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José Garcia à Monaco : "Les étiquettes, je les décolle à la sueur!"

Mis à jour le 08/10/2019 à 11:27 Publié le 08/10/2019 à 18:30
"Serge Beanmou, c'est un personnage bourré de failles. C'est ce qye j'aime. Je le suis aussi."

"Serge Beanmou, c'est un personnage bourré de failles. C'est ce qye j'aime. Je le suis aussi." Photo Jean-François Ottonello

José Garcia à Monaco : "Les étiquettes, je les décolle à la sueur!"

Présent à Monaco pour les Influencer Awards, l’acteur de La Vérité si je mens ! évoque son côté trublion, son métier et les réseaux sociaux

C’est inconscient. Quand on cause avec José Garcia, difficile de ne pas penser à son rôle caricatural de Serge Benamou dans La Vérité si je mens! Ou à ses mimiques exagérées, grimé en Sandrine Trop Forte, lors d’un sketch devenu culte, aux côtés de son acolyte Antoine de Caunes, dans Nulle Part Ailleurs. Déjanté et exubérant, ce rôle de trublion de la petite lucarne et du grand écran lui sied à merveille. "Les étiquettes, je les ai décollées à la sueur", confie-t-il.

À l’aise également dans les films dramatiques, l’acteur français était présent à Monaco ce week-end pour la 2e édition des Influencer Awards, un événement qui récompense ceux qui ont fait des réseaux sociaux leur terrain de jeu professionnel. Un univers qui le fascine, qu’il découvre à peine. Entretien.

José Garcia aux Influencer Awards, qui l’eut cru ?
Je suis réellement fasciné par ce nouveau monde que sont Instagram et les communautés qui en découlent. On a là de jeunes générations qui, avec leurs passions et leurs millions d’abonnés, ont un vrai pouvoir de décision et une force d’influence. Ça génère des envies, des annonceurs. Je découvre cet univers. Je suis encore à côté de la plaque, j’ai voulu faire une story, j’ai filmé mes pompes (rires). La différence entre le cinéma et Instagram, c’est que l’on peut être suivi par 10 000 personnes mais avoir 4 personnes au film. Entre le suiveur et celui qui se déplace, il y a deux mondes différents.


Quelle utilisation faites-vous des réseaux sociaux ?
Jamais de choses privées. C’est toujours pour faire rire les gens, me marrer. Je ne suis pas tout le temps dessus car c’est chronophage. Il y a une forme d’addiction. Si on commence à trop s’impliquer là-dedans, il y a une partie de la vie privée qui n’a plus son sens. Sur Instagram, on partage une image, de la passion, du luxe ou des choses plus terre à terre. Dans cette niche, le partage est mondial. Il y a quelque chose de savoureux là-dedans. C’était très difficile de le faire sur d’autres réseaux comme Twitter où il y a une partie de gens haineux. C’est un peu trop violent. Dès qu’on fait une faute d’orthographe, qu’on publie un message, on se fait insulter.

"On ne peut plus continuer comme ça"


De nos jours, on pourrait refaire une émission comme Nulle part ailleurs ?
Je ne pense pas (rires). On a eu un tas de procès. Rien qu’en faisant des conneries, on avait des lettres d’attaques. Mais à cette époque-là, il y avait le courage d’une chaîne qui nous protégeait.


Et encore, il n’y avait pas les réseaux sociaux…
Exactement. Tout le monde parle de la liberté d’expression. Si les mecs étaient d’accord, on mettrait la carte d’identité sur les réseaux sociaux. La moitié des gens haineux, s’ils avaient leur adresse publiée, ne pourraient plus la ramener. Bien caché, on changerait le monde. Ca va venir. On ne peut plus continuer comme ça.

"Je suis allé à l’école
de chiens guides pour aveugles"


On connaît le José Garcia trublion, mais qui est le José Garcia de tous les jours ?
C’est quelqu’un qui est asservi par le sport, le travail. Pour faire le trublion, il faut être extrêmement discipliné. Là, ça fait un mois que je suis en préparation pour un film de Tarek Boudali. Je veux coller au personnage, je suis à la diète, au sport, à la boxe. Tout cela pour très peu de temps.


Dans Chamboultout, vous jouez le rôle d’un non-voyant. Voit-on la vie différemment ?
On apprend, on redécouvre. La chance que l’on a, en tant qu’acteur qui joue des rôles divers et variés, c’est qu’on touche au monde de la perception. Le monde des non-voyants est très impressionnant. On n’a plus l’image – ce qui est donc l’inverse d’Instagram – mais l’écoute. L’une des perceptions qui est le plus en manque… Surtout chez les politiques (rires).


