"Le cinéma, ça fait des connexions", Jodie Foster se confie au Festival de Cannes

Mardi sur grand écran, pendant la cérémonie, sa vie a défilé en raccourci. Le temps de vérifier que Jodie Foster l’a bien remplie. Retour en force, quarante-cinq ans après Taxi Driver.

PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCK LECLERC Publié le 07/07/2021 à 19:30, mis à jour le 07/07/2021 à 19:29
Jodie Foster. Photo Sébastien Botella

Salon des Ambassadeurs, hier après-midi. Jodie Foster a peu dormi; elle irradie. Dans son dos, Spike Lee roule des yeux malicieux sur l’affiche du festival. Comme un clin d’œil à la Palme d’Or d’honneur qui trône sur la table basse. L’actrice et réalisatrice américaine, dans un français parfait, se remet doucement de ses émotions.

Mardi, c’est vous qui avez rendu un bel hommage au cinéma. En quoi le 7e Art aura-t-il été votre "bouée de sauvetage" pendant cette pandémie?

Le cinéma, ça fait des connexions entre les êtres humains. Dans un moment de grand isolement, on oublie un peu ce que sont les relations. Et pour moi, qui suis d’un tempérament plutôt solitaire, dans une salle de projection, je trouve qu’il est possible d’approfondir et de partager les émotions. En s’ouvrant à une expérience d’une façon que l’on ne peut pas connaître autrement.

Vous partagez l’affiche de Désigné coupable avec l’acteur français Tahar Rahim. Là aussi, une connexion?

 

Et de l’admiration. Quand je l’ai vu dans Le Prophète, je me suis dit: voilà vraiment quelqu’un avec qui je voudrais faire un film. J’ai hurlé de joie, quand on m’a dit que nous allions travailler ensemble. Et vous verrez, il est magnifique. Pour moi, c’était un cadeau de me trouver sur le plateau avec lui, quand il donnait une performance. Pour supporter (mais je crois que vous ne dites pas ça, en français?) un acteur qui, au top de sa carrière, essaie d’atteindre quelque chose de tellement intime et merveilleux…

Pour accepter un film, il faut, dites-vous, que le sujet vous obsède. Ici, l’injustice. Et Guantánamo, que Barack Obama n’a pas réussi à fermer. L’un de ses grands regrets.

L’un de ses grands regrets, oui, je l’espère. Et j’espère surtout que Joe Biden, qui faisait partie de cette administration, parviendra à fermer enfin ce camp.

La parenthèse Trump a-t-elle, selon vous, abîmé l’Amérique?

On ne sait pas. Mais ce que l’on sait, aujourd’hui, c’est que la démocratie est fragile. Elle n’est jamais acquise. Il faut la protéger.

 

Ce en quoi Spike Lee est un excellent choix pour le jury?

Super bon choix! Et quelle carrière magnifique. Quand j’ai vu, lors de la cérémonie d’ouverture, le film que l’on a fait en raccourci pour retracer son œuvre: sublime.

Le vôtre n’était pas mal non plus… L’avez-vous bien vécu?

Le mien était plutôt une succession de photos. Des images arrêtées, des images de ma jeunesse. J’avais l’impression de me voir grandir. Ce qui m’a touchée, aussi. C’est génial de se revoir et de pouvoir se dire: qu’est-ce que j’en ai fait, des choses! Quand on vit, on n’y prête pas attention, on fonce vers le futur. Et je suis quelqu’un qui ne regarde pas tellement en arrière. Alors ce raccourci, c’est nostalgique, bien sûr, mais en même temps, c’est inspirant. Je me dis que j’avais la force de le faire à l’époque et qu’aujourd’hui encore, je continue.

Alors que, longtemps, on vous disait que c’en serait fini à quarante ans?

C’est ce que ma mère me répétait. Au début, elle disait même que j’arrêterais de tourner à dix-huit ans.

Sur ces premières images, pour Taxi Driver en 1976, votre résolution saute aux yeux. Quel souvenir en gardez-vous?

 

Pour moi, j’étais juste excitée. Ce qui était né en moi, c’était une volonté de faire surtout des films qui aient un sens. Qui touchent les gens. Des films importants. La science-fiction ou la comédie, ça ne m’intéressait pas trop. Alors pour moi, qui étais fan de Mean Streets et qui avais déjà fait Alice n’est plus ici avec Scorsese, être partie prenante, c’était énorme. Oui, appartenir à cette communauté, avec aussi Coppola, De Niro, Paul Schrader. Tous ces gens des années soixante-dix: l’âge d’or, chez nous, pour le cinéma.

Que vous a enseigné ce parcours intense? En quoi a-t-il changé vos inclinations ou renforcé votre passion?

Je sais que le meilleur moyen de faire un bon film, c’est d’en faire un qui me touche. Et je sais que le meilleur moyen d’en rater un, c’est de faire ce que l’on croit que le public attend. C’est un peu l’erreur que font les réalisateurs quand ils sont un peu jeunes dans le métier.

Vous avez souvent évoqué la place des femmes dans le cinéma. La situation s’est-elle améliorée?

Ah oui! Quand j’ai commencé, c’est simple, il n’y en avait pas. Personne! La femme qui jouait ma mère, la maquilleuse, la scripte et c’était tout. Le début de la féminisation a été super pour les hommes. Qui, auparavant, se sentaient complètement isolés. Comme à la guerre. Ce n’était pas sain. L’arrivée des femmes sur les plateaux a vraiment changé en bien. Même s’il a parfois été difficile, sur le moment, pour certains hommes, de s’en accommoder.

Et vous y avez pris votre part?

Oui, peut-être, mais je dois dire que j’ai été soutenue, aidée, par des hommes qui se sont comportés comme l’aurait fait mon propre père. Des hommes qui savaient que je connaissais le cinéma, que j’étais intelligente… et que je serais à l’heure. Un grand privilège que d’autres femmes n’avaient pas.

 

Lors de la cérémonie, vous avez évoqué Alexandra, votre "partenaire de pyjama". Une façon de faire avancer les idées?

Je ne sais pas. C’est naturel.

Vous avez tourné avec Chabrol, Jeunet… Un autre projet?

Je le dis toujours: j’adorerais faire encore une fois un film en français. C’est une grande joie, même si c’est difficile. Encore un défi. Mais je n’ai pas de projet précis, non. Audiard, j’aimerais. Ozon aussi.

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