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"Je hais les comédies françaises": les confidences de Jean-Pierre Jeunet, de passage dans le Var

Invité pour la projection d’Amélie Poulain à Cavalaire, le cinéaste touche de nouveau les étoiles avec BigBug sur Netflix avant une série adaptée d’un best-seller de Valérie Perrin.

Laurent Amalric (lamalric@nicematin.fr) Publié le 27/07/2022 à 15:21, mis à jour le 27/07/2022 à 13:52
Le réalisateur joue les capitaines Haddock dans la marina cavalairoise. Photo Jean-Marc Rebour

Lorsqu’il est loin du business parisien, Jean-Pierre Jeunet n’aime rien tant que de rallier sa résidence dans le Luberon. À quelque deux heures de route du Var et d’un cinéma posé sur un port, façon Cité des enfants perdus. C’est ainsi dans le cadre des Toiles de Cavalaire que le réalisateur à portée internationale est venu débattre autour du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Son succès absolu, avec 32 millions d’entrées dans le monde, 21 ans après sa sortie. À ses côtés, Liza Sullivan rencontrée alors qu’elle était première assistante sur son film U.S., Alien, la résurrection. Une Américaine charmante qui a fui la furie des studios pour devenir professeur de yoga en Provence. Elle raconte, amusée, comment elle enseigna, durant l’été 1984, la planche à voile à la plage Les Bronzés de Pampelonne, pendant que son compagnon prend la pose façon Capitaine Haddock pour la séance photos sur le port...

Vous croulez sous les invitations de festivals. Pourquoi un "oui" à celui-ci?

Outre le fait de résider non loin dans le "Colorado provençal", je pensais aussi saluer mon ingénieur du son depuis Delicatessen, qui vit à Hyères. Et puis j’aime la Côte d’Azur. Au début des années 1970, à 17 ans et loin d’être metteur en scène, j’allais en Corse en bateau avec des copains au départ de Nice. Arrivant à la gare, j’avais dit, un jour je tournerai dans cette ville. Des années plus tard, j’ai fait le film Chanel n°5 avec Audrey Tautou à la gare de Nice! Des anecdotes comme ça, j’en ai des tonnes [Il a sorti l’an dernier le livre Je me souviens... 500 anecdotes de tournage, ndlr].

 

La cote d’Amélie toujours intacte?

Plus que ça! Le film a été projeté au Cinéma à la plage du Festival de Cannes pour ses vingt ans. Tout le monde n’a pas pu rentrer! Récemment, je suis passé au Café des 2 Moulins [célèbre lieu de tournage du film, ndlr] et les photos souvenirs n’arrêtent pas!

Comment se fait-il que la mayonnaise n’ait pas pris avec Micmacs à tire-larigot dont l’approche était assez similaire?

Les étoiles n’étaient pas alignées... À cette époque, trois comédies sont sorties en même temps et voir Dany Boon chez moi a désorienté une partie du public. Le pire c’est que Michael Jackson a eu le mauvais goût de mourir et This Is It nous a piqué toutes les grandes salles! Après je ne dis pas que c’est mon meilleur film, même s’il devient culte en Angleterre... Ce n’est pas illogique. Moi de mon côté, je hais les comédies françaises. Je n’ai jamais pu voir Les Bronzés en entier, pas plus les Gérard Oury... Ma culture, ce sont les Monty Python, Mr Bean, etc.

Le film a tout de même contribué à faire "découvrir" Juliette Armanet...

 

(rire) Oui c’est marrant, personne n’a percuté [le film date de 2009, elle a percé en 2017, ndlr], mais elle apparaît effectivement en train de chanter dans le métro (il entonne) La Môme caoutchouc.

Comment se comporte BigBug, votre comédie SF, depuis sa sortie sur Netflix en février?

Personne n’en voulait en France car c’était trop décalé. Eux, m’ont laissé une totale liberté et ont même gonflé le budget! Après, la plateforme n’aime pas trop qu’on communique sur les chiffres... Tout ce que je peux vous dire c’est que ça cumule trente fois ce que l’on aurait fait en salles. Au maximum 400-500.000 entrées si ça c’était bien passé. Faites le calcul. C’est vertigineux!

Le débat entre sorties en salle et sur plateforme est-il dépassé?

Il n’y a plus qu’en France que ça existe! Le monde change. Il faut s’adapter. Cannes n’en veut pas OK. Mais d’un autre côté Thierry Frémaux est ravi de montrer Roma ou le Jane Campion dans son autre festival Lumière à Lyon.

La restauration Blu-ray 4K de La Cité des enfants perdus autorise-t-elle une nouvelle vie à ce chef-d’œuvre de 1995?

Oui, il y aura une ressortie dans le circuit "art et essai" et il sera inclus dans un coffret prestigieux Sony Classics aux États-Unis. À sa sortie, on s’était fait dézinguer et pour l’ouverture de Cannes, comme m’a dit le producteur Daniel Toscan du Plantier, je me suis senti comme un lapin le jour de l’ouverture de la chasse! (rire)

 

L’histoire avec Netflix pourrait-elle déboucher sur une série?

J’ai un beau projet en train de se signer. Ce sera l’adaptation du best-seller Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Un portrait de femme magnifique [l’histoire de Violette Toussaint, garde cimetière dans une petite ville de Bourgogne, ndlr] que je prévois en quatre épisodes. Ce sera dans un style plus réaliste, façon Un long dimanche de fiançailles. Cet été je l’écris. Ensuite, bien sûr, il faut qu’une plateforme soit intéressée.

Vous voyez-vous une descendance artistique?

Non, mais il y a beaucoup de gens qui s’en inspirent! Le père Guillermo del Toro récemment ne s’est pas gêné avec la scène de la baignoire piquée à Delicatessen. Il m’a répondu: "Mais non, toi et moi nous sommes inspirés par Terry Gilliam!" Mon œil... Lorsque les gars qui faisaient Bref sur Canal + m’envoient leur DVD en me disant: "On s’est beaucoup inspiré de vous", ben au moins ça fait plaisir! Après, Coco Chanel disait: "Tout ce qui n’est pas volé, n’est pas intéressant." Il faut le prendre comme ça!

Le cinéma décalé de Quentin Dupieux (Le Daim, Mandibules...) est-il votre tasse de thé?

C’est mieux que les comédies françaises dont je parlais [lire plus haut, ndlr]. Je trouve des ressemblances avec Bertrand Blier et il se débrouille avec des petits budgets, là où je tourne avec des moyens très onéreux mais, à chaque fois, je suis un peu déconcerté... Je ne suis pas sûr que ce soit un compliment... (sourire)

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