Comment se prépare-t-on à un tel rôle ?
Je suis allé à l’école de chiens guides pour aveugles, je passe du temps avec les gens, je comprends comment cela marche, je me balade tout seul avec une canne dans une ville. On comprend vite comment celle-ci peut être un obstacle, à l’instar de Paris. Trop de choses ne sont pas du tout adaptées. C’est de pire en pire. En voulant en faire une ville verte, on en fait une ville avec des obstacles. ça va être de plus en plus difficile pour les personnes handicapées et âgées d’aller d’un point à un autre. Sortir dans la rue devient cauchemardesque avec les trottinettes, les appareils électriques qu’on n’entend pas. Une vraie jungle urbaine.

"Je suis arrivé
à chauffeur de salle
car je crevais la dalle"


L’étiquette trublion vous a-t-elle pesé ?
Vous savez, les étiquettes je les décolle à la sueur. Avant j’étais au chômage, ensuite trublion, puis je suis devenu acteur. Tant que ça va dans ce sens-là, ça va.


Quel est le cheminement pour passer de chauffeur de salle à Nulle Part Ailleurs à acteur reconnu?
J’ai fait beaucoup d’années de théâtre et j’étais au chômage. Je suis arrivé à chauffeur de salle car je crevais la dalle. Il faut toujours se remettre en question, être présent et concentré, travailler, s’ouvrir aux autres.

"Le monde d’aujourd’hui est aseptisé, contrôlé, maîtrisé."


Un jour, au Cours Florent, vous étiez arrivé en uniforme militaire. Tout le monde pensait à une descente. Plus tard, vous disiez : "Toute ma vie, je l’ai passée comme ça : être jugé très vite"...
À l’époque, j’étais à l’armée. On faisait les trois jours de service militaire et il y en a plein qui n’y étaient pas allés. Ils ont cru qu’il y avait une descente de l’armée pour les embarquer dans le camion. J’ai longtemps été un homme aprioriste. Avec le temps, avec l’âge, j’ai appris à ne plus juger qui que ce soit. Être aprioriste, c’est ce que les gens font le plus vite.


Vous êtes un amoureux du cinéma italien des années soixante. Pourquoi ?
Pour la souplesse et la fantaisie des acteurs. Le monde d’aujourd’hui est aseptisé, contrôlé, maîtrisé. On n’a plus le droit de dire quoi que ce soit. Le gros manque qui est très difficile à avoir : c’est l’insouciance. Si vous faites un personnage insouciant, les gens vous regardent et vous disent : "Allons quand même, l’Amazonie est en train de brûler". Être quelqu’un d’insouciant donne l’impression d’un mec qui n’en a rien à foutre, de cynique. Le film Joker sort dans quelques jours et explique très bien cela.
Quand j’étais gamin, les clowns faisaient sourire les enfants. Aujourd’hui, dès qu’ils arrivent, tout le monde se barre en courant. C’est très symptomatique de notre époque : les gens commencent à avoir peur de ce qui les faisait rire.

"Instagram, c'est le narcissisme par excellence"



Vous alternez le drame et la comédie. Vous disiez un jour : "Les défauts et les failles des gens sont les plus belles choses à valoriser". C’est-à-dire ?
On est tous bourrés de failles et on aime tous se montrer sous son meilleur jour. Instagram est extraordinaire pour cela. Vous avez des filtres, vous avez des effets pour vous creuser les joues, vous avez le temps de préparer votre photo. C’est le narcissisme par excellence. Mais dans la vie, personne n’est comme ça. J’adore cette définition : "Un ami c’est quelqu’un qui vous connaît et reste votre ami."
Ce qui me fait rire, c’est que vous ayez des défauts. Le drame et la comédie, c’est comme la vie. Vous vous levez le matin, vous avez les boules car vous perdez quelqu’un. Deux heures après, vous riez pendant l’enterrement car un souvenir vous revient en tête. On est fait de drames, de joies et de peines.

Comme pour l’enterrement de Philippe Gildas et la fameuse blague d’Antoine de Caunes…
Celle-là était magnifique. C’est l’agilité du gars [Antoine de Caunes, ndlr] à poser le truc à la dernière minute. Il savait que j’allais être dans un timing très serré, que j’allais rentrer très tard, que ma mère partait à l’hôpital et qu’en sortant de l’hôpital, je n’avais toujours pas l’adresse de la cérémonie. Et là, il me l’envoie en me disant que c’est un dress code blanc.
Je savais que Philippe et Maryse s’habillaient toujours en clair. Je suis arrivé au Père Lachaise et là j’ai vu tout le monde habillé en noir (rires). On s’est bien marrés.

"C’est un personnage bourré de failles. Je le suis aussi."


La Vérité si je mens! Les débuts sort bientôt au cinéma. De bons souvenirs en perspective ?
Ce film a été très important dans le sens où ça a été une chance pour nous, acteurs. Grâce à cette saga, on a travaillé tout le reste de notre vie. J’espère que ça portera chance à ces jeunes acteurs, qu’ils pourront travailler toute leur vie. Ce rôle de Serge Benamou est un cadeau du ciel. Thomas Gilou m’avait proposé un autre rôle. Mais je voulais celui-là. C’est un personnage bourré de failles. C’est ce que j’aime. Je le suis aussi. 


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