deuxième film, en lui décernant la palme d’or pour le magnifique Mission en 1986. Dans le nouveau monde du XVIIIe siècle, l’alliance improbable d’un prêtre catholique (Jeremy Irons) en crise de foi vis-à-vis de ses supérieurs pour la conquête et l’évangélisation des terres indigènes, et d’un ancien mercenaire esclavagiste (Robert De Niro) qui prête son bras armé, au service de sa rédemption.

"C’était aussi une lutte des idéologies (et des croyances) avec des gens qui peuvent tuer pour imposer leur irréalité. La colonisation a été à la fois porteuse de beauté et de destruction pour les indigènes." Sur une musique sublime d’Ennio Morricone, un triomphe public et critique, paradoxalement lourd à porter. D’autant plus que le cinéaste "débutant" avait déjà raflé trois Oscars pour son premier film, La déchirure.

"Oui, j’ai sans doute eu trop de succès, trop vite, trop jeune, concède l’intéressé, enfui en Italie sitôt la cérémonie cannoise finie. Après, les gens attendaient toujours le même film alors que j’ai voulu changer d’idées et de style, quitte à dérouter les critiques."

 

Un cinéma exigeant et divertissant

Pour autant, Roland n’a pas son pareil pour mêler le destin individuel de ses personnages, soudain extraordinaire, à un contexte social, géographique et historique qui les dépasse. Et tant pis si sa vision à lui ne correspond pas toujours aux canons des studios hollywoodiens. "Pour La cité de la joie (sur la misère des enfants dans les rues de Calcutta), ils ont voulu américaniser à tout prix l’histoire. La seule chose que j’ai faite, c’est montrer ce chirurgien américain (Patrick Swayze) complètement perdu en Inde!", sourit ce diable d’Anglais. Au fils des années, et parfois des insuccès, le cinéaste est resté fidèle à sa ligne de conduite, en faveur d’un cinéma aussi exigeant que divertissant. Même si l’époque est davantage aux films "pop-corn" à surenchère d’effets spéciaux et séries "kleenex" pour plateformes et plateaux-repas TV.

"Je suis d’une génération sans doute plus engagée, avec l’idée que le cinéma ne doit pas seulement être pur entertainment." La preuve avec son prochain projet, Le Maestro, sur un orchestre qui utilise la musique pour instrument de résistance et rame de survivance dans les camps de concentration nazis. "La musique permet aux prisonniers de réaffirmer leur existence là où elle est niée, mais au-delà, j’aime l’idée de l’art comme acte de résistance." À sa façon, Roland Joffé en est la parfaite incarnation.

Casting de choc... et de charme !

Tout au long de sa carrière, Roland Joffé a su convaincre les meilleurs acteurs de figurer au casting. Le plus impressionnant? "Demi Moore, (amoureuse d’un pasteur dans l’Amérique intolérante et puritaine du XVIIe dans Les Amants du nouveau monde), elle a fait un travail subtil et est bouleversante d’humanité."

Sur le plateau de Mission, "Robert de Niro devait d’abord comprendre les émotions de son personnage avant d’entrer dans la mise en scène, tandis que Jeremy Irons devait entrer sur le plateau pour trouver son personnage. À moi de concilier les deux!"

Pour Vatel, présenté hors compétition et en ouverture du Festival de Cannes en 2000, Roland Joffé s’est délecté du talent gargantuesque de l’ogre Depardieu.

"Gérard, c’est un grand, un peu perdu, mais j’aime son appétit de vie. Il a aussi un côté enfant, soudain investi d’un pouvoir énorme, alors qu’il veut seulement qu’on l’embrasse. Et si la France ne l’embrasse pas assez, il se laisse étreindre par Poutine... Quant au personnage de Vatel, ce cuisinier sous Louis XIV qui a fini par se suicider, il est pour moi à l’image de tout artiste qui doit travailler pour le pouvoir: un innocent qui n’accepte pas le cynisme des puissants et leurs intrigues de Cour... Comme moi à Los Angeles!"

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