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INTERVIEW. Jean-Jacques Annaud: "Nice fait partie des quelques villes où je me sens vraiment à l’aise"

Mis à jour le 24/05/2019 à 14:12 Publié le 31/05/2019 à 09:00
Jean-Jacques est, cette année, le président d'honneur du Festival du livre de Nice.

Jean-Jacques est, cette année, le président d'honneur du Festival du livre de Nice. Photo J.-F. Paga

INTERVIEW. Jean-Jacques Annaud: "Nice fait partie des quelques villes où je me sens vraiment à l’aise"

Président d’honneur du Festival du livre de Nice, du 31 mai au 2 juin, Jean-Jacques Annaud y présentera son dernier livre, "Une vie pour le cinéma". L’occasion de revenir sur le parcours de celui qui a écrit quelques-unes des plus belles pages du 7e art. Il est à la une du magazine Week-End ce vendredi.

De La Guerre du feu en 1981, d’après Rosny aîné, à Le Nom de la rose en 1986, d’après Umberto Eco, en passant par Sept ans au Tibet en 1997, d’après Heinrich Harrer, Jean-Jacques Annaud nous a fait vivre toute une palette d’intenses émotions, sur grand écran.
Réalisateur, producteur et scénariste, oscarisé dès son premier long-métrage, La victoire en chantant, en 1977, il a reçu depuis cinq Césars, et appartient depuis 2012 à l’Académie des Beaux-Arts. Honoré de présider le festival niçois du livre, qu’il sait "combiné cette année avec le centenaire des studios de la Victorine", cet éternel jeune homme de soixante-quinze ans, qui n’a rien d’un Ours, s’est généreusement livré sur son incroyable parcours. Travelling arrière sur près de soixante-dix ans de passion...

Venir à Nice, qu’est-ce que cela vous inspire?
J’ai un rapport de longue date avec Nice, car c’est l’un des premiers endroits où je suis allé enfant. J’ai même des photos de moi à l’âge de trois ans sur un char de la bataille de fleurs!
Ma mère avait un cousin qui habitait près de l’église orthodoxe, dont j’admirais la coupole ravissante. Je me souviens très bien aussi de mes promenades au Mont Boron, quand j’étais tout mioche.
Et je reviens fréquemment à Nice, d’abord parce que j’y ai tourné à la Victorine pas mal de films publicitaires, et puis parce que chaque fois que je suis amené à me rendre à Cannes, je passe par là.
Nice fait partie des quelques villes où je me sens vraiment à l’aise.

"Il y a les travers de la notoriété, cette panique constante de tout voir s’effondrer"

A l’occasion de l’un de ces tournages, une panthère s’était échappée?
Oui, j’avais fait un film pour Braun, la marque de rasoirs, dont le slogan était "Braun, la caresse d’une panthère". On avait construit un décor dans les studios, et je m’étais inquiété qu’il n’y ait pas de protection. Les machinistes et les électriciens m’avaient dit: "Monsieur on a tourné un film avec des loups, on n’a pas peur de ces animaux-là."
Cette panthère, donc, a refusé de sortir de sa cage, pendant deux jours. Et soudain, elle a explosé sa prison, et s’est ruée sur le décor, dans une furie totale.
Elle a bouffé les canapés, les fauteuils, elle a tout dévasté! Les machinistes ont filé comme des écureuils sur les échelles, terrorisés.
Un désastre, il a fallu revenir un mois plus tard pour reprendre le tournage.
C’était un des seuls moments de ma vie professionnelle où j’ai ressenti un danger venant d’un animal. J’ai aussi été esquinté par l’ours, vedette de mon film, mais cette panthère aurait volontiers croqué plusieurs personnes sur son passage. Elle n’avait pas un tempérament d’actrice!

Votre vocation est née très tôt, dès l’âge de huit ans?
J’étais passionné! Au point que j’ai fait pendant toute mon adolescence, avec ma caméra 8 mm, des petits films, que je montais, que je sonorisais, énormément de photos aussi, sur des sujets assez insolites pour un enfant: j’étais captivé par les monastères, les calvaires bretons, par la sculpture médiévale.
J’ai beaucoup lu à l’époque sur le cinéma, sur les effets spéciaux, sur la pellicule photographique, si bien que j’ai fait les écoles qu’il fallait, parce que je m’y étais préparé.
Je suis sorti à dix-neuf ans de la FEMIS [École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, ndlr] en étant primé comme réalisateur pour un court-métrage réalisé pour l’ambassade du Japon, qui faisait son exposition à la Foire de Paris.
Mon premier chèque de metteur en scène!

"ma femme me surnomme Tapis rouge!"

Vous êtes sorti major de l’école Louis Lumière (Saint-Denis) puis de l’Idhec (Paris), et vous avez même séduit votre prof de français, qui vous a donné des cours très particuliers?
J’ai eu une expérience extrêmement heureuse avec cette très jolie femme, qui était un remarquable professeur. Elle était très savante en grec, en philosophie, en histoire de l’Antiquité, et m’a fait découvrir beaucoup de choses en dehors du domaine universitaire. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir fait vivre ma première histoire d’amour.

A propos d’histoire d’amour, vous êtes depuis de longues années avec Laurence, votre épouse, en qui vous avez trouvé un soutien inconditionnel?
L’avantage que j’ai avec Laurence, c’est qu’elle avait déjà fait beaucoup plus de films que moi, elle était notamment la scripte de Gainsbourg. Elle peut donc comprendre la vie de saltimbanque qui est la mienne, pas tellement compatible avec la vie familiale, comme celle de tous les acteurs ou metteurs en scène.
Ce sont des métiers incompréhensibles pour les gens qui ne sortent pas du sérail.
Il y a les travers de la notoriété, cette panique constante de tout voir s’effondrer.
C’est aussi un tourbillon de voyages: ces dernières années, j’ai passé peut-être quatre ou cinq ans en France. Et au moins trois ans à Londres, trois ou quatre en Allemagne, un au Cambodge, un au Vietnam, quatre en Chine, deux ans au Canada et à Los Angeles.
Ayant comme seul repère mes contingences professionnelles, à la fin je ne sais même plus où je vis, ma femme me surnomme Tapis rouge!
On ne peut pas prévoir de vacances, on ne sait pas où on sera la semaine prochaine, ni même sous quel climat.
Sur n’importe quel film, on se retrouve avec des options. Pour un film censé être tourné au Pakistan, on va me proposer de le faire au Nouveau-Mexique, parce qu’il y a une ristourne de 60 % dont les producteurs ont besoin pour monter l’affaire.

Jean-Jacques Annaud à Nice, en 1947.
Jean-Jacques Annaud à Nice, en 1947. Photo collection J.-J. Annaud, 1947

Entre le décor de La Victoire en chantant qui avait brûlé, et moult autres mésaventures, vous avez dû souvent faire preuve d’opiniâtreté?
C’est constant vous savez. Ce n’est pas parce que vous avez eu un, deux, ou dix succès que ça va être plus facile. Ca le serait si je faisais, comme on me l’a proposé après La Guerre du feu, La Guerre du fer, La Guerre de l’eau, La Guerre du bois.
Évidemment, après L’Ours, on m’a proposé de faire Le Zèbre, La Girafe, Le Perroquet... Mais quand on ne veut pas se répéter et que l’on entraîne les productions dans un risque, c’est aussi difficile que si l’on était un débutant.

Parlez-nous de votre rencontre avec Marguerite Duras...
Après mon film L’Ours, j’avais envie de faire un film très différent, traitant de l’éveil de la sexualité chez les jeunes filles. Les miennes étant devenues grandes, j’avais voulu aborder ce sujet à la maison avec elles, mais elles m’ont signifié que c’était tabou d’en parler ensemble.
Donc j’ai décidé d’en faire un film.
Claude Berri, à qui j’avais confié ce projet, est arrivé un jour triomphant en me disant qu’il avait acheté les droits de L’Amant à Marguerite Duras. Seul hic, quand j’ai rencontré Marguerite, elle me disait tout le temps: "Toi tu vas tourner des images, c’est mon film."
Et voulait m’imposer un scénario de dix pages, alors qu’il aurait dû en faire cent, ainsi qu’Isabelle Adjani, déjà mère de famille, dans le rôle de l’héroïne, une vierge de quinze ans!

"on n’a plus les moyens en France de faire de grands films comme autrefois"

Mais vous ne lui en avez pas tenu rigueur ?
Non seulement je ne regrette pas, mais si c’était à refaire, j’y retournerais en courant! C’était épuisant, mais ce qui est important, pour moi, c’est que ça se termine bien.
Dans le rapport que j’ai avec les auteurs qui ont accepté de vendre les droits de leurs livres à mon producteur, tout ce que je souhaite, c’est d’honorer cette œuvre et de rendre celui qui l’a créée riche et heureux. Comme cela s’est passé avec Umberto Ecco, devenu un ami.

S’agissant de l’évolution du cinéma, ce sont les blockbusters américains ou asiatiques qui vous laissent perplexes...
Le monde change, il est normal que notre métier change aussi. Le cinéma local, régional existe toujours, mais on n’a plus les moyens en France de faire de grands films comme autrefois. Je pense à ceux de Gérard Oury, de Marcel Carné ou de Duvivier. Des films faits avec des budgets comparables aux budgets américains. Aujourd’hui, les films US à grand succès sont au-dessus de deux-cents millions de dollars, alors que le prix moyen des films français est de quatre millions. Donc ce n’est pas le même voyage que l’on propose aux spectateurs qui s’assoient dans notre voiture. Et le cinéma qui fait se déplacer les gens dans le monde entier, c’est celui de grand spectacle, d’effets spéciaux.

"Je n’ai pas vu le temps passer, et je n’ai pas changé de tempérament je crois"

Et quid du piratage?
Ce phénomène, qui fait que les films sont vus avant d’être diffusés, assassine toute possibilité de faire des œuvres ambitieuses, puisqu’elles sont immédiatement piratées.
Il m’est arrivé de me rendre dans certains pays et de constater que non seulement le public avait déjà visionné le film, mais qu’il avait été doublé dans des studios clandestins, ce qui modifie le contenu.
Vis-à-vis de cela, il faut faire le plein en salles dès la première semaine, avec le public le plus disponible : celui des adolescents en particulier.
C’est pour cela qu’il y a un basculement fort vers la télévision, où tous les films à contenu trouvent mieux leur place, soit en mini-séries, soit en séries de quatre ou cinq fois une heure.

Néanmoins, l’enfant qui est en vous a toujours envie de jouer?
Ca, je peux vous le garantir! Laurence me le disait encore récemment: "J’ai toujours un gamin à la maison qui rigole et fait des blagues". Elle parlait de moi!
Je n’ai pas vu le temps passer, et je n’ai pas changé de tempérament je crois. Je suis toujours aussi amusé de tout. Tout m’intéresse, à partir du moment où c’est une expérience nouvelle.


Une vie de cinéma. Jean-Jacques Annaud avec Marie-Françoise Leclère.
Editions Grasset. 524 pages. 23€.


